Austérité: Bruxelles maintient le cap en dépit des effets indésirables

Madrid, le 21 avril 2013. Une autre manifestation contre l’austérité imposée au pays.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pedro Armestre Madrid, le 21 avril 2013. Une autre manifestation contre l’austérité imposée au pays.

Bruxelles — Sous pression depuis des mois, la Commission européenne a fini par admettre que l’austérité à tous crins n’était pas la panacée, sans pour autant remettre en cause sa politique de lutte contre les déficits publics.

« Les politiques actuelles ont atteint leurs limites à bien des égards, car leur succès ne dépend pas uniquement de la manière dont elles sont conçues. Il doit y avoir un minimum de soutien politique et social », a reconnu le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lundi pendant un colloque.


Des déclarations aussitôt interprétées comme un changement de cap dans la politique de Bruxelles, après les appels à davantage de souplesse de la part du FMI et des États-Unis, qui craignent « une fatigue de l’austérité » sur le Vieux Continent, et alors que l’austérité est contestée dans la rue et dans les urnes en Europe. « M. Barroso est enfin sorti d’un coma de cinq ans et a reconnu que l’austérité imposée en Europe et dans les pays les plus touchés par la crise était contre-productive », n’a pas tardé à se féliciter mardi le groupe des socialistes au Parlement européen.


Les gardiens de l’orthodoxie sont eux aussi rapidement montés au créneau. Le ministère allemand des Finances a appelé à poursuivre « avec cohérence la ligne choisie de consolidation budgétaire et de renforcement de la croissance par des réformes », dans une déclaration. « Si nous laissons tomber la politique d’assainissement budgétaire, si nous retournons à l’ancienne politique qui consiste à créer de la dette, cela fera le lit du chômage de masse en Europe pour de nombreuses années », a lancé le ministre des Affaires étrangères, le libéral Guido Westerwelle.


La Commission a fait une mise au point, assurant qu’il n’y avait pas de « virage à 180 degrés ». M. Barroso « a simplement dit qu’il fallait combiner l’indispensable correction budgétaire avec des mesures adaptées pour soutenir la croissance », a déclaré Olivier Bailly, un porte-parole de la Commission. Il a souligné qu’il y avait « beaucoup de choses sur la table : des mesures législatives sur le marché intérieur, pour les petites et moyennes entreprises, la mobilisation des fonds structurels. Il y a un agenda de croissance », a-t-il plaidé. « Politiquement et socialement, une politique qui est vue uniquement comme de l’austérité n’est pas soutenable », avait lui-même souligné M. Barroso lundi, expliquant que la lutte contre les déficits devait être « complétée par des mesures pour la croissance ».


Rythme plus lent


Se présentant comme un défenseur d’un assainissement budgétaire « favorable » à la croissance, le commissaire chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, avait rappelé lundi que le « rythme » de l’assainissement budgétaire « ralentissait » cette année par rapport à 2012.


La Commission doit faire fin mai des recommandations aux 27 États membres en matière de réduction des déficits et de réformes structurelles. C’est à ce moment-là qu’elle pourrait accorder des délais à certains pays pour atteindre leurs objectifs de réduction des déficits. L’objectif de 3 % de déficit (par rapport au PIB), inscrit dans les traités européens, est « un critère très important, mais il y en a d’autres », avait indiqué lundi M. Bailly, rappelant que Bruxelles savait se montrer souple et accorder des délais à des pays pour réduire leur déficit. « Nous ne regardons pas uniquement la valeur nominale, mais également les efforts faits par les États membres. […] La nature de l’effort est aussi importante », a-t-il plaidé, insistant sur le fait que la Commission souhaite avant tout « trouver les moyens de relancer une croissance durable ».


La Commission a déjà accordé des délais à plusieurs pays, en l’occurrence à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce. Elle a laissé entendre qu’elle pourrait de nouveau en accorder fin mai à l’Espagne et au Portugal, mais aussi à la France. Bruxelles semble en revanche se montrer plus sévère à l’égard de la Belgique et de l’Italie, dont les réformes sont jugées insuffisantes.