Souveraineté alimentaire - Le secteur agricole devrait être exclu du libre-échange, croit une ONG

Après la culture, l’agriculture doit faire l’objet d’une protection particulière pour être hors d’atteinte des négociateurs d’accord de libre-échange, ont réitéré lundi midi les coprésidents de la Coalition pour la souveraineté alimentaire, Marcel Groleau et Jean-Paul Faniel.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Après la culture, l’agriculture doit faire l’objet d’une protection particulière pour être hors d’atteinte des négociateurs d’accord de libre-échange, ont réitéré lundi midi les coprésidents de la Coalition pour la souveraineté alimentaire, Marcel Groleau et Jean-Paul Faniel.

La Coalition pour la souveraineté alimentaire appelle le gouvernement du Québec à se poser en défenseur du principe de l’« exception agricole » à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières.


Les États doivent systématiquement s’obliger à exclure le secteur de l’agriculture des négociations de libre-échange, selon l’ONG. Les pourparlers entre le Canada et l’Union européenne ne doivent pas y échapper, a fait valoir le regroupement de 80 organisations.


Ses coprésidents, Marcel Groleau et Jean-Paul Faniel, ont invité lundi midi le ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur, Jean-François Lisée, à engager le combat de l’exception agricole.


L’élu pourrait à cet égard s’inspirer de sa prédécesseure Louise Beaudoin, selon M. Faniel. L’ancienne ministre a contribué à l’adoption de la Convention internationale sur la diversité culturelle de l’UNESCO.


Après la culture, l’agriculture doit faire l’objet d’une protection particulière afin d’être placée hors d’atteinte des négociateurs d’accord de libre-échange, ont répété MM. Groleau et Faniel. Pour y arriver, tous deux exhortaient lundi le gouvernement péquiste à notamment mettre sur pied un Secrétariat à la spécificité agricole et alimentaire.


L’équipe de la première ministre Pauline Marois devra mettre les bouchées doubles pour dévoiler comme promis sa politique de souveraineté alimentaire d’ici la fin de juin.


La politique de souveraineté alimentaire sera notamment appelée à favoriser la « reprise du pouvoir par l’État », a insisté M. Faniel.


Le directeur de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal Métropolitain verrait d’un bon oeil l’adoption d’une « convention internationale » élevant les aliments au-dessus des autres biens commerciaux.


« Les aliments ne sont pas des marchandises comme les autres. Avant d’être un bien commercial, c’est avant tout un besoin essentiel », a-t-il soutenu lundi en marge de l’assemblée générale annuelle de la Coalition pour la souveraineté alimentaire.


M. Faniel croise les doigts afin que les États « retrouvent » le pouvoir qu’ils ont cédé lors de leur entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Ils pourraient se donner une politique qui leur convient pour nourrir leur population », a-t-il expliqué.


« L’alimentation est cruciale pour la population. Ici, on parle peut-être moins de sécurité alimentaire parce qu’on est dans l’abondance alimentaire. Mais, l’abondance alimentaire ne signifie pas une complète sécurité alimentaire », a fait remarquer le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau. « Les plus démunis de la société n’ont pas accès aux aliments même s’ils sont en abondance. »


Le ministre Jean-François Lisée a acquiescé : l’agriculture « ne peut être laissée aux seules forces du marché ».


Le secteur de l’agriculture ne risque plus d’« être avalé par la logique commerciale ». « Dans ce cas, comme dans d’autres, nous sommes à une étape de la discussion économique internationale où on se rend compte que cette volonté des années 80 et 90, en particulier, de tout rendre au plus petit dénominateur commun économique, a été une erreur historique planétaire », a-t-il déclaré aux dizaines de représentants des organismes membres de la Coalition pour la souveraineté alimentaire.

 

«Accord très bénéfique» en vue


Le gouvernement péquiste se dit « plutôt optimiste » de voir Ottawa et Bruxelles conclure un accord de libre-échange, a dit M. Lisée.


Malgré le piétinement des négociations, « on est proche d’un accord très bénéfique pour le Québec », a-t-il assuré dans un court entretien avec Le Devoir.


Les négociateurs canadiens seraient en voie de réussir le tour de force de permettre un accès au marché européen tout en laissant intact le système de gestion de l’offre du pays, si cher aux producteurs agricoles québécois. « Sur la culture, sur la gestion de l’offre, on est assez satisfaits de ce qu’on voit se profiler », a dit le ministre.


M. Lisée a toutefois pris soin de mentionner que les « derniers arbitrages sont toujours les plus significatifs ».


Le gouvernement du Québec dit croire sur parole le gouvernement fédéral, lorsqu’il assure être inflexible à l’égard de la gestion de l’offre au Canada. « Le gouvernement fédéral reste ferme sur cette question-là, mais il faut rester vigilant. » Jean-François Lisée a rappelé que « les pressions sont très fortes d’une partie du Canada pour revenir sur la gestion de l’offre ».


En revanche, le Québec dispose d’un « poids politique » sur la scène internationale « dépass [ant] de loin [sa] démographie et [sa] géographie » lorsqu’il est partie à un projet d’accord commercial.


Il devra notamment peser de tout son poids politique s’il entend crier victoire au terme des Négociations du Partenariat transpacifique. Une grande bataille.

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 9 avril 2013 14 h 03

    Absolument

    Le secteur agricole est déjà mis à mal par les politiques de libre-échange qui viennent saboter directement cette industrie en "dompant" leurs surplus souvent de très mauvaise qualité (les exemples n'en finissent plus ) à des prix dérisoires. Songez que Laserre fait son jus de pommes avec des fruits importés de Chine où il n'existe aucune règle sanitaire et environnementale. Et le reste, et le reste. Nos cultivateurs et éleveurs doivent être protégés des monarchies alimentaires planétaires.