Le dérapage de la France

Le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici se fait jovialiste: «Nous sommes sur la bonne voie, on est en train de réduire les déficits.»<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Kenzo Tribouillard Le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici se fait jovialiste: «Nous sommes sur la bonne voie, on est en train de réduire les déficits.»

Paris — La France a encaissé vendredi une mauvaise nouvelle avec le dérapage dès 2012 du déficit public, alors que Paris a déjà reconnu qu’il ne tiendrait pas ses objectifs budgétaires cette année et multiplie les gages de rigueur à l’égard de Bruxelles.

Une annonce qui survient au lendemain d’une intervention télévisée du président François Hollande, qui a reconnu que le gouvernement n’avait pas « anticipé » que la crise durerait « plus longtemps que prévu », tout en assurant qu’il avait mis en place « tous les outils » pour inverser la tendance.


Le déficit public a été ramené de 5,3 % en 2011 à 4,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2012, soit un résultat moins bon qu’escompté par le gouvernement (4,5 %), a annoncé vendredi l’Institut national de la statistique (Insee) dans sa première évaluation. Quant à la dette, elle a battu un nouveau record, à 1833,8 milliards d’euros, soit 90,2 % du PIB contre 89,9 % prévus.


Ce mauvais résultat complique encore la tâche du gouvernement qui avait déjà abandonné il y a un mois l’espoir de réduire les déficits à 3 % du PIB dès cette année et qui négocie actuellement un délai avec la Commission européenne. Bruxelles réclame en échange que le déficit public s’établisse « nettement en dessous de 3 % » en 2014.


« En 2013 on sera très loin des 3 % et ça va être très difficile de les atteindre même en 2014, sauf à poursuivre dans une austérité marquée, qui du coup repousserait encore la reprise », prévient Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques.


« Nous sommes sur la bonne voie, on est en train de réduire les déficits », a déclaré vendredi le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, convaincu que, sans les « mesures correctrices » prises l’été dernier par le nouveau gouvernement socialiste, ils « auraient été supérieurs à 5,5 % ».


« Il y a en effet un petit dérapage des dépenses , reconnaît une source gouvernementale, «qui est dû pour moitié à la croissance zéro et pour moitié à un dynamisme plus important que prévu de l’investissement des collectivités locales. ». En revanche, a assuré cette source à l’AFP, « côté État et Sécurité sociale, les dépenses sont tenues » avec même une bonne surprise pour l’assurance maladie.


L’impact de la stagnation économique a fortement pesé : le déficit structurel, c’est-à-dire sans tenir compte des effets de la conjoncture, a été réduit de 1,2 point du PIB, en ligne avec les prévisions.


« Là on entre dans le dur », estime M. Plane. « Au début, on a coupé dans les dépenses inutiles, mais plus ça va, plus on doit tailler dans la protection sociale ou l’investissement public, avec un impact plus fort sur la croissance », observe-t-il.


Jeudi, le président François Hollande a tranché sur plusieurs chantiers emblématiques en cours de réflexion, allant dans le sens d’une plus grande rigueur : allongement de la durée de cotisation à la retraite et réduction des allocations familiales pour les ménages les plus aisés.


Il a confirmé que la France ne parviendrait pas à remplir son objectif de ramener les déficits publics à 3 % du produit intérieur brut en 2013 renouvelant son attachement à une politique de rigueur mais pas d’austérité.


« Que les pays européens soient dans l’obligation d’être rigoureux, je comprends parfaitement, mais être dans l’austérité, non, c’est condamner l’Europe à l’explosion », a-t-il dit, alors que la France doit préciser à Bruxelles ses nouveaux engagements d’ici la mi-avril.


Si certains économistes critiquent l’effet de l’austérité sur la croissance, donc l’emploi, d’autres au contraire réclament encore plus d’efforts et de rigueur.

4 commentaires
  • LYSE CASANOVA - Inscrite 30 mars 2013 05 h 43

    Hollande et ses contradictions va nous " ruiner " !!

    Hollande à fait sa campagne en commençant par ajouter " 60,000 fonctionnaires, " augmenter le nombre de ses ministres, le non cumul des mandats n'est pas encore en état de marche, ni la baisse des salaires ( mairies, communes, adjoints sénat ) + les nombreux avatages, primes de fin d'année ,et toujours les 35 heures qui plombent le quotidien ! etc. etc. etc, ..........et on demande " au peuple " !!! de se serrer la ceinture, voir de baisser même les retraites ! baisser les allocations familiales pour ceux qui gagnent mieux leur vie !! de se priver alors que le " gouvernement " a le culot de continuer à dépenser sans merci ! voilà ou le " bas blesse et qui fait monter la rage en france !!!

    • Gilles Théberge - Abonné 30 mars 2013 12 h 06

      C'est toujours au peuple qu'on demande de se serrer la ceinture madame Casanova. Avez-vous déjà vu quelque part dans le monde un exemple où c'est aux riches qu'on demande de se serrer la ceinture?

      Sarkosy avait promis de changer les choses... Les paradis fiscaux sont toujours florissants et apparemment rien ni personne ne peut changer ça. La taxe dite de «Tobin» est de l'histoire ancienne, une simple construction de l'esprit pour sentimentaux. Les banquiers continuent de boire du champagne, et nous de la piquette.

  • LYSE CASANOVA - Inscrite 30 mars 2013 12 h 52

    Pieds et mains liés .............???.!!

    Désespérant !!! ou on est riche et pas de problèmes ....ou on fait partie du " peuple " et on est mangé tout cru ..........! triste sort ..triste avenir !!! Et si aucun dirigeant ne peut changer la donne ? contraint pas des pressions " souterraires voir sous marines ???

  • Gilles Bousquet - Abonné 1 avril 2013 19 h 09

    Nous devons nous souvenir que...

    En 1793, la France a passé son roi à la guillotine pour moins que ça. C’est là qu’elle a laissé tomber les 3 fleurs de lys royaux, sur leur drapeau, qui en est devenu bleu, blanc et rouge républicain.

    Fleur de lys de la royauté française déchue, que M. Duplessis a ramassé en 1948 pour en placer 4 sur le nouveau drapeau du Québec qui remplaçait le Red Insign.