Culture d’une époque révolue

Oxfam a évalué les dix principales sociétés de l’industrie de la transformation des aliments et des boissons notamment en fonction de leur gestion des ressources foncières et hydriques ainsi que de leur participation à la lutte contre les changements climatiques.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Oxfam a évalué les dix principales sociétés de l’industrie de la transformation des aliments et des boissons notamment en fonction de leur gestion des ressources foncières et hydriques ainsi que de leur participation à la lutte contre les changements climatiques.

Oxfam appelle à un « remaniement général » des politiques sociales et environnementales des dix géants de l’industrie de la transformation des aliments et des boissons.

L’organisation non gouvernementale accuse Associated British Foods (ABF), Coca-Cola, Danone, General Mills, Kellogg’s, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsico et Unilever de faire peu de cas des droits des millions de personnes fournissant leur force de travail, mais également de la terre, de l’eau et des matières premières indispensables à la fabrication des produits de consommation des multinationales.


« Aucune des dix grandes sociétés du secteur alimentaire et des boissons ne progresse assez pour rompre avec une tradition centenaire qui leur permet de tirer parti d’une main-d’oeuvre et de terres bon marché pour réaliser des bénéfices colossaux et fabriquer des produits de grande consommation à un coût social et environnemental inacceptable », a dénoncé le directeur général d’Oxfam International, Jeremy Hobbs, dans une note transmise à la presse, à la veille du dévoilement du rapport « La face cachée des marques ».


L’ONG a évalué les dix principales sociétés de l’industrie de la transformation des aliments et des boissons notamment en fonction de leur gestion des ressources foncières et hydriques ainsi que de leur participation à la lutte contre les changements climatiques. Elle a aussi passé au crible les politiques en matière de droits des travailleurs - en particulier ceux des femmes - et de transparence des multinationales.


Aucune société ne réussit à obtenir la note de passage d’Oxfam. Associated British Foods ABF (19 %), Kellogg’s (23 %) et General Mills (23 %) croupissent dans les bas-fonds du classement des dix sociétés, tandis que Nestlé (54 %), Unilever (49 %) et Coca-Cola (41 %) figurent respectivement au premier, deuxième et troisième rang. Pepsico (31 %), Mars (30 %) et Danone (29 %) et Mondelez (29 %) sont installés au milieu du palmarès.


Les dix puissantes entreprises, qui réalisent ensemble un chiffre d’affaires de plus de 1,1 milliard de dollars par jour, ont adopté des mesures en vue de diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) directes, mais seule Unilever s’est engagée à réduire de moitié son empreinte carbonique d’ici à 2020, souligne le rapport d’Oxfam.


Nestlé a fait connaître des directives sur la gestion de l’eau à ses fournisseurs, se distinguant des neuf autres sociétés qui, elles, n’ont pas mis en place de politiques visant à limiter les contrecoups de leurs activités sur les sources d’eau locales. Pourtant, la compagnie met en bouteilles l’eau des nappes phréatiques à proximité de villages n’ayant pas accès à de l’eau salubre, ont rapporté des communautés rurales pakistanaises à l’ONG.


Aussi, même si chacune d’entre elles achète en grande quantité des matières premières, comme de l’huile de palme, du soja et du sucre - « dont la production donne trop souvent lieu à des violations de droits fonciers » aux yeux de l’ONG -, aucune ne s’est dotée de politiques permettant de mettre à l’abri les communautés locales des enjeux de l’accaparement des terres et de l’eau.


M. Hobbs se réjouit de « l’intérêt du développement durable » manifesté par des entreprises en prenant des « engagements importants et louables », mais les juge actuellement insuffisants. « Ces dix sociétés doivent toutes en faire beaucoup plus », a-t-il indiqué.

 

Droits des femmes


Plusieurs des « dix géants » ont fait part de leur volonté de défendre les droits des femmes, mais aucun ne s’est engagé à mettre fin à la discrimination dont elles pourraient être victimes dans leurs chaînes d’approvisionnement, selon Oxfam. L’ONG commande tout particulièrement à Nestlé, à Mondelez et à Mars de travailler à un plan de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes dans leurs chaînes d’approvisionnement.


Oxfam presse aussi les dix sociétés de faire preuve d’une plus grande transparence à l’égard en dévoilant notamment davantage d’informations au sujet de leurs fournisseurs.


« Il est temps que ces sociétés assument une responsabilité à la hauteur de leur immense influence sur la vie de personnes pauvres. […] Elles gèrent des centaines de marques parmi les plus populaires et ont une puissance économique, sociale et politique suffisante pour améliorer profondément et durablement les conditions de vie de celles et ceux qui souffrent de la pauvreté et de la faim dans le monde », a fait remarquer M. Hobbs.


D’ailleurs, quelque 8 % des personnes souffrant de la faim dans le monde travaillent dans le secteur de la production alimentaire, souligne Oxfam.

 

Système alimentaire équitable


Jeremy Hobbs lance un appel à la mobilisation des consommateurs souhaitant « changer durablement » un système alimentaire « défaillant » en faisant entendre leur voix, notamment par l’entremise des réseaux sociaux ou de pétitions.


« Aucune marque n’est trop grande pour écouter ses clients. S’ils sont suffisamment nombreux à enjoindre aux dix grandes sociétés du secteur alimentaire de faire ce qui est juste, elles ne pourront que nous écouter », a fait valoir M. Hobbs, mentionnant que l’ONG qu’il dirige est disposée à mettre à jour le tableau des résultats « si les sociétés modifient leurs politiques ».

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