Pétrole de l’Ouest – Une économie potentielle de 3 milliards

Ultramar
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Ultramar

Si les deux raffineries du Québec consommaient uniquement du pétrole canadien, actuellement moins cher que celui provenant de l’étranger, les achats de brut passeraient de 13 milliards à 10 milliards par année, selon une évaluation de la Financière Banque Nationale.

Cette hypothèse, très forte dans la mesure où Ultramar n’a jamais dit que sa raffinerie de Lévis s’abreuverait seulement de brut canadien, survient alors que l’industrie plaide pour l’inversion du flot d’écoulement du pipeline qui va présentement de Montréal à Sarnia pour amener du pétrole de l’Ouest.


« D’un point de vue économique, nous croyons qu’un tel développement serait une bonne chose », a écrit l’économiste en chef de la Financière Banque Nationale, Stéfane Marion. « C’est quand même gros pour l’économie québécoise, a-t-il affirmé lors d’un entretien. Je trouvais pertinent, dans le débat actuel, d’avoir un ordre de grandeur. »


M. Marion a souligné que, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, le déficit commercial du Québec lié strictement au pétrole brut était de 13 milliards à la fin de 2012. (En ajoutant toutes les autres catégories de commerce, le déficit atteint 21 milliards.)


Le pétrole de l’ouest du continent, c’est-à-dire celui issu des sables bitumineux, de sources conventionnelles et des nouvelles sources dans la formation de Bakken au Dakota du Nord, est arrimé au prix du West Texas Intermediate (WTI). Celui-ci, présentement, est de 94 $ le baril, comparativement à 115 $ le baril pour le pétrole de l’étranger qui est arrimé au prix du Brent, issu des gisements de la mer du Nord.


Lorsqu’elle a présenté le nouveau Conseil des ministres en septembre 2012, Pauline Marois a fait référence à ces achats colossaux en affirmant dans son discours que « l’objectif consiste à réduire les importations de pétrole qui gonflent le déficit commercial et à les remplacer par l’énergie québécoise ». La semaine dernière, elle a dit que « cet argent sort du Québec, alors qu’il pourrait être réinvesti chez nous ».


Intentions des deux raffineries


Présentement, la raffinerie de Suncor à Pointe-aux-Trembles reçoit son pétrole par un pipeline de 24 pouces de diamètre qui arrive à Montréal en provenance de Portland (Maine). Celle d’Ultramar à Lévis reçoit son brut par navire.


Le projet d’inversion du flot d’écoulement du pipeline Montréal-Sarnia, qui appartient à la société albertaine Enbridge et s’appelle officiellement « Ligne 9 », fera sous peu l’objet d’audiences organisées par l’Office national de l’énergie. Suncor et Ultramar sont en faveur de cette inversion, une opération que craignent toutefois les groupes environnementaux.


Ultramar a récemment indiqué au Devoir que, si le flot d’écoulement du pipeline était un jour inversé, la raffinerie de Lévis en profiterait pour réduire son approvisionnement à l’étranger. En gros, la moitié de la consommation de pétrole à Lévis serait du pétrole de l’Ouest, cela se traduisant potentiellement par une diminution d’environ 10 % des achats de brut sur une base annuelle.


Du côté de Suncor, il est plausible que la totalité du brut raffiné à Pointe-aux-Trembles proviendrait de sources de l’Ouest. Cette hypothèse s’appuie sur le fait que Suncor est un gros joueur dans les sables bitumineux et que sa raffinerie montréalaise est la seule de son portefeuille d’établissements qui ne soit pas branché sur le pétrole de l’Ouest.


Pour sa part, Enbridge, qui est prête à investir 450 millions pour l’ensemble du projet d’inversion, y compris une augmentation du débit, fait valoir un argument de sécurité énergétique.


Estimation d’Enbridge


Toutefois, dans un document préparé en vue des consultations publiques, Enbridge a estimé à 1,5 milliard le total des économies pouvant être réalisées si l’écart entre le WTI et le Brent demeure au même niveau.


« L’inversion de la Ligne 9 est cruciale à la sécurité de l’approvisionnement énergétique au Canada, d’autant plus que l’augmentation de volume d’un pétrole canadien plus abordable pour les raffineries canadiennes profite à l’industrie et à l’économie du pays », a écrit Enbridge.


D’ici là, le transport de pétrole par chemin de fer connaît une croissance exponentielle, principalement aux États-Unis, mais ici aussi. Le Canadien National, par exemple, a expédié 30 000 wagons un peu partout sur le continent l’an dernier, une quantité qu’elle entend doubler cette année.


Suncor souhaite amener du pétrole par train à Montréal, un scénario qu’étudie aussi Ultramar pour son établissement de Lévis.

18 commentaires
  • Pierre Gouin - Inscrit 21 février 2013 06 h 04

    L'heure juste, sans parler des risques environnementaux

    Le déficit commercial du Québec est la somme du déficit avec le reste du Canada et du déficit avec le reste du monde, dont vous parler ici. Importer le pétrole de l'Alberta ne ferait que changer la composition du déficit sans diminuer le déficit total. De plus, ce transfert créerait une pression à la hausse sur le dollar canadien et nuirait ainsi à notre secteur manufacturier. La vraie solution est de réduire la consommation de produits pétroliers.

  • Simon Chamberland - Inscrit 21 février 2013 07 h 54

    Autre solution : moins consommer

    Nous pourrions aussi réduire le déficit de la balance commerciale en consommant moins de pétrole. Le meilleur incitatif à une réduction de la consommation reste une taxation importante décourageant l'achat de produits pétroliers.

    Ajoutons 25 sous par litre et nous aurons immédiatement une réduction de la consommation globale de pétrole car moins de consommateurs utiliseront leurs démarreurs à distance, réfléchiront plus avant de prendre leurs voitures pour de petites courses et les excès de vitesses diminueront.

    • André Michaud - Inscrit 21 février 2013 09 h 10

      Bonne chance pour convaincre vos concitoyens qui sont les plus énergivore au monde! Tous veulent un auto quand ce n'est pas deux, motos, tout terraijn, skidoo, tondeuse à essence...

    • Benoît Gagnon - Inscrit 21 février 2013 12 h 42

      Comme si le pétrole était la seule manière de faire fonctionner voitures, motos, VTT, motoneige et tondeuse...

      Même en restant tout aussi énergivore (ce qui n'est pas non plus souhaitable, bien évidemment, mais il faut bien distinguer 'énergivore' de 'consommateur'), il y a quand même moyen de consommer moins de pétrole et ce, même si on essaie de nous faire croire le contraire (par "on", je veux dire les compagnies pétrolières et leurs chiens de poche au gouvernement). Votre argument ne tient donc pas.

      La véritable solution, avec le pétrole albertain, serait d'arrêter de leur donner des subventions, de leur serrer la vis au niveau contraintes environnementales et économiques (bref, de les traiter comme des industries contraignantes) et ainsi de les forcer à mettre le coût réel du litre à la pompe. En voyant les chiffres à la station-service, je suis sûr que pas mal de 'concitoyens' changeraient leur fusil d'épaule...

      L'histoire a donné raison à cette logique. Par exemple, lorsque l'essence était plus chère au courant du XXème siècle, les compagnies automobiles ont produit des voitures moins énergivores partout sur la planète (c'était ce que les consommateurs recherchaient). Qu'on arrête de réduire le prix à la pompe et qu'on commence à l'augmenter sérieusement, plutôt.

      Le choc sera brutal, mais bref, contrairement à très lent et douloureux comme il l'est en ce moment.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 21 février 2013 08 h 22

    On laisse miroité un pétrole à prix d'escompte

    Le Président de Trans Canada Energy a déclarer , débur février, que le but de convertir le gazoduc en oléoduc (potentiel 1 millions barils-jour) est jeustement de faire disparaitre l'escompte (40$ en décembre).

    National Post (7 février 2012): TransCanada says east route eases oil discount

  • Patrick González - Inscrit 21 février 2013 08 h 38

    "Déficit" et "balance" commerciaux

    Ce qui est évoqué dans cet article, malgré ce que peut en dire Mme Marois et M. Gouin et Chamberland, n'a rien à voir avec une quelconque réduction d'un "déficit" commercial ou de la balance commerciale. Il s'agit simplement d'une économie: acheter un intrant (le pétrole) moins cher pour produire de l'essence à coût moindre.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 21 février 2013 09 h 59

      Et nous le vendre au même prix $$$$

    • Simon Chamberland - Inscrit 21 février 2013 16 h 17

      Acheter un intrant provenant de l'extérieur à moindre coût aide la balance commerciale.

      Acheter moins de cet intrant aide aussi.

  • Robert Henri - Inscrit 21 février 2013 09 h 09

    Il y a moyen autrement

    Le pétrole sale de l'Alberta par chemin de fer électrifié sur coussin magnétique possible avec les surplus d'Hydro-Québec et une lloi obligeant les pétrolières à se tenir à 0% de pollution entre l'arrivée du pétrole à la frontière québécoise jusqu'aux eaux internnationales ou au paiement du double des coûts de la décontemination, d'accord. Sinon, n'est HET! Niet! Électrifier nos transports. Délaisser l'asphalte de nos routes pour un autre reconvrement ne nécessitant ni pétrole ni une autre matière polluante. Replacher toutes les locomotives diésiel et toutes les voies ferrées par ces chemins de fer sur coussin magntique dont je parlais plus haut. Faire que les automobiles électriques soient moins polluantes (à construire) et accessibles à tous les budgets. Favoriser le transport en commun. Interdire la chauffage au gaz des habitations et diversifier les sources de production de l'électricité et rendre toutes les habitations du Québec éconergétiques, ce qui est possible, rentable et bon pour l'environnement. (Mais je sais que notre «bon» gouvernement (hum!) ne fera jamais ça. )