Politique énergétique - Appel à la tenue d’une vaste consultation

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Au lendemain de l’abandon de six projets de minicentrales hydroélectriques par le gouvernement péquiste, des voix s’élèvent pour appeler à la tenue d’un forum de discussion sur la prochaine politique énergétique du Québec. L’Union des consommateurs et la Fédération québécoise des municipalités se rangent notamment derrière cette requête.

Alors qu’Hydro-Québec nage dans les surplus énergétiques, l’analyste en énergie Jean-François Blain accueille favorablement l’abandon des projets de minicentrales hydroélectriques par le gouvernement, mais il insiste : « Plus de 60 % de la facture du programme d’achat approuvé en 2009 par la Régie de l’énergie de 1,732 milliard nous reste sur les bras. »


M. Blain a évalué le coût total du programme d’achat par Hydro-Québec Distribution de 150 mégawatts (MW) à des producteurs privés à un montant de 1,732 milliard de dollars d’ici 2034, excluant les économies entraînées par l’annulation des projets de minicentrales hydroélectriques. « C’est une beurrée ! », lance-t-il.


Les projets de minicentrales de la chute Sainte-Anne, de la chute du Six Milles, de la chute du Quatre Milles, de la Centrale Saint-Gabriel, de la Onzième chute et du barrage B Manouane Sipi ont été annulés mardi, ce qui a soulevé la colère des communautés touchées.


La ministre des Ressources naturelles a pris « dans la précipitation [des] décisions comptables qui mettent dans un état de choc tout le monde », souligne le président de la FQM, Bernard Généreux, jugeant qu’il « faut faire absolument l’exercice » de la consultation. « Il faut élargir le débat sur les surplus. Ce n’est pas en flushant des initiatives communautaires qui ont été préparées de longue main qu’on va corriger le problème. »


« Oui, on veut une consultation sur les surplus, mais de façon plus générale, on pense que c’est le temps de mettre à jour une stratégie énergétique qui tienne compte de l’ensemble des acteurs dans le milieu », ajoute Marc-Olivier Moisan-Plante de l’Union des consommateurs.


Jean-François Blain dénonce sans détour un « problème de planification intégrée » chez Hydro-Québec et au gouvernement du Québec, l’acceptabilité sociale des projets de production d’électricité éoliens, hydroélectriques ou autres a été « systématiquement réduite à l’accueil par les communautés locales », selon l’expert indépendant.


Le gouvernement Marois est « pris avec l’héritage politique de 10 ans de gouvernance libérale pour laquelle le Parti québécois sous Lucien Bouchard avait malheureusement mis la table », fait-il valoir.


Mais, la ministre Ouellet fait fausse route en « procédant à la pièce ». « On ne peut pas réparer cela en scrapant un morceau », fait-il valoir. En revanche, « même [si l’équipe Marois] voulait annuler tout le programme, il y a un certain nombre de projets qui sont déjà trop engagés », ce qui laisse supposer des bras de fer juridiques de longue haleine ou à tout le moins le versement de généreux dédommagements aux promoteurs.


Les surplus énergétiques - 28,5 ou 72 térawattheures (TWh) d’ici la fin de 2020, selon respectivement Hydro-Québec et Jean-François Blain -, mais également « le changement profond de conjonctures tant dans les marchés d’exportation d’Hydro-Québec que dans son marché intérieur », commandent une vaste consultation « de tous les intéressés » par la ministre Martine Ouellet avant qu’elle fasse connaître la nouvelle politique énergétique gouvernementale.


La délégation d’une « proportion substantielle de la production de nos besoins en électricité » au secteur privé, « sans qu’il y ait eu quelque débat public ou même interpellation démocratique pour valider cette orientation-là », milite en faveur de la tenue d’un forum de discussion. « D’ici 2030, on va payer à peu près trois fois ce que les mêmes volumes d’énergie nous auraient coûté si la société d’État elle-même les avait fournis. »

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Ce texte a été modifié après publication.

6 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 février 2013 06 h 21

    Pourquoi ?

    Y a quelque chose de pas clair dans l'affaire. Je résume : le gouvernement demande à Hydro de ne pas développer des mini centrales parce qu'on a déjà trop d'électricité; là ça va, c'est logique.

    De l'autre côté les régions exigent que ces mini centrales soit construite afin de développer leur région; ça peut se tenir comme réflexion.

    Sauf que c'est à la rencontre de ces deux visions où ça deviens flou : Qu'est-ce qui «justifie» cette dépense ? Pourquoi est-ce que «tous» les citoyens du Québec -en entier- dépenseraient des fortunes pour développer de l'électricité dont on a pas besoin ? Moi, c'est là où j'accroche.

    Aussi bien ouvrir des manufactures de cuillères pas de manche ou des fourchettes pas de dents !

    Mon idée fondamentale v-à-v ce genre de développement ? C'est du BS de luxe pour des groupuscules qui pensent que leur bien-être est plus important que celui de tous ! C'est du nombrilisme poussé à l'extrême ! La même maladie qui accapare la gang de Trois-Rivière avec leur revendication pour garder ouvert Gent.2 : du BS de grand luxe !

    Mais ne développons pas le pétrole, ni le nord, des fois qu'on pourrait faire - rentrer - de l'argent. Non, nous autre on fait pas ça «faire de l'argent», on ne sais que la dépenser !

    On fait parti d'un peuple de «tireux de couvarte» ! Pis le PQ depuis Lévesque essais de réunir ça ? Bonne chance !
    Coudons, suis-je le seul à voir ça de même ? Moi ça me décourage pas possible cette logique de paroisse !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 février 2013 06 h 35

    Pourquoi suite

    Pis les anglais l'autre bord de la rue qui nous fessent sur la tête, pis les semeurs de zizanie d'ici qui ne cherchent qu'à remplir les poches de «certains» sont lovés dans leur fauteuil le sourire au coin des lèvres gonflé de l'assurance que lorsque que nous nous entendrons pour tous tirer sur le même bord, les poules auront des dents !

    Bel avenir ! La seule place où l'on s'entend c'est quand on fait des manifs : Tous en sens contraire du trafic ! Logique finalement, enfin, la nôtre.

  • François Ricard - Inscrit 7 février 2013 06 h 41

    Il faut dépolitiser Hydro-Québec

    Depuis 1995, on a senti chez les différents gouvernements qui se sont succédé une volonté d'utiliser Hydro-Québec à des fins autres que celles spécifiées à son mandat.
    Ce mouvement de politisation s,est accentué avec le gouvernement Charest.
    Comme pour l'enseignement universitaire, il faut revoir de fond en comble la vocation, le fonctionnement d'Hydro-Québec.
    Mais ce n'est sûrement pas en un "sommet" bidon comme celui des universités que l'on pourra bien consulter et bien renseigner la population.

  • Lisa Hamel - Inscrite 7 février 2013 09 h 46

    Vaste consultation sur la politique énergétique: OUI!

    Comme cela est excitant! Il y aurait tellement à faire, pouvant faire de nous de réels pionniers et leader mondiaux dans la fillière du renouvelable!

    J'ai participé à une telle consultation au Danemark. Les résultats sont fabuleux, voyez par vous-même. Si cela est possible au Danemark, ca l'est sûrement chez nous aussi, surtout en regard à tout cet hydro que nous avons:

    http://www.thesolutionsjournal.com/node/954

    http://www.ens.dk/EN-US/POLICY/DANISH-CLIMATE-AND-

    http://www.ens.dk/da-DK/Politik/Dansk-klima-og-ene

  • Claude Boucher - Abonné 7 février 2013 10 h 18

    Amnésie collective et attentes irréalistes

    Il faut rappeler que les projets éoliens qui vont nous coûter si cher pour les 20 prochaines années ont été commandés dans le cadre d'un appel d'offres de 2000 MW en 2005. Cet appel de proposition est lui-même une réponse au débat sur le projet du Suroît, où toutes sortes de groupes sont allés réclamer le développement accéléré de la filière, dans un contexte de déficit hydraulique inquiétant en 2003 et 2004.

    Ce qui a changé depuis? La catastrophe annoncée ne s'est pas produite. La demande stagne depuis 2007. Les prix du gaz naturel ont chuté en raison de l'augmentation de l'offre et les prix à l'exportation ont dégringolé.

    Le mieux que le gouvernement puisse faire à l'heure actuelle, c'est d'annuler ou de retarder les projets qui n'ont pas été fermement engagés (comme les 6 mini-centrales ou le 700 MW d'éoliennes à construire), puisque l'annulation de contrats existants risque de coûter cher, très cher.

    Par ailleurs, je suis toujours amusé lorsque les gérants d'estrade accusent Hydro-Québec d'être ou bien «l'État dans l'État» ou de plier aux diktats de son actionnaire (ça dépend des jours).

    Lorsqu'elle investit davantage pour répondre à une commande macroéconomique, on se plaint que l'entreprise ne maximise pas ses profits. Lorsqu'elle choisit de réduire la croissance de ses investissements ou de centraliser certaines opérations, les régions se plaignent d'être abandonnées. Lorsque Hydro est en surplus, on dit d'elle qu'elle n'a pas su voir les tendances du marché. Et lorsqu'elle est en situation serrée, on lui reproche son manque de prévoyance.

    Les attentes à l'endroit d'Hydro sont souvent irréalistes. Il faudrait s'en rendre compte.