Pétrolia refuse de s’avouer vaincue à Gaspé

Pétrolia détient depuis l’été 2012 des permis du gouvernement du Québec pour son forage exploratoire à Haldimand 4, mais le conseil municipal de Gaspé a adopté un règlement sur la protection de l’eau potable qui a eu comme effet de forcer Pétrolia à suspendre ses travaux.
Photo: Source Pétrolia Pétrolia détient depuis l’été 2012 des permis du gouvernement du Québec pour son forage exploratoire à Haldimand 4, mais le conseil municipal de Gaspé a adopté un règlement sur la protection de l’eau potable qui a eu comme effet de forcer Pétrolia à suspendre ses travaux.

Si elle a consenti à « momentanément reporter ses travaux » dans la ville de Gaspé, Pétrolia refuse toutefois de battre en retraite en faisant une croix sur le forage du puits Haldimand 4.

« Loin de là ! » a indiqué la vice-présidente de la société d’exploration de pétrole, Isabelle Proulx, en entrevue téléphonique avec Le Devoir. « On n’est pas prêts à oublier le forage à Haldimand. À court terme, Haldimand, [constitue la source du] premier pétrole risquant d’être produit au Québec. C’est là », a-t-elle ajouté.


Avant d’être démantelée, la tour de forage Haldimand 4 était située à 850 mètres du puits artésien le plus proche, stipule Pétrolia, tentant de déboulonner l’argumentaire du maire de Gaspé, François Roussy, qui repose sur la nécessité de protéger les sources d’eau potable.


Pétrolia détient depuis l’été 2012 des permis du gouvernement du Québec pour son forage exploratoire à Haldimand 4, mais le conseil municipal de Gaspé a adopté un règlement sur la protection de l’eau potable qui a eu comme effet de forcer Pétrolia à suspendre ses travaux.


La résidence la plus proche est bel et bien située à 350 mètres du site de forage privilégié par Pétrolia, mais celle-ci est raccordée au système d’aqueduc de la Ville de Gaspé, souligne à grands traits la compagnie.


« De dire les choses telles qu’elles sont, je pense que ça aurait été bien. D’ailleurs, partout à travers le Canada, la limite pour des forages conventionnels, c’est 150 mètres, 200 mètres. On est à 850 mètres. Il y a désinformation quelque part », fait valoir Mme Proulx.


Pétrolia a acquiescé au forage de puits d’observation entre Haldimand 4 et les résidences à proximité par TechnoRem sous la supervision de l’INRS, à l’érection d’un mur pour étouffer le bruit des travaux, de même qu’à l’installation d’une membrane de 30 mètres par 40 mètres pour protéger la nappe phréatique en cas de déversement, énumère Mme Proulx. « Ça aussi, on n’est pas obligé de le faire. On l’a fait parce qu’on est à proximité des gens. Moi aussi je veux la protéger la nappe phréatique », a-t-elle indiqué.


La vice-présidente de Pétrolia s’étonne de la campagne de « désinformation » menée afin de mettre en échec le projet Haldimand 4. Le porte-à-porte, l’impression et la distribution de quelque 7000 dépliants, la tenue de séances d’information par l’entreprise privée n’ont pas su faire le poids devant les sorties médiatiques de M. Roussy. « Je ne garde pas un goût amer. C’est son job de faire ça. Quand un maire sort et dit que c’est dangereux… Les citoyens sont portés à croire beaucoup plus les gens d’autorité dans leur milieu. Mais, sur quoi se base Monsieur le maire ? Il continue à dire qu’il y a de la fracturation alors qu’on n’a pas l’intention d’en faire sur Haldimand 4. »


Le grand patron de Pétrolia, André Proulx, avait déclaré sur les ondes du 98,5 FM que la Ville de Gaspé avait exigé en vain des redevances en janvier 2011, c’est-à-dire près de deux ans avant qu’elle eût adopté un règlement pour protéger son eau potable et bloquer le forage exploratoire à Haldimand 4. Plutôt que de présenter ses excuses, comme le lui demande M. Roussy, Pétrolia persiste à soutenir que des redevances ont été réclamées. « Peu importe ce que les autres vont dire, ç’a été demandé dans une réunion », indique Isabelle Proulx. « Il y a quelque chose en dessous. »


La Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, les MRC et les CLD du territoire ont d’une seule voix indiqué en début de semaine que « ni la région ni la ville de Gaspé » n’ont fermé la porte à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures en Gaspésie, mais celles-ci doivent être faites « en harmonie avec l’environnement et dans le respect des populations ».

 

« Risque zéro »


La Ville de Gaspé ne peut laisser la porte ouverte au développement des hydrocarbures sur son territoire tout en exigeant à l’industrie un « risque zéro », selon elle. « Ça n’existe pas », soutient Mme Proulx, ajoutant que « tout développement demande de l’adaptation ».


Une pétition réclamant « à toutes les instances politiques ou civiles, ayant de l’influence dans ce dossier, d’appuyer le développement des projets de Pétrolia et le développement de l’industrie des hydrocarbures aux sites d’Haldimand » a été mis en ligne lundi sur le site www.petitions24.net. Mardi, elle recueillait moins de 100 signatures.


La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a fait état de « trois gisements intéressants au Québec : la Gaspésie, dont on entend un peu plus parler, l’île d’Anticosti, et Old Harry » lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle. Précisant que l’« exploration est loin d’être terminée », Mme Ouellet « parle en termes de revenus d’à peu près 35 milliards pour la Gaspésie » et de « 200-300 milliards pour l’île d’Anticosti » ainsi que de « 500 milliards pour Old Harry ».


Arguant qu’elle « ne peut pas sauter d’étapes », Pétrolia se refuse à plier bagages du secteur Haldimand et à focaliser son son attention sur l’arrière-pays gaspésien, alors que son projet d’exploration Bourque, situé à l’est de Murdochville, pourrait renfermer plus de 100 millions de barils de pétrole.

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