Canada - La part des revenus des plus riches a diminué avec la crise

Photo: Rick Bowmer Associated Press

La part des revenus accaparée par le 1 % des plus riches a reculé au pays avec la crise. Il en faudra toutefois plus pour renverser une tendance à long terme de leur écart grandissant avec le reste des contribuables, constate Statistique Canada.

Le 1 % des Canadiens les plus riches a reçu 10,6 % des revenus totaux déclarés par tous les contribuables au pays en 2010, a rapporté lundi l’agence fédérale. Cette proportion constitue un recul par rapport à la dernière mesure du genre en 2006 (12,1 %), et est même légèrement inférieure au niveau de 2000 (11 %). Elle reste néanmoins bien au-dessus des niveaux observés au début des années 80 (7 %) et même une dizaine d’années plus tard (8 %).


En 2010, il fallait gagner au moins 201 000 $ par année pour appartenir au groupe sélect des quelque 255 000 contribuables les plus riches au Canada. Le revenu médian au sein de ce groupe était de 283 400 $, soit dix fois plus que les 28 400 $ de celui des 25 millions d’autres Canadiens qui remplissent une déclaration d’impôt.


Cette situation confirme une enviable amélioration du niveau de vie des plus riches depuis 1982 (+ 48 %), alors que leur revenu médian était de 191 600 $ (en dollars de 2010). C’était, à l’époque, sept fois plus que les 99 % restants dont le revenu médian était déjà de 28 000 $, et qui ont pratiquement fait du surplace ensuite (+ 1,4 %).


La montée des inégalités, le grand dérapage du secteur financier et la terrible crise économique qui s’en est suivie ont soulevé, à l’automne 2010, l’important mouvement de contestation populaire appelé Occupons Wall Street qui se faisait le défenseur des 99 % de la population contre le 1 % des plus riches. Le récent recul dont fait état Statistique Canada pour les ménages les plus fortunés ne reflète pas une tendance à long terme, mais un simple « phénomène cyclique » tributaire de nombreux facteurs, a déclaré à La Presse canadienne, lundi, le directeur du Centre d’étude des niveaux de vie Andrew Sharpe.


Un Torontois de 51 ans


Il est à noter que tous ces chiffres ne tiennent pas compte des impôts ni des autres mécanismes publics de repartage de la richesse. On apprend d’ailleurs, sans surprise, que le 1 % des Canadiens les plus riches compte pour beaucoup dans les ressources de l’État. Leur part dans le total des impôts sur le revenu fédéral et provinciaux s’élevait déjà à 13,4 % en 1983. Elle a atteint un sommet de 23,3 % en 2007, avant de reculer un peu, en même temps que leurs revenus, à 21,2 % en 2010.


Les données de Statistique Canada permettent d’apprendre que les revenus des très riches leur viennent de plus en plus de leurs salaires et traitements, plutôt que d’investissements. Cette proportion est passée, depuis 1982, d’un peu plus de 50 % à 64 %, soit presque la même importance relative que pour les autres Canadiens en 2010 (68 %).


Cet extraordinaire confort matériel du 1 % des plus riches n’est pas une nouveauté pour eux. Plus de la moitié (53 %) appartenaient déjà à ce groupe, cinq ans auparavant, et 85 % faisaient partie des 5 % des plus riches.


Leurs rangs comptent quatre fois plus d’hommes que de femmes, mais cet écart va en se réduisant, le poids de ces dernières ayant doublé (de 11 % à 21 %) en 28 %. Plus d’hommes sont mariés ou vivent en union libre que les femmes (68 %). Leur âge médian n’a pas changé, quant à lui. Il reste aux alentours de 51 ans, alors que celui de l’ensemble des contribuables est passé de 36 à 47 ans.


L’Ontario continue d’être la province qui compte le plus de ces super-riches avec 110 300 personnes. Elle est suivie par l’étoile montante albertaine (deux fois plus qu’en 1990 à 52 200), le Québec (42 600) et la Colombie-Britannique (29 500). Un peu moins des deux tiers de ces personnes habitent les régions de Montréal, Toronto, Calgary, Edmonton ou Vancouver.

 

Des nouvelles des États-Unis


Ces données de Statistique Canada trouvent un écho dans une autre étude dévoilée la semaine dernière par la firme de recherche américaine Economic Policy Institute.


On y rapporte que les salaires et traitements du 1 % des plus riches ont durement accusé le coup de la crise économique, avec un recul de presque 16 % de 2007 à 2009, mais qu’ils ont, depuis, regagné presque la moitié du terrain perdu.


La situation du groupe des 90 % (sic) de contribuables gagnant le moins se révèle bien différente. Leurs salaires et traitements auraient peu diminué durant la crise (- 0,6 %), mais ils auraient continué de reculer après, pour un repli total de 1,8 % entre 2007 et 2011.


La tendance à long terme est toutefois similaire sinon plus forte encore que celle au Canada. Le salaire réel des 90 % des travailleurs américains n’a crû, au total, que de 14,5 % depuis 1979, contre 134 % pour le 1 % des plus riches.


Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus d’investissements, précisent les auteurs de l’étude. Les écarts de richesses seraient encore prononcés autrement. On ne sait pas non plus quel sera l’impact à long terme de la correction à la baisse observée durant la crise. « Les prochaines années diront si les inégalités de revenus repasseront les sommets d’avant la crise ou si elles demeureront seulement bien plus élevées que dans les années 80 et 90. »

***
Ce texte a été modifié après publication.
 

2 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 29 janvier 2013 09 h 26

    La clef ...l'éducation

    C'est par l'éducation et la main d'oeuvre spécialisée que les plus pauvres pourront améliorer leur sort.

    Un ami de ma fille a complété un simple DEP en soudure et il est passé de la misère à un très bon salaire.

    Seulement prendre de l'argent aux plus riches et le donner aux plus pauvres , sans efforts de leur part, serait une fausse solution basée sur une plus grande dépendance. Comme le disait Félix: la meilleure façon de tuer quelqu'un c'est de le payer à rien faire.

    Les communautés autochtones au taux de chômage astronomique vivent de chèques et ont perdu leur fierté. Sans études et sans travail il ne retrouvreront jamais cette fierté. C'est là qu'il faut les aider.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 29 janvier 2013 09 h 34

    On fait bien dire ce que l'on veut entendre des chiffres

    Ce matin, en lisant Le Droit, on m'apprend que l'écart entre les riches et les pauvres s'accroît (c'est le titre de l'article).

    Quand j'arrive au Devoir, on dit: "Canada - L’écart de revenus s’est rétréci entre les riches et les autres"

    Tous deux se basent sur la même étude de Statistiques Canada. Qui dit vrai?

    En fait, les deux affirmations sont sans doute correctes. En relisant les articles des journaux respectifs, je découvre que Le Droit a comparé 1982 avec 2010, tandis que Le Devoir a comparé 2006 avec 2010.

    Comme quoi, il faut toujours être très prudent quand on compare des chiffres. Les conclusions qu'on en tire peuvent être fort contradictoire, en apparence tout au moins.