Chine - Une lutte des classes à refaire

Venu de la campagne en espérant améliorer son sort et celui de sa famille, cet homme parcourt les rues de Pékin sur son tricycle, accompagné de son enfant.
Photo: Agence France-Presse (photo) Frederic J. Brown Venu de la campagne en espérant améliorer son sort et celui de sa famille, cet homme parcourt les rues de Pékin sur son tricycle, accompagné de son enfant.

Pékin — Le gouvernement chinois a publié vendredi pour la première fois depuis plus de dix ans une mesure des inégalités sociales, faisant apparaître des écarts de revenus plus importants dans ce pays se réclamant officiellement du communisme que dans les économies capitalistes avancées.

Le coefficient de Gini s’est élevé selon le gouvernement à 0,474 l’an dernier, après avoir culminé à 0,491 en 2008, a déclaré le directeur du Bureau national des Statistiques (BNS), Ma Jiantang, lors d’une conférence de presse. La valeur 0 représente une égalité parfaite de revenus entre tous les citoyens tandis qu’une valeur 1 signifierait que tous les revenus dans un pays reviennent à une seule personne (un maître et ses esclaves).


La valeur 0,4 est généralement acceptée comme un seuil d’alerte. Selon la CIA, cette limite est dépassée notamment par les Etats-Unis (0,45 en 2007), la Thaïlande (0,536 en 2010) ou encore l’Afrique du Sud (0,65 en 2005). La France avait un coefficient Gini de 0,327 en 2008, l’Allemagne de 0,27 en 2006 et le Japon de 0,376 en 2008, d’après la même source. Au Canaad, il se situe à .396


Les chiffres pour la Chine «montrent que l’écart des revenus est plutôt important», a reconnu M. Ma. «Ces données... reflètent l’urgence pour notre pays d’accélérer la mise en oeuvre de notre projet de réforme de la distribution des revenus afin de réduire les disparités», a ajouté le responsable du BNS, assurant que le gouvernement travaillait à «mieux répartir et partager» les fruits de la croissance économique.


Le BNS publiait le coefficient de Gini pour l’ensemble de la population chinoise pour la première fois depuis l’an 2000. Il s’était alors élevé à 0,412. M. Ma a expliqué l’absence de cette mesure pendant plus d’une décennie par la difficulté à placer sur une même échelle les écarts de revenus dans les zones rurales et dans les villes chinoises.


Mais les inégalités de revenus sont aussi une source grandissante de mécontentement pour la population chinoise, près de trois décennies après que Deng Xiaoping a appelé en 1985 à «laisser certaines régions et certaines personnes s’enrichir d’abord». Le dirigeant avait assuré que «cela mènera progressivement à une prospérité commune».


Le mois dernier, un organisme dépendant de la banque centrale chinoise avait pour sa part calculé pour 2010 un coefficient de 0,61. Interrogé par l’AFP sur la différence avec le chiffre officiel, Gan Li, le directeur du Centre de recherche et d’enquête sur l’économie familiale a dit espérer «que le BNS rendra public l’ensemble de sa méthode d’enquête et des données collectées, afin que les gens puissent connaître la réalité de la situation en Chine».