La planète prend du retard dans la préparation de l’après-pétrole

L’Agence internationale pour les énergies renouvelables ambitionne de faire passer de 16 à 30 % la part des énergies propres d’ici 2030.
Photo: Agence France-Presse (photo) Anne-Christine Poujoulat L’Agence internationale pour les énergies renouvelables ambitionne de faire passer de 16 à 30 % la part des énergies propres d’ici 2030.

La part des énergies renouvelables dans la consommation globale d’énergie a progressé pendant la dernière décennie à 16 % mais de nombreux experts doutent que l’objectif de quasiment la doubler d’ici 2030 soit atteint.

« Le virage vers les énergies à faible émission de carbone a été pris », a souligné la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Christina Figueres, devant le sommet mondial sur les énergies du futur organisé à Abou Dhabi cette semaine. « Mais ce virage n’est pas pris à l’échelle et à la vitesse voulues », a-t-elle relevé alors que l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) a lancé lundi un plan destiné à doubler en 2030 la part de ces énergies.


« C’est un objectif ambitieux », a reconnu Adnan Amin, secrétaire général de l’Irena basée à Abou Dhabi. Mais il a estimé que l’objectif, consistant à porter à 30 % contre 16 % actuellement la part des énergies renouvelables, pourrait ne pas être atteint et que la part des énergies propres pourrait passer à seulement 21 % si les efforts n’étaient pas décuplés.


L’Irena a lancé dimanche, à l’ouverture d’une semaine consacrée à l’énergie durable, le premier atlas mondial pour l’énergie solaire et éolienne, afin d’aider les pays à évaluer leur potentiel.


Selon un rapport de Renewable Energy Policy Network for the 21 st Century (REN21), un réseau mondial d’acteurs publics et privés, la part des énergies renouvelables atteint actuellement 17 à 18 % des énergies consommées. Les énergies fossiles - pétrole, gaz et charbon - représentent 80 % et l’énergie nucléaire de 2 à 3 %, selon le même rapport.


Les quelque 170 experts interrogés dans ce rapport restent divisés sur l’avenir des énergies renouvelables. Les pessimistes estiment que leur part n’atteindrait pas les 20 % des énergies consommées d’ici 2050. Les modérés évoquent un pourcentage de 30 à 45 % et les optimistes parlent de 50 à 90 %.


La part des énergies renouvelables atteint les 20 % dans au moins 30 pays et 120 pays ont divers objectifs pour leur introduction et leur développement. « Je ne suis pas optimiste quant à l’objectif de 2030 et j’ai de nombreux points d’interrogation », a déclaré Fatih Birol, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).


Il a relevé que le prix moyen du baril de pétrole a été 112 $US en 2012, un record, en soulignant que les subventions pour les énergies fossiles sont « l’ennemi public numéro un de la lutte pour le changement climatique ». Ces subventions ont atteint 523 milliards en 2011, soit 30 % de plus qu’en 2010, a indiqué M. Birol, selon lequel cet argent dépensé rend les énergies fossiles abordables et augmente leur consommation. « Nous avons absolument besoin des énergies renouvelables mais, à moins d’avoir un cadre qui rend les investissements profitables, nous ne réaliserons pas l’objectif », a-t-il souligné.


Or, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables ont reculé de 11 % en 2012, plombés par des lourdes chutes sur des grands marchés comme les États-Unis, l’Inde et l’Europe, mais la casse a été moindre que redouté, selon un rapport publié lundi.


L’an passé, 268,7 milliards ont été investis dans des projets d’énergies propres, contre 302,3 milliards en 2011, selon une étude réalisée par le cabinet spécialisé Bloomberg New Energy Finance (BNEF). Selon le rapport de REN21, les investissements annuels dans les énergies renouvelables pendant la prochaine décade devrait osciller entre 300 et 1000 milliards.


Le président français François Hollande a appelé mardi devant le sommet à « davantage d’investissements dans les énergies renouvelables » pour « préparer l’après-pétrole ». « L’heure n’est plus à la dispersion ou aux constats complaisants mais à l’action », a-t-il dit.

4 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 17 janvier 2013 10 h 41

    La part des énergies renouvelables...

    Les valeurs en pourcentage représentent un indice important mais il ne faut pas perdre de vue que les gaz à effet de serre (GES) sont produits par les combustibles fossiles en valeur absolue. La combustion de ces combustibles est en forte croissance. Les investissements pour les énergies fossiles ont été de 523 milliards en 2011 en croissance de 30% en un an. À 269 milliards en 2102, les investissements pour les énergies propres ont été de l'ordre de la moitié des investissements dans les combustibles.

    Plus nous brûlons de combustibles fossiles, plus nous produisons de GES, quelque soit la part en pourcentage des énergies propres. L'Agence Internationale de l'Énergie révélait récemment l'augmentation de la disponibilité du gaz et du pétrole de sources non conventionnelles, comme les sables bitumineux et les shales bitumineux et argileux. Il ne faut pas seulement augmenter la part des énergies renouvelables, il faut diminuer la consommation des combustibles en chiffres absolus. Si la tendance se maintient, nous courons à la catastrophe.

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 17 janvier 2013 12 h 50

      Comme je ne crois pas qu'une majorité de citoyens modifiera de manière significative son mode de vie et sa consommation de pétrole, est-ce que l'actuel gouvernement péquiste pourrait exercer une forme de gouvernance souverainiste en adoptant des législations environnementales plus sévères que celles qu'on retrouve au Canada, et ce, dans des domaines qui sont de compétence fédérale comme le sont, je crois, les normes qui s'adressent à l'industrie automobile ?

      Peut-être qu'on pourrait interdire les grosses cylindrées et autres véhicules qui ne sont pas réellement économes au plan de la consommation d'essence ?

      La mesure dérangerait certains électeurs, mais elle pourrait peut-être rallier l'opinion publique, qui sait ?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 17 janvier 2013 19 h 33

      M. Vaillancourt vous abordez le coeur du problème.

      Un changement si nécessaire mais qui dérange autant que la réduction drastique des émissions de GES ne viendra pas sans mesures coercitive sévères.

      On a pas besoin de chercher bien loin dans le passé. Prenons l'exemple de la destruction de la couche d'ozone par les CFC. Le protocole de Montréal ne s'est pas contenté de dire «bon, si possible et sans trop vous déranger, veuillez svp et sans obligation (vous pouvez même vous retirer du protocole sans sanctions!), réduire vos émissions de chloro-fluoro-carbones». Ça n'aurait jamais marché.


      Plus on «brette», plus la réduction doit être drastique (ou plus les dégâts seront grands).

  • Nicolas Blackburn - Inscrit 17 janvier 2013 13 h 52

    Les énergies vertes sont-elles indépendantes des énergies fossiles?

    On met souvent l'énergie solaire produite à l'aide de panneaux photovoltaïque dans le sac des énergies vertes, non-polluantes et renouvelables, mais je suis sceptique quant à la propreté des panneaux photovoltaïques et leur renouvelabilité. Considérant toutes les étapes d'exploitation d'un panneau photovoltaïque, de l'extraction de la matière servant à le fabriquer, la fabrication, la mise en place des infrastructures, l'entretien et le démantellement/entreposage des infrastructures désuettes, est-ce vraiment une énergie non-polluante et renouvelable? Quelle est la durée de vie d'un panneau photovoltaïque?

    D'un point de vue plus large, malheureusesment, je pense qu'il n'existent aucune énergie totalement renouvelable et ne dépendant pas d'une manière ou d'une autre des combustibles fossiles (par ex.: infrastructures à base de matériaux synthétiques issus des combustibles fossiles, transport et machinerie pour l'extraction des matériaux et l'entretien, etc.). J'imagine que leur degré de dépendance varie d'une technologie à l'autre. Il serait intéressant d'avoir un comparatif des différentes technologies à ce propos.