Défis pharaoniques

Dernier signe d’inquiétude en date, la devise égyptienne vient de tomber en quelques jours de 6 à 6,4 livres pour un dollar, une dépréciation dont la soudaineté traduit la difficulté de l’Égypte à défendre sa monnaie, et fait redouter des baisses supplémentaires.
Photo: Agence France-Presse (photo) Khaled Desouki Dernier signe d’inquiétude en date, la devise égyptienne vient de tomber en quelques jours de 6 à 6,4 livres pour un dollar, une dépréciation dont la soudaineté traduit la difficulté de l’Égypte à défendre sa monnaie, et fait redouter des baisses supplémentaires.

Caire — Déficit budgétaire en hausse, réserves de change en baisse, monnaie sous pression : le gouvernement égyptien, remanié pour mieux affronter la crise économique, fait face à une accumulation de défis dans un contexte politique et social difficile, soulignent des analystes.

Des discussions avec le Fonds monétaire international pour un prêt de 4,8 milliards de dollars ont repris lundi au Caire avec le responsable du FMI pour le Moyen-Orient, Masood Ahmed, qui s’est entretenu avec le premier ministre, Hicham Qandil, et qui devait rencontrer le président islamiste, Mohamed Morsi. L’obtention de ce prêt est considérée par beaucoup comme une condition indispensable pour un redressement, mais pas sans dangers sur le plan social.


Le président Morsi a lui-même fixé un lourd cahier des charges à la dizaine de nouveaux ministres en majorité titulaires de portefeuilles économiques, dont celui des Finances, qui ont fait leur entrée dimanche dans le gouvernement de M. Qandil.


Le gouvernement doit « accélérer les efforts pour relancer l’économie et la croissance, attirer les investissements, consolider les exportations, encourager le tourisme, créer de nouveaux emplois et améliorer les services publics », a-t-il déclaré. « Les indicateurs sont alarmants, estime Ahmed el-Naggar, économiste auprès du Centre d’études al-Ahram. Le tourisme, qui rapportait autrefois 13 milliards de dollars par an, ne rapporte plus que 8,8 milliards. »


Quant au chômage, il a progressé de 9 à 12 % de la population active en deux ans, ajoute-t-il, considérant toutefois ces chiffres très en deçà de la réalité dans un pays où 40 % de la population vit avec deux dollars ou moins par jour.


Dernier signe d’inquiétude en date, la devise égyptienne vient de tomber en quelques jours de 6 à 6,4 livres pour un dollar, une dépréciation dont la soudaineté traduit la difficulté de l’Égypte à défendre sa monnaie, et fait redouter des baisses supplémentaires. La Banque centrale a reconnu que ses réserves de change, passées en deux ans de 36 à 15 milliards de dollars américains - soit de quoi couvrir théoriquement trois mois d’importations - avaient atteint un niveau « critique », et a pris des mesures pour limiter les sorties de devises du pays.


« Pour que le système fonctionne, la confiance doit revenir rapidement, et il faut commencer par un accord avec le FMI », souligne l’agence de notation Fitch dans un récent communiqué sur la réforme du régime des changes égyptien.

 

L’Égypte a elle aussi son « mur budgétaire »


Le ministre du Plan, Achraf Abdel Fattah al-Arabi, vient de déclarer dans la presse que le déficit pourrait bondir de 50 %, à 200 milliards de livres (31 milliards $US), par rapport aux prévisions pour l’année fiscale 2012-2013 « si de strictes mesures économiques ne sont pas mises en place ». Le nouveau ministre des Finances, El-Morsi El-Sayed Hegazy, un universitaire spécialiste de finance islamique, s’est dès son investiture déclaré « disposé à parachever les consultations avec le FMI pour conclure le prêt », jugé décisif pour rétablir la confiance et débloquer d’autres financements internationaux.


Mais des mesures de rigueur y sont associées, en particulier une révision des coûteuses subventions d’État aux carburants ou à des produits alimentaires, qui permettent de garder des prix très bas sur beaucoup de produits de base. En décembre, M. Morsi a dû geler quelques heures avant leur entrée en vigueur des hausses de taxes sur de nombreux produits de consommation courante, sacrifiant au moins provisoirement le redressement des finances publiques pour éviter des tensions sociales.


La proximité d’élections législatives, prévues dans deux mois environ, risque aussi de peser sur la capacité à mener des réformes. « Les tout prochains mois vont être critiques, estime l’économiste Angus Blair, qui dirige au Caire le Signet Institute. On peut espérer que le nouveau ministre des Finances arrive avec un plan créatif, mais force est de constater qu’il va devoir travailler dans un contexte qui impose des limites étroites ».