Austérité, l’échec des experts

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	L’adoption de mesures d’austérité, comme en Espagne, ont amené les citoyens de plusieurs pays européens à manifester — parfois violemment — contre leurs dirigeants politiques.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Filippo Monteforte
L’adoption de mesures d’austérité, comme en Espagne, ont amené les citoyens de plusieurs pays européens à manifester — parfois violemment — contre leurs dirigeants politiques.

Les experts ont systématiquement sous-estimé l’impact négatif des politiques d’austérité sur la croissance économique, confirme l’économiste en chef du Fonds monétaire international.

L’erreur d’appréciation a été commise par la plupart des prévisionnistes, y compris ceux d’institutions économiques internationales aussi influentes que la Commission européenne, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de même que le FMI, admet Olivier Blanchard dans une étude qu’il a cosignée avec un autre économiste du FMI, Daniel Leigh, la semaine dernière. Tous ces experts avaient estimé que pour l’équivalent de 1 $ de compressions des dépenses ou d’augmentation des revenus par les gouvernements des pays développés, il fallait s’attendre à un recul de 50 ¢ de leurs économies. Or, il appert que ces « multiplicateurs budgétaires » ont plutôt été du double, voire du triple, soit de 90 ¢ à 1,70 $.

 

Trop grande austérité


N’engageant officiellement que leurs auteurs, l’étude de Blanchard et Leigh vise à étoffer un passage du plus récent rapport sur les Perspectives de l’économie mondiale du FMI qui avait fait beaucoup de bruit en octobre. Elle arrive après des mois de contestation populaire et de critiques d’experts contre la trop grande rigueur des politiques d’austérité appliquées dans plusieurs pays développés.


Les conclusions de l’étude de Blanchard et Leigh portent sur un ensemble de 26 pays européens, mais rapportent que le portrait peut varier selon le cas. On y note que le constat général reste valide même si l’on exclut de l’examen les pays où la cure d’austérité a été la plus musclée, comme la Grèce ou le Portugal, ou encore les économies émergentes, comme la Pologne ou la Hongrie. On y observe aussi que parmi toutes les mesures d’austérité des gouvernements, les compressions de leurs dépenses semblent avoir un impact négatif un peu plus grand que l’augmentation de leurs revenus fiscaux.


L’étude permet d’apprendre que le problème de sous-estimation systématique de l’impact économique des politiques d’austérité serait apparu durant la crise. De 1997 à 2008, on n’avait pas ce problème. Il aurait atteint son sommet avec la Grande Récession et semble en voie de s’atténuer depuis un an ou deux, soit parce que les prévisionnistes commencent à apprendre de leurs erreurs, soit parce que le contexte a rendu les multiplicateurs budgétaires moins grands.


Ces éléments peuvent être de plusieurs ordres, explique l’économiste en chef du FMI. Le fait, notamment, que les banques centrales aient réduit leurs taux d’intérêt à leur plancher absolu durant la crise les a empêchés de compenser l’impact économique des politiques d’austérité par un assouplissement des conditions monétaires. Le fait que le secteur financier a pratiquement cessé de fonctionner après la faillite de Lehman Brothers a aussi considérablement réduit la capacité des consommateurs et des entreprises de recourir au crédit pour compenser le serrage de vis des gouvernements.

 

Une vérité qui choque


La première mouture de ce constat du FMI avait été très mal reçue, en octobre, notamment par les autorités européennes et la Banque centrale européenne (BCE). Ces deux autres membres, avec le FMI, de la fameuse « troïka » qui supervise les plans de sauvetage aux pays européens en difficulté déploraient encore, le mois dernier, le fait que le débat met « excessivement l’accent sur le court terme ». « Un assainissement bien conçu aboutit à une amélioration permanente du solde structurel, tandis que la détérioration de la croissance, le cas échéant, n’est que temporaire », disait la BCE dans son bulletin mensuel.


Olivier Blanchard et Daniel Leigh s’empressent de préciser que leur intention, pas plus que les conclusions de leur étude, ne conduit pas à un rejet en bloc des politiques d’assainissement budgétaire. « L’impact économique à court terme des politiques budgétaires n’est que l’un des nombreux facteurs dont il faut savoir tenir compte au moment de déterminer le rythme de l’assainissement des finances publiques dans un pays. »


L’idée fait néanmoins son chemin. Des pays comme la Grèce et le Portugal se sont récemment vu accorder des délais supplémentaires pour remplir leurs obligations en matière de réduction de déficit.

9 commentaires
  • Gaston Carmichael - Inscrit 8 janvier 2013 08 h 33

    Pourtant, il y avait plusieurs avis dissidents.

    Mais on faisait semblant de ne pas les entendre, ou pire, on tentait de les discréditer.

    Moi-même qui ne suis pas économiste ne comprenait pas la logique sous-tendant ces programmes d'austérité accélérés. Le Gros Bons Sens me disait que les pertes en revenus fiscaux seraient au moins égales, sinon supérieures, aux économies engendrées par les programmes d'austérité.

    On peut bien épargner $1 milliard, mais si les revenus fiscaux chutent d'autant, on est au même point. Pas tout à fait: Entretemps, on a engendré un dangereux désordre social en bousculant la vie de millions de personnes se retrouvant sur le chômage ou l'aide sociale.

    Malheureusement, les économistes d'aujourd'hui carburent à l'idéologie. Les concepts économiques de base qui ont fait leurs preuves n'ont plus cours.

  • Olivier Carrier - Inscrit 8 janvier 2013 08 h 48

    À peu près temps

    Après quelques années on se rend finalement compte que donner de l'argent aux banques et l'enlever à ceux qui consomment ne relance pas l'économie. Bravo.

  • Eric Blanchet - Inscrit 8 janvier 2013 09 h 46

    Économiste, la définition

    Économiste : Personne qui vous dira demain pourquoi ce qu'elle avait prédit hier ne s'est pas produit aujourd'hui.

    En avez-vous une meilleure?


    @eric_tca62

    • François Dugal - Inscrit 8 janvier 2013 11 h 31

      Pourquoi les banques engagent-elles des économistes?
      JoJo Savard serait tout aussi fiable et sans doute plus divertissante.

    • Jérôme Del Castillo - Inscrit 8 janvier 2013 19 h 15

      Votre définition est hélas incomplète: il manque "et a obtenu des dividendes en spéculant sur les erreurs que ses prédictions vous ont fait commettre"

  • Yvon Bureau - Abonné 8 janvier 2013 10 h 32

    Ajout d'une réflexion

    http://www.lexpress.fr/actualite/monde/bientot-le-

    Bientôt le monde ne sera dirigé ni par le G8 ni par le G20, mais par un G0

    Par Jacques Attali, publié le 26/07/2012 à 19:04

    Qui, demain, dirigera le monde? Comment organiser une gouvernance mondiale? Jacques Attali s'interroge et propose quelques pistes de réponse.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 8 janvier 2013 12 h 38

      "Bientôt le monde ne sera dirigé ni par le G8 ni par le G20, mais par un G0"

      Effectivement, on semble se diriger vers un gouvernement mondial. Toutefois, je crois que FMI serait un terme mieux approprié que G0.

      La Grèce et l'Espagne marche déjà au rythme du tambour du FMI. Dans Le Devoir de ce matin, on nous apprend justement que le FMI est en train de mettre l'Égype au pas: http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

      Dans les 25 dernières années, on a vu les états céder de plus en plus de leur souveraineté au profit d'organisation internationale, telle que le FMI.

  • François Dugal - Inscrit 8 janvier 2013 11 h 28

    Distortions

    Comment, il y a des distortions dans la boule de cristal?