États-Unis - Au bord du gouffre fiscal

Le manque de volonté de s'attaquer au problème du déficit budgétaire au cours des dernières années risque de faire sombrer les États-Unis dans un précipice fiscal.
Photo: La Presse canadienne (photo) Evan Vucci - Associated Press Le manque de volonté de s'attaquer au problème du déficit budgétaire au cours des dernières années risque de faire sombrer les États-Unis dans un précipice fiscal.

Alors que le « précipice fiscal » apparaît à l’horizon, le président des États-Unis, Barack Obama, s’est dit « modérément optimiste » quant aux perspectives de réussite des négociations visant à éviter une cure d’austérité forcée à la première économie mondiale, assurant qu’un accord budgétaire restait possible avec le Congrès avant le jour de l’An.

«Nous pouvons toujours parvenir à un accord », a déclaré le chef de l’exécutif lors d’une courte allocution vendredi en fin de journée, au terme d’une « bonne et constructive » rencontre d’une heure avec les leaders du Congrès à la Maison-Blanche.

Le leader de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, et le leader de la minorité républicaine, Mitch McConnell, sont sortis du Bureau ovale en annonçant qu’ils s’engageaient dans des négociations de dernière minute avec la Maison-Blanche pour trouver un accord.


« Je suis plein d’espoir [quant à la possibilité de conclure un accord après des mois de blocage] », a affirmé M. McConnell. « Je ferai tout ce que je peux pour rendre un accord possible », a pour sa part dit M. Reid, tout en prévenant que « peu importe ce qui en sortira, ce sera imparfait ».


Mais le succès est loin d’être garanti dans ce lourd climat de méfiance politique, même avec un accord restreint qui reporterait les décisions sur les coupes budgétaires quelque part en 2013.


Il s’agissait de la première rencontre entre Barack Obama - qui a écourté ses vacances de Noël à Hawaï pour rentrer à Washington afin de s’attaquer à ce dossier pressant - et les leaders du Congrès depuis le 16 novembre.


La rencontre rassemblait le leader de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, le président de la Chambre des représentants, John Boehner, le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, et la leader de la minorité démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi. Le vice-président Joe Biden et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, étaient également présents.


La réunion a été consacrée aux « différentes options et aux éléments d’un plan qui pourrait être adopté par les deux chambres du Congrès » avant la date butoir, selon le bureau du président de la Chambre des représentants - principal adversaire politique de M. Obama dans cette crise. « Le président de la Chambre a dit au président que si le Sénat amendait des textes déjà adoptés par la Chambre et renvoyait un plan, la Chambre l’examinerait, soit en l’acceptant, soit en l’amendant [à nouveau] », a précisé un collaborateur de M. Boehner. La réunion à la Maison-Blanche a débouché sur le consensus que « la prochaine étape devrait être que le Sénat agisse avec une collaboration des deux partis », a-t-il conclu.


La Maison-Blanche et le Congrès se retrouvent dans cette situation à cause de leur incapacité, ou de leur manque de volonté, à prendre à bras-le-corps le problème du déficit budgétaire au cours des dernières années. Pour Barack Obama, cette rencontre de la dernière chance représente un test : il doit mettre à profit sa force découlant de sa réélection sans renier son engagement à trouver des compromis face à un Congrès divisé - la Chambre des représentants dominée par les républicains et le Sénat par les démocrates.


Tout accord comprendrait probablement un prolongement des baisses d’impôts de la classe moyenne, qui doivent expirer à la fin de l’année, tout en maintenant la hausse pour les ménages à revenu élevé, une promesse de Barack Obama durant sa campagne électorale, ont déclaré en privé des démocrates et des républicains à l’Associated Press. L’entente devrait aussi permettre de repousser les coupes budgétaires et de prolonger les prestations de chômage arrivant à échéance.


Certains membres du Congrès déplorent qu’un éventuel accord restreint ne fasse que remettre à plus tard les décisions difficiles. « Nous allons conclure un petit accord et nous allons créer un autre précipice fiscal afin d’empêcher le précipice fiscal », a déclaré le sénateur Bob Corker vendredi sur les ondes de CBS, estimant qu’il y avait eu « un manque total de courage et de leadership » à Washington.


Sauf accord in extremis, mardi verra l’expiration des « cadeaux fiscaux » pour la plupart des contribuables, hérités de l’ère du président républicain George W. Bush, et l’entrée en vigueur de coupes draconiennes dans les dépenses publiques, dont celles du ministère de la Défense, qui pourraient se traduire par des licenciements de masse. Dans ce scénario, les impôts de presque tous les Américains augmenteront de quelque 2200 dollars en moyenne par foyer fiscal, selon la Maison-Blanche.

 

Inquiétudes au Canada


L’entrée en vigueur de ces mesures pourrait faire replonger la première économie mondiale en récession et entraîner avec elle d’autres économies de la planète, y compris l’économie canadienne, ont averti des économistes.


La Bourse de Toronto a clôturé en baisse vendredi, alors que le scepticisme entourant l’issue des négociations visant à esquiver le « précipice fiscal » prenait de l’ampleur. L’indice composé S P/TSX a perdu 57,64 points pour terminer la séance à 12 316,12 points, alors que se rapprochait la date limite du 31 décembre. Pour sa part, le dollar canadien s’est déprécié de 0,16 cent US à 100,35 cents US.


Les marchés américains ont eux aussi reculé, leurs pertes s’étant accélérées en fin de journée. La moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a terminé la journée sur un recul de 158,2 points à 12 938,11 points, tandis que l’indice composé du Nasdaq a laissé 25,59 points à 2960,31 points et que l’indice élargi S P 500 a glissé de 15,67 points à 1402,43 points.


Aux négociations pour éviter le précipice fiscal vient s’ajouter la perspective d’une nouvelle empoignade sur le relèvement du plafond légal de la dette publique, actuellement de 16 394 milliards de dollars, et qui sera atteint le 31 décembre selon le Trésor. Nécessaire pour permettre au gouvernement d’emprunter au-delà du premier trimestre 2013, cette procédure, prérogative du Congrès, avait déjà donné lieu en 2011 à une crise politique aiguë.


« Le temps file », a lancé le président de la commission des finances du Sénat, Max Baucus. « Mon message est simple : nous pouvons le faire. Nous pouvons y arriver, et nous devons y arriver. »


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Avec La Presse canadienne, l’Associated Press et l’Agence France-Presse

7 commentaires
  • Beaudoin D - Inscrit 29 décembre 2012 07 h 21

    Les USA devraient couper dans les dépenses

    Les Etats-Unis devraient couper dans leurs dépenses annuelles de $3.8 trillions en excès de leurs revenus de $2.1 trillions. Les augmentations de taxe n'atteindront jamais le manque de $1.6 trillion et donc ne peuvent réduirent la dette actuelle de $16.3 trillions.

    C'est pourquoi il n'y a pas d'entente entre Obama et le Congrès, car Obama propose seulement des coupures de $38.5 milliards, ce qui équivault à une personne proposant des coupures de $385 sur un manque de $16,500 annuel dans les dépenses et sur une dette personnelle de $162,710. Obama ne veut pas couper dans les programmes sociaux qui font partie de sa promesse électorale, et n'a pas de solution pour diminuer la dette qui peut augmenter.

    C'est ce qui me être le problème.

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 décembre 2012 12 h 39

      Selon mes chiffres, les dépenses publiques des États-Unis sont mille fois moindres que ce que vous dites. Elles sont plutôt de 3 800 milliards de dollars, ou 3,8 billions de dollars.
      Ceci dit, les dépenses publiques états-uniennes semblent dans la moyenne de celles des pays développés. Mais pas le niveau de taxation.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 29 décembre 2012 14 h 59

      Pardon Mr. Beaudouin, mais je vous corrige, Mr. Obama a une solution: Augmenter les impôts des plus riches qui possèdent à eux seuls 1/3 de la richesse des É-U, mais c'est aussitôt tué dans l'oeuf par les républicains (pour ne pas déplaire à leurs amis bailleurs de fonds).

      De plus, avant de couper dans les "généreux" (sarcasmomètre au tapis) programmes sociaux américains, il serait fort probalbement plus aisé de couper dans les finances militaires dont le financement est faramineux en comparaison des coûts des services sociaux. Les bons pensants de la droite économique américaine sautent rapidement à la conclusion que ce sont les services aux cityens qui coûtent le plus cher, mais quand on sait que 20% de leur budget est exclusivement relié au militaire, on peut se poser plusieurs questions...

      De plus, en se référant à l'analogie de la baignoire, couper dans les dépenses n'augmente pas le revenu... en contrepartie des intérêts de la dette qui eux s'Accumulent. Seule solution restante, limiter les dépenses de l'état à l'essentiel et augmenter son revenu par les impôts.

      Finalement la grande question: qui doit payer plus cher ? quand on sait que les travailleurs des classes pauvres/moyennes aux état-unis sont ceux qui doivent payer la proportion al plus grande de leur salaire pour s'offrir des services essentiellement privé, il devient impensable de leur ajouter une charge fiscale supplémentaire. Autrement dit, seuls les plus nantis ont les moyens d'absorber cette hausse. Ils sont donc la cible logique, puisque tel que mentionné, ce sont les SEULS qui peuvent absorber cette hausse sans problème.

      Mr. Beaudoin, je vous invites à reconsidérer vos arguments en fonction de ce portrait global.

      Jérémie Poupart Montpetit
      Étudiant au Doc. En Sc. de l'environnement

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 29 décembre 2012 15 h 12

      j'en rajoute d'ailleurs à la vue du budget de 2011 aux E-U:

      medicare/medicaid coute 835 Milliards,
      la sécurité sociale 725 Milliards,
      et la défense 700 Milliards.

      Cependant, il est clairement définit que la sécurité sociale et médicale couvre aussi les soldats américains (tel que tout les autres citoyens), incluant leurs soins et leur pensions (ce n'est pas seulement le budget militaire qui l'assume). Autrement dit, ces services sociaux concernent l'ensemble de la population alors que le budget de la défense ne sert que marginalement les intérêts de la population.

      Certes, il faut couper quand on sait que près de 8% du PIB va à rembourser la dette, mais il est évident qu'il faut commencer par couper dans les services qui ne sont pas essentiels aux citoyens (tel que le budget militaire)... tout en augmentant les revenus de l'état par l'impôt aux plus riches...

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 29 décembre 2012 08 h 04

    Géographiquement, un si beau pays

    Ça fait des semaines qu'on en parle.
    Personnellement, je trouve que c'est une occasion privilégiée de faire éclater le système politique américain pour arriver enfin à une démocratie progressiste, fonctionnelle et solidaire.
    Comme dit Leonard Cohen : Democracy is coming to the USA.

    Mais fort probablement qu'ils arriveront à un compromis drabe et insignifiant qui sauvera le statu quo.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 29 décembre 2012 15 h 02

      "Money talks"
      occasion privilégiée, mais coeur des hommes corruptible, tant que le système états-unien sera une démocratie basée sur le pouvoir des nantis, rien ne changera, car personne (... en fait les républicains convaincus) ne veut mordre la main qui tends la carotte, même si elle tient aussi le bâton

      Jérémie PM

  • Yvon Bureau - Abonné 30 décembre 2012 10 h 31

    Tout cela

    serait stratégiquement voulu. Même nécessaire.

    Pour le reste, c'est à ceux qui en profiteront le plus politiquement.

    Humble opinion. Simple prédiction. Possible même, simpliste !