La souveraineté politique en jachère, Marois parle de souveraineté alimentaire

Pauline Marois
Photo: - Le Devoir Pauline Marois

« On ne peut prétendre avoir l’agriculture à coeur et laisser la propriété de nos terres être ballottée au gré de la spéculation », a-t-elle déclaré lors du Petit déjeuner du bon goût de la gouvernance organisé en marge du Congrès de l’UPA.


S’exprimant devant quelque 600 personnes réunies à l’appel de la Coalition pour la souveraineté alimentaire, la chef du gouvernement québécois a promis l’éclosion « au début du printemps » d’une « véritable » politique agricole, dans laquelle le concept de souveraineté alimentaire sera propulsé au rang de principe fondamental.


« Le but de la souveraineté alimentaire, c’est d’abord d’assurer aux Québécois un approvisionnement en aliments de qualité, bon marché et pour leur santé », a souligné Mme Marois.


La première ministre a aussi réitéré sa confiance à l’endroit du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron, pour élaborer à grande vitesse la nouvelle politique agricole québécoise, assurant qu'« avec lui, ça ne sera pas une traînerie ».


Les ministères ainsi que les sociétés d’État seront appelés à étudier la possibilité de « contribuer à la popularité des produits du Québec », en offrant à leur personnel et leurs usagers un plus grand nombre d’aliments du Québec, a-t-elle annoncé. « Ça va devenir une obsession ! »


Le gouvernement péquiste entend également stimuler les exportations de l’industrie agroalimentaire, s’élevant en ce moment à 8,8 % de l’ensemble des exportations, tout en ne perdant pas de vue le développement durable.


« Il y a désormais à Québec une première ministre gagnée à l’idée de souveraineté alimentaire », a lancé Mme Marois, accusant du même souffle le gouvernement de Jean Charest de s’être contenté de « réagir aux crises ponctuelles » dans le secteur agroalimentaire, plutôt que d’avoir échafaudé un « plan d’ensemble ».

 

L’alimentation au coeur de l’identité québécoise


Aux yeux de Mme Marois, l’alimentation est « fortement reliée » aux « valeurs » et à l'« identité » québécoises. « Tout comme la culture, l’agriculture participe à l’enracinement à nos territoires. […] Et le moyen de faire le lien entre le rôle joué par l’agriculture dans notre passé, ce qu’elle incarne pour nous aujourd’hui, ce qu’elle sera dans le Québec de demain, c’est justement avec cette fameuse politique de souveraineté alimentaire », a-t-elle fait valoir.


« Évidemment, vous comprendrez que le mot souveraineté me plaît particulièrement », a-t-elle ajouté, suscitant les rires du parterre, amical.


L’État sera davantage « vigilant » par rapport au phénomène d’accaparement des terres agricoles par des spéculateurs, qui est à l’origine d’une flambée des prix de vente. Pour le gouvernement, « chaque ferme familiale perdue est un pan de notre patrimoine et de notre histoire qui s’envole ».


La Banque de développement économique du Québec sera appelée à développer un programme de soutien à la relève entrepreneuriale dans le secteur. « Je ne veux plus qu’un seul transfert de ferme à une relève qui a le goût de la développer soit échappé pour une simple question d’accès au financement », a dit Mme Marois.


Le coprésident de la Coalition pour la souveraineté alimentaire, Jean-Paul Faniel, a de son côté fait valoir que « les aliments, avant d’être un bien commercial, constituent un besoin essentiel ». « À ce titre, ils doivent jouir d’un statut particulier. »


Le président de l’UPA, Marcel Groleau, s’est dit « très heureux » de la « feuille de route du gouvernement » esquissée par la chef du gouvernement. « Il n’y a plus personne qui peut douter de l’engagement de ce gouvernement-là par rapport à l’agriculture et à l’agroalimentaire québécois », a-t-il affirmé au dernier jour du 88e Congrès.


Il est sûr de voir la nouvelle politique agricole adoptée sans heurts à l’Assemblée nationale puisqu’elle ne renferme « rien de controversé […] par rapport aux intérêts généraux du Québec ».

À voir en vidéo