François Gendron au congrès de l'UPA - Les agriculteurs restent sur leur faim

Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot

Québec — Les producteurs agricoles invitent le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron, à accélérer le pas afin de tuer dans l’oeuf le phénomène d’accaparement des terres agricoles. Ils prennent ainsi le contrepied de différents groupes de pression qui ont accusé le gouvernement péquiste d’avoir agi dans la précipitation au fil des deux derniers mois et demi.

« Des terres qui servent à la spéculation pure et simple, moi je n’en veux pas », a déclaré le député d’Abitibi-Ouest, mercredi après-midi, à l’occasion du 88e Congrès de l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui bat son plein au Centre des congrès de Québec. « Je comprends que votre président [Marcel Groleau] n’est pas très “hot” non plus pour ça », a-t-il ajouté, s’attirant les applaudissements des congressistes.


L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), mandaté par l’UPA dans ce dossier, exhorte le gouvernement de Pauline Marois de mettre sur pied une Société d’aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ) afin de garder à distance les investisseurs privés nourrissant un « intérêt croissant » pour le patrimoine agricole.


S’il n’écarte pas la création d’une telle société calquée sur les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) présentes dans le paysage agricole français, M. Gendron misera d’abord sur la législation en vigueur au Québec, en dépit du fait qu’elle s’avérera sans doute insuffisante à ses yeux. Les lois « peuvent […] rendre un peu plus difficile, et pour ne pas dire beaucoup plus difficile, l’appropriation [des terres agricoles] par des gens qui veulent les utiliser soit pour des fins de spéculation ou pour un non-usage », a dit M. Gendron. « Je ne crois pas que ça soit suffisant. On réfléchit là-dessus », a-t-il toutefois spécifié.


Le ministre « n’exclut rien ». Pour sa part, le président de l’UPA « s’attend à ce qu’il y ait des gestes dans la future politique agricole », bien qu’il ignore à ce moment-ci quelle forme ceux-ci prendront.


« Il a dit clairement que ces deux lois [La Loi sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidants ainsi que la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles] n’étaient pas suffisantes », a-t-il souligné.


M. Groleau compte également attirer l’attention de François Gendron sur les risques des grands propriétaires terriens sur le tissu social des régions du Québec. « Un propriétaire qui s’installe dans une région et qui achète tout ce qui est à vendre, peu importe le prix, nous, ce n’est pas ça qu’on souhaite… même s’il cultive ses terres ». Le président du regroupement de producteurs agricoles milite en faveur que « les terres demeurent propriétés de famille ». « On veut conserver le tissu social régional, qui, je pense, est un plus au niveau régional. »


Le ministre dévoilera au printemps 2013 la nouvelle politique agricole du gouvernement du Québec, dans laquelle le principe de souveraineté alimentaire sera consacré. « On a en main tout ce qu’il nous faut pour élaborer une bonne politique. S’il faut changer, réviser, muscler ou même adapter des programmes et des lois, on va le faire », a-t-il assuré.


La politique québécoise de souveraineté alimentaire est vouée à l’échec si le phénomène d’accaparement des terres agricoles ne se résorbe pas, a mis en garde le président de l’UPA, Marcel Groleau. « Le projet de souveraineté alimentaire auquel le gouvernement nous convie ne peut se réaliser si nous passons d’une agriculture de propriétaires à une agriculture de locataires », a-t-il réitéré.


Produits d’ici dans les supermarchés d’ici


Les délégués de l’UPA ont invité le ministère jeudi à songer à forcer la main aux distributeurs et aux chaînes de supermarchés québécois afin qu’ils attribuent une part plus grande aux produits d’ici dans leurs carnets de commandes, alors que la proportion d’Aliments du Québec dans les épiceries a piqué du nez au fil des dernières années, terminant sa chute à 33 %.


Le ministre Gendron a, lui, lancé mercredi un nouvel appel à la bonne volonté de tous les acteurs de l’industrie afin d’inverser cette tendance, mais s’est refusé de soumettre à l’Assemblée nationale un projet de politique d’achat local, pour le moment. « Je n’ai pas dit qu’on ne devra pas se rendre là. J’ai juste dit que je souhaite une étroite collaboration avec les concernés. […] Je vais faire un petit bout pour voir si c’est de même qu’on peut fonctionner », a-t-il nuancé.


« On n’a plus tout le temps devant nous pour monter la barre. Il y a trop de réduction de la consommation des produits québécois pour ne pas poser des gestes assez rapides », a-t-il toutefois averti.


Le ministre François Gendron « n’a pas mis d’échéancier », a fait remarquer M. Groleau. « Il va falloir qu’il se passe de quoi. Pour nous, c’est clair. »


M. Groleau voit d’un bon oeil la mise sur pied de la Table des partenaires à laquelle prendront place les distributeurs, accusés de tourner trop souvent le dos aux produits québécois. « On la souhaitait, cette Table des partenaires. On est à une étape au niveau de notre agriculture où il faut travailler davantage en complémentarité. »


L’agriculture - « véritable locomotive économique », selon Marcel Groleau - ainsi que la transformation alimentaire génèrent plus de 3,4 milliards de dollars annuellement en revenus de taxation et de parafiscalité, tout en fournissant des emplois à environ 193 000 personnes.


La première ministre du Québec, Pauline Marois, prendra la parole jeudi devant des producteurs agricoles à l’occasion d’un petit déjeuner de la Coalition pour la souveraineté alimentaire organisé en marge du Congrès de l’UPA.

À voir en vidéo