De marée noire à liste noire

De nombreux citoyens américains avaient protesté contre BP - certains s’enduisant les cheveux et le visage avec une imitation d’huile - à la suite de l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, en 2010. BP continue aujourd’hui de payer le prix de son incurie, le gouvernement américain l’ayant exclu des contrats fédéraux.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mario Tama De nombreux citoyens américains avaient protesté contre BP - certains s’enduisant les cheveux et le visage avec une imitation d’huile - à la suite de l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, en 2010. BP continue aujourd’hui de payer le prix de son incurie, le gouvernement américain l’ayant exclu des contrats fédéraux.

Le géant pétrolier britannique BP a essuyé mercredi un nouveau camouflet du gouvernement américain, qui l’a exclu de toute nouvelle attribution de contrats fédéraux en invoquant son « manque d’intégrité » lors de la marée noire de 2010 dans le golfe du Mexique.

L’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a annoncé avoir « exclu temporairement BP Exploration and Production, BP plc et les entreprises affiliées des nouveaux contrats avec le gouvernement fédéral ».


Dans son communiqué, elle précise avoir pris cette mesure « en raison du manque d’intégrité professionnelle de BP » lors de l’explosion en avril 2010 de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon et de la marée noire qui a suivi. L’explosion de cette plateforme, que BP exploitait à 80 kilomètres au large de La Nouvelle-Orléans, avait tué 11 personnes et répandu des centaines de millions de litres de brut dans le golfe du Mexique.


Le groupe britannique n’a pas réagi. Il avait déjà accepté il y a deux semaines, dans le cadre d’un accord avec les autorités américaines, de plaider coupable pour la marée noire et de payer plus de 4,5 milliards de dollars d’amende.


La décision de l’EPA n’a pas d’implication sur les contrats que BP avait déjà avec le gouvernement. Le groupe fournit entre autres du carburant à l’armée américaine.


L’agence n’a pas dit combien de temps le groupe serait écarté des nouveaux contrats, indiquant seulement que cela durerait « jusqu’à ce que l’entreprise puisse fournir suffisamment de preuves à l’EPA qu’elle respecte les normes fédérales ». L’agence n’a pas pu fournir davantage de détails dans l’immédiat, mais rappelle dans son communiqué que la suspension des contrats avec le gouvernement est « une pratique habituelle » quand la responsabilité d’une entreprise est mise en cause dans une procédure criminelle, et vise à « assurer l’intégrité des programmes fédéraux en ne faisant des affaires qu’avec des individus ou des entreprises responsables ».


Pour Peter Huttin, analyste chez RBC Capital Market, le moment de l’annonce n’est pas anodin. « En arrivant seulement quelques jours après que le chef de BP aux États-Unis a été promu à la tête des activités d’exploration et de production, le signal des États-Unis sur l’intégrité de la direction a une vraie signification », juge-t-il.


BP avait annoncé pas plus tard que vendredi la nomination de Lamar McKay, qui dirigeait sa filiale américaine depuis trois ans, au poste de directeur général de toutes ses activités dans l’amont (exploration, développement et production). Le groupe britannique n’a en tout cas pas fini de payer la note pour l’explosion de Deepwater Horizon.


L’accord conclu il y a deux semaines n’a pas mis fin aux poursuites civiles, pour lesquelles un procès doit s’ouvrir en février 2013. Le ministre américain de la Justice, Eric Holder, a indiqué avoir « l’intention de prouver que BP a commis une faute lourde en causant la marée noire ». Le groupe britannique a déjà provisionné près de 42 milliards de dollars pour faire face aux conséquences financières de l’explosion.


Pour couvrir ce montant, il s’est lancé dans un intense programme de cessions. Il a encore annoncé mercredi la vente pour près de 1,1 milliard de dollars d’actifs en mer du Nord à une société d’Abou Dhabi, Taqa, portant le total de ses ventes à environ 37 milliards sur un objectif de 38 milliards.

3 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 29 novembre 2012 04 h 08

    Je relève un détail très important de la décision du gouvernement des États-Unis.

    L'agence de la protection de l'environnement exclue « BP Exploration and Production, BP plc et les entreprises affiliées».

    Ce petit détail est crucial : «et les entreprises affiliées».

    Parce qu'il est tellement facile pour une compagnie d'utiliser d'autres compagnies-écran pour se soustraire aux sanctions, comme démontré par plusieures entreprises impliquées dans le scandale de corruption érigée en système à Montréal.

  • Sylvain Archambault - Abonné 29 novembre 2012 07 h 31

    Liste noire aux USA... et portes grandes ouvertes au Canada!

    Nous apprenons ce matin que BP se peut plus conclure de contrats avec le gouvernement américain à cause du "manque d'intégrité" lors de l'accident de 2010.

    Et pourtant, le 16 novembre dernier, la Nouvelle-Écosse avec l'aval du gouvernement fédéral a accordé quatre gigantesques permis d'exploration à BP au large de ses côtes atlantiques.

    Rigueur américaine... laxisme canadien ??

    Sylvain Archambault
    Coalition Saint-Laurent

    • Pierre Montminy - Inscrit 29 novembre 2012 08 h 46

      La raison de l'accueil de BP au Canada est simple: l'exploitation des sables bitumineux implique elle-même un déversement intentionnel de résidus pétroliers dans d'immenses bassins à ciel ouvert qui remplacent progressivement les lacs albertains.

      Le désastre environnemental étant érigé en système au Canada, nous serions bien malvenus de critiquer BP !