Commande record pour Bombardier - Un contrat de 7,8 milliards $US

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	Un avion d’affaires Globat 6000</div>
Photo: Bombardier
Un avion d’affaires Globat 6000

Bombardier a reçu la plus grande commande de jets d’affaires de l’histoire.

Annoncé mardi, le contrat conclu avec la compagnie européenne de location d’appareils de luxe VistaJet comprend une commande ferme de 56 biréacteurs d’affaires Global évalués à 3,1 milliards, ainsi que des options pour 86 appareils de la même famille de plus pour une valeur totale qui dépasserait 7,8 milliards.


L’annonce suit de peu un autre très gros contrat signé cet été et semble confirmer la vigueur de ce marché qui s’adresse aux milliardaires et aux multinationales. Elle arrive alors que les agences de notation s’inquiètent du retard du constructeur montréalais dans la mise au point de son ambitieuse nouvelle famille d’avions de ligne de 110 à 150 places CSeries ainsi que de la faiblesse de ses flux de trésorerie.


« C’est incontestablement une commande historique pour Bombardier », a déclaré dans un communiqué Steve Ridolfi, président, Bombardier Avions d’affaires, dont les premières livraisons à VistaJet doivent commencer en 2014. Les marchés ont semblé apprécier l’annonce, le cours de l’action de la société mère, Bombardier inc., gagnant 8 % durant la journée et clôturant à 3,37 $.


La commande porte sur les modèles 5000, 6000 et 7000 du Global, le plus gros jet d’affaires de Bombardier. Ces appareils, dont deux attendent toujours leur homologation, doivent pouvoir voler à une vitesse légèrement inférieure à celle du son et transporter jusqu’à dix passagers et quatre membres d’équipage dans « un confort ultime ». Les ventes d’une telle importance s’accompagnent habituellement d’escompte sur le prix courant.


L’assemblage de ces avions est fait à Toronto, alors que leur aménagement intérieur est effectué à Montréal. Une porte-parole de Bombardier Avions d’affaires a indiqué mardi, à La Presse canadienne, que la commande de VistaJet n’allait pas avoir d’impact immédiat sur leur cadence de production.


L’analyste de la Financière Banque Nationale, Cameron Doerksen, en doute toutefois. Bombardier, note-t-il, rapportait récemment que le carnet de commandes des Global équivalait déjà à 34 mois de production alors que sa cible était entre 24 et 30 mois. Il lui semble désormais « virtuellement certain » que la commande de VistaJet forcera une augmentation du rythme de production de cinq à six appareils par mois « au cours des prochains trimestres ».


Les nouveaux appareils commandés à Bombardier doivent notamment permettre à VistaJet d’intensifier ses activités dans les marchés émergents, dont ceux de la Russie, de la Chine, du Moyen-Orient et de l’Afrique. Déjà propriétaire de 50 appareils, tous fabriqués par Bombardier, VistaJet dit avoir effectué 10 000 vols internationaux et transporté 25 000 passagers cette année. « Le niveau de demande est sans précédent », a déclaré dans un communiqué son président fondateur, Thomas Flohr. « Nos clients ont besoin de vols directs partout sur la planète et, souvent, à la dernière minute. Que ce soit par vol direct de Los Angeles à Shanghai, de Londres à Luanda ou de Kinshasa à Oulan-Bator, nous relions sans escale nos clients à tous les coins du monde en atteignant des niveaux inégalés sur les plans du style et de la sécurité. »


Situation difficile


Le marché des avions d’affaires accuse le coup de la crise des dettes souveraines en Europe, de la lenteur de la reprise aux États-Unis et du ralentissement de la croissance dans les économies émergentes, bien des dirigeants d’entreprise se révélant plus hésitants à donner aux actionnaires le moindre signe de mener un train de vie fastueux. Ce phénomène semble toutefois épargner les plus riches des riches, observe Robert Stallard, de RBC Marché de capitaux. « Les milliardaires et autres dirigeants des plus grandes multinationales continuent d’afficher une belle résilience face au contexte économique, alors que les [simples] millionnaires, qui achètent des avions d’affaires plus petits, se montrent plus nerveux. »


Le contrat de VistaJet fait suite à une autre commande ferme passée en juin par la compagnie américaine NetJets pour 100 biréacteurs d’affaires Challenger et des options pour 175 autres d’une valeur totale de 7,3 milliards aux prix courants. Cette autre commande venait avec une entente de soutien après-vente qui pourrait s’élever jusqu’à 2,3 milliards.


Ces contrats mammouths ne sont pas sans représenter un certain risque, a noté Cameron Doerksen. « L’histoire a montré que de grands contrats comme ceux-là comportent un risque plus élevé d’annulation en cas de chute des marchés. »


L’analyste doute également que l’entente d’hier augmente tellement à court terme le volume d’argent frais qui entrera dans les coffres de Bombardier. Ce genre de contrat étalé sur plusieurs années n’exige habituellement pas, en effet, des mises de fonds importantes de la part du client.


Bombardier a perdu des plumes auprès des agences de notation récemment. La raison en est notamment que la compagnie montréalaise investit des centaines de millions dans le développement de la CSeries et de nouveaux avions d’affaires et que le contexte économique rend ses clients plus réticents à lui verser des acomptes. Cette situation a même forcé ce mois-ci l’entreprise à reporter un projet d’émission de nouveaux titres de dette de 1 milliard.