Mark Carney s’en va à Londres

Véritable star de la finance internationale, le gouverneur de la Banque centrale du Canada, Mark Carney (en avant-plan), a décidé de plier bagage et de s’installer au cœur de la City, à Londres, où il jouera le même rôle, mais auprès de la Banque centrale d’Angleterre. Le ministre des Finances, Jim Flaherty (en arrière-plan), a soutenu lundi que le recrutement de M. Carney démontre que le Canada est un modèle de gestion pour le reste du monde.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fred Chartrand Véritable star de la finance internationale, le gouverneur de la Banque centrale du Canada, Mark Carney (en avant-plan), a décidé de plier bagage et de s’installer au cœur de la City, à Londres, où il jouera le même rôle, mais auprès de la Banque centrale d’Angleterre. Le ministre des Finances, Jim Flaherty (en arrière-plan), a soutenu lundi que le recrutement de M. Carney démontre que le Canada est un modèle de gestion pour le reste du monde.

La rumeur a circulé en avril. La nouvelle a été confirmée lundi. Mark Carney quitte son siège de gouverneur de la Banque du Canada pour aller diriger la Banque d’Angleterre. Le jeu de chaises musicales se déroulera l’an prochain, 18 mois avant la fin de son mandat de sept ans à Ottawa.

Le gouvernement britannique a créé la surprise hier en confiant les rênes de sa banque centrale à Mark Carney après le départ de Mervyn King, en juillet prochain. Pour le ministre des Finances, George Osborne, « il est tout simplement le meilleur, la personne la plus expérimentée et qualifiée pour devenir le prochain gouverneur de la Banque d’Angleterre et aider les familles et les entreprises britanniques à naviguer à travers cette période difficile économiquement ». M. Carney remplacera l’actuel gouverneur Mervyn King pour un mandat de cinq ans.


En avril dernier, le Financial Times avait déjà évoqué ce choix possible du gouvernement britannique. M. Carney avait cependant nié, indirectement, avoir été pressenti pour exercer les plus hautes fonctions au sein de la prestigieuse banque centrale de La City. Et jusqu’à récemment l’actuel gouverneur adjoint, Paul Tucker, demeurait le favori, selon la presse financière de Londres. Le profil de M. Carney est « unique parmi les candidats potentiels parce qu’il combine une longue expérience de banquier central, une immense crédibilité internationale en économie, une expertise solide dans la régulation financière et une expérience de première main des institutions financières privées », a ajouté M. Osborne.


Mark Carney se disait lundi « honoré d’accepter ce rôle important et exigeant, et de succéder à sir Mervyn King, avec qui j’ai travaillé en étroite collaboration au cours des cinq dernières années et de qui j’ai tellement appris. Il s’agit d’une période critique pour les économies britannique, européenne et mondiale, d’une période déterminante pour la réforme du système financier mondial, notamment pour son grand centre financier, la City de Londres, et d’un moment crucial dans l’histoire de la Banque d’Angleterre, qui a accepté de nouvelles responsabilités primordiales. »


Nommé en février 2008 pour un mandat de sept ans, le gouverneur de la Banque du Canada a eu à traverser la pire crise financière depuis la Grande Dépression. Au cours de cette tempête, le système financier canadien a su démontrer une solidité reconnue désormais mondialement. « Je suis fier de la contribution apportée par la Banque à la résilience de l’économie canadienne tout au long d’une période sans précédent de turbulence à l’échelle du globe », a-t-il ajouté. Le conseil d’administration de la Banque du Canada mettra sur pied prochainement un comité spécial, formé des administrateurs indépendants, qui sera chargé de piloter le processus en vue de sélectionner un nouveau gouverneur. Tiff Macklem, recruté par M. Carney pour devenir premier sous-gouverneur, occupe le sommet de la liste des candidats appelés à lui succéder. Le choix final revient toutefois au ministre des Finances, Jim Flaherty, pour qui le départ de M. Carney lui laisse un goût « doux-amer ». M. Flaherty a tenu à féliciter celui qu’il a qualifié de « superbe » gouverneur et a vu dans la décision du gouvernement britannique la preuve que la façon dont le système financier canadien a été géré demeure une source d’inspiration.


Cette décision survient un an après la nomination de M. Carney, pour une période de trois ans, à la présidence du Conseil de stabilité financière, un choix entériné alors par les dirigeants du G20. Il conservera ces fonctions même s’il entre à la Banque d’Angleterre. À ce poste, l’ancien banquier d’affaires, aujourd’hui âgé de 47 ans, se voyait confier le mandat d’empêcher les plus grandes banques du monde d’adopter le comportement dangereux qui a fait dérailler l’économie mondiale en 2008. Le gouverneur prône une régulation accrue des banques, notamment un meilleur ratio de fonds propres, ce qui lui avait déjà valu les foudres de dirigeants dans l’industrie. Le banquier canadien n’hésitait pas à ne manifester aucune sympathie envers Wall Street, notamment lors d’un discours prononcé devant des acteurs importants du secteur financier mondial à l’Institut international de la finance. « Si certaines institutions se sentent oppressées aujourd’hui, c’est parce qu’elles n’ont rien fait pendant longtemps et non parce qu’elles doivent maintenant faire beaucoup trop vite », avait-il affirmé devant son auditoire. Puis dans une entrevue à la chaîne publique CBC, il avait jugé « constructif » le mouvement de mécontentement populaire Occupy Wall Street, des propos qui ont ulcéré des ténors de la finance.


M. Carney connaît Londres. Il a notamment étudié à Oxford, sa conjointe est britannique et leurs quatre enfants ont la double nationalité. Il a également passé 13 années comme banquier d’affaires pour Goldman Sachs, durant lesquelles il a travaillé à Londres, à New York, à Tokyo et à Toronto. Vedette de la finance internationale, il avait vu son nom mentionné comme celui du prochain dirigeant du Fonds monétaire international, une fonction confiée finalement à Christine Lagarde. Il composait la liste 2010 des individus les plus influents compilée par le magazine Time.


Néanmoins, il est à ce point inhabituel de voir une banque centrale être dirigée par un étranger que l’on pouvait lire, dans certains médias européens lundi, que M. Carney allait demander la nationalité britannique. « Mark Carney n’est pas britannique, mais il est un sujet de la reine », a précisé le ministre George Osborne.

 

Avec l’Agence France-Presse

9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 27 novembre 2012 07 h 36

    La colonie

    La colonie vient au secours de la mère patrie!
    Vive le Commonwealth, vive l'Empire britanique, «over witch the sun never sets».

  • Zohra Joli - Inscrit 27 novembre 2012 08 h 14

    Sujet de la reine

    En quoi cela étonne ?On a beau rapatrié la constitution au Canada, cela ne change rien, on a un gouverneur nommé par la reine, nos élus prêtent allégeance à sa majesté et on est tous, je hais cette expression, "sujets de la reine". Que c'est humiliant et nulle !

    • Loraine King - Inscrite 27 novembre 2012 09 h 42

      Les Canadiens ne sont pas des étrangers au Royaume-Uni. Nous sommes des citoyens du Commonwealth, un privilège que détiennent les citoyens de tous les pays membres du Commonwealth. Celà nous confère certains droits, mais pas les pleins privilèges de la citoyenneté britannique.

      D'après l'avant-project de loi que j'ai lu, un citoyen du Commonwealth qui vit en Ecosse, disons un Canadien, aura le droit de vote lors du référendum sur l'indépendance. Un citoyen canadien qui vit au Royaume-Uni a le droit de vote à tous les niveaux de gouvernement au Royaume-Uni et le droit d'être nommé à tous les postes du gouvernement, ministre, etc., et, qu'on me corrige, le droit de vote lors des élections au parlement européen.

      En passant, si le OUI l'avait emporté au référendum de 1995 le Québec serait aujourd'hui membre du Commonwealth, tel que le stipulait le projet de loi sur l'avenir du Québec. Le Québec aurait cherché à être membre, et croyez-moi ce n'est pas le Commonwealth qui aurait refusé ! Vous seriez donc un citoyen du Commonwealth quand même.

  • Jean-Philippe Baillargeon - Inscrit 27 novembre 2012 08 h 59

    Le saumon retourne à la frayère avec les autres gros poissons

    Mark Carney n'a jamais quitté « Londres ».

    Et, non, Monsieur Dugal, il n'est pas parti de la colonie pour retourner aider l'Empire. Il a étudié à Oxford, puis travaillé pour Goldman-Sachs dans les grands pôles économqiues autour du monde. C'est là qu'il a trouvé son parti, il n'appartient à rien d'autre que la finance, rien qui puisse appartenir à une quelconque patrie. Il a fait ses armes avec l'implantation de la nouvelle économie post apartheid en Afrique du Sud et a aidé au démantelement de la Russie post-soviétique... pardon s'est retrouvé en Russie comme représentant de Goldman-Sachs pendant la crise financière russe de 1998.

    C'est un pro de la communication. Serait-il aussi un pro de la logistique de la liquidation de ce qui peut ressembler à un État? Nous pourrons en juger à travers les fruits qu'il nous a légué. Aura-t-il aidé l'austérité à s'implanter pour créer de la richesse chez une élite nationale qui le remercie de ses fidèles services par la suite?

    « Nommé en février 2008 pour un mandat de sept ans, le gouverneur de la Banque du Canada a eu à traverser la pire crise financière depuis la Grande Dépression. » Le Canada avait bien résisté à cette crise avec ses murs coupe-feu. En possède-t-on aujourd'hui d'aussi solides qu'avant son arrivée?

  • Jacques Morissette - Abonné 27 novembre 2012 10 h 06

    Qui prendre sa place dans l'arène?

    Comme la chanson de Renée Martel dans le temps: «Je vais à Londres, je m'en faire du cinéma.» Espérons que les Conservateurs ne se trouveront pas un pion à leur goût pour lui donenr cette place.

    • henri -s garneau - Inscrit 27 novembre 2012 14 h 29

      Vous pouvez lui dire merci a genoux à Mark Carney pour pouvoir continuer à payer votre internet, c'est grâce à lui que le Canada a été félicité par tous les pays industrialisés de la planète lors du G20 comme celui qui a su absorber cette crise financière planétaire. Bravo M. Carney merci et c'est un gros morceau que perd le Canada. Goldman Sachs sont ceux qui dirigent la planète et m Norissette à moins de faire tomber Goldman Sachs ce que je doute fortement, vous êtes un petit pion dans leurs mains avec de minuscules économies. Vous pouvez insulter tant que vous voulez mais vous ne faites pas le poids.

  • Colette Pagé - Inscrite 27 novembre 2012 10 h 12

    Un ancien de Goldman Sachs à la Banque d'Angleterre !

    Ce boy de Goldman Sachs saura protéger les intérêts des marchés et des agences de notation qui à la place des élus mènent le monde et impose leurs volontés sans aucune once d'empathie pour les populations. Le fric, toujours le fric !\