L’enrichissement profite à tous - Moins d’inégalités sociales au Québec

Les fruits de la croissance économique au Québec ne continuent pas seulement à aller aux travailleurs, mais l’État s’assure aussi qu’ils y soient mieux répartis qu’ailleurs.

« Le fait que les gains de productivité aillent dans la rémunération globale des travailleurs est une chose. La façon dont cette rémunération de marché est redistribuée par la suite entre les travailleurs en est une autre », observe l’économiste de l’UQAM, Pierre Fortin.


Les inégalités de revenus entre riches et pauvres ne cessent de croître dans la plupart des pays développés. Occupy Wall Street l’a dit, mais également tous les observateurs sérieux. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce phénomène est attribuable à plusieurs facteurs, dont les changements technologiques qui profitent aux travailleurs les mieux formés et déjà les mieux payés.


Ce groupe de privilégiés a aussi profité de politiques visant à rendre les marchés du travail plus flexibles et plus compétitifs et qui se sont traduits en une précarisation des bas salariés et une surenchère pour attirer les meilleurs talents. La réduction des impôts et des programmes sociaux a diminué d’autant la capacité des gouvernements de venir faire contrepoids à ces dynamiques.


Autrefois dans le peloton de tête, le Canada est l’un des pays où ce contrepoids s’est le plus affaibli, selon l’OCDE. Le Québec fait toutefois office d’exception en la matière.


S’il est vrai, ici comme ailleurs, que l’écart des revenus de marché tend à croître, la fiscalité et les paiements de transfert continuent de faire leur travail de répartition de la richesse, a déjà montré notamment Luc Godbout. Le fiscaliste de l’Université de Sherbrooke avait noté, par exemple, que les revenus de marché du cinquième de la population la plus riche au Québec étaient 8,2 fois plus élevés que ceux du cinquième le plus pauvre en 1976, mais que cet écart se réduisait de moitié (4,3) une fois passés les impôts et transferts. L’effet égalisateur de l’État a été encore plus spectaculaire en 2009, alors que les revenus de marché des Québécois les plus riches ont été 11,2 fois plus élevés que ceux des plus pauvres, mais, au final, ils n’ont gagné que 4 fois plus que les autres.


« Je veux bien qu’on critique le système québécois, mais encore faut-il le faire pour les bonnes raisons et savoir reconnaître ses succès quand il en a », avait-il conclu.

2 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 24 novembre 2012 04 h 07

    Une petite tape dans le dos pour se féliciter de nos succès en tant que peuple et s'encourager après le budget décevant.

    C'est pas le temps de dormir au gaz, on a à peine commencé à faire le ménage pour sortir la mafia de nos institutions publiques.

  • Mario Jodoin - Abonné 24 novembre 2012 20 h 53

    Choix de données

    «L’effet égalisateur de l’État a été encore plus spectaculaire en 2009, alors que les revenus de marché des Québécois les plus riches ont été 11,2 fois plus élevés que ceux des plus pauvres, mais, au final, ils n’ont gagné que 4 fois plus que les autres.»

    Le meilleur indicateur d'inégalité est le coefficient de Gini, pas le ratio entre les revenus des quintiles. Or, le coefficient de Gini après transfert et impôt a augmenté assez fortement au cours des années 1990 et est demeuré assez stable depuis. Au total, il était près de 10 % plus élevé en 2010 qu'en 1976.

    Si on veut parler du 1 % de plus riche, il serait bon de consulter cette étude de l'IREC : «Le 1 % monopolise 12 % de tous les revenus» au http://www.irec.net/index.jsp?p=35&f=1078