Déficit zéro : Harper et Flaherty tiennent des discours différents

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	Stephen Harper: «Nous sommes très près de cet objectif.»</div>
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Stephen Harper: «Nous sommes très près de cet objectif.»

Ottawa – Tous les chiffres lui donnent tort, mais Stephen Harper n’en démord pas : il soutient qu’il respectera sa promesse électorale d’effacer le déficit d’Ottawa avant le prochain scrutin fédéral.

« Nous avons toujours l’intention d’équilibrer le budget avant la prochaine élection fédérale. C’est encore notre intention, et avec les estimations récentes, nous sommes près de cet objectif », a déclaré M. Harper vendredi en marge de l’annonce faite à Québec concernant la reconstruction du manège militaire.


On ignore comment M. Harper peut encore promettre le déficit zéro avant la prochaine élection fédérale, qui doit avoir lieu en octobre 2015. La mise à jour économique du ministère des Finances, dévoilée mardi, indique qu’au 31 mars 2015, le déficit sera de 8,6 milliards de dollars (contre 300 millions promis juste avant l’élection de 2011). Au 31 mars 2016, soit cinq mois après l’élection, le déficit sera encore de 1,8 milliard. Ottawa renouera avec l’encre noire, toujours selon ces prédictions, quelque part en 2016 ou 2017, avec un maigre surplus de 1,7 milliard.


C’est la deuxième fois depuis l’élection que le gouvernement Harper repousse la date du retour à l’équilibre budgétaire : d’abord prévu en 2014-2015, il a été reporté à 2015-2016 l’automne dernier et à 2016-2017 cette semaine. Plusieurs des promesses électorales conservatrices dépendaient du retour à l’équilibre budgétaire.


M. Harper rejette totalement la responsabilité du déficit fédéral persistant. C’est plutôt la faute des États-Unis et de l’Europe. « Évidemment, les raisons du changement de position sont le ralentissement mondial de l’économie, ce n’est pas à cause de la gestion du gouvernement fédéral, a-t-il dit. Selon nos plans de dépenses, jusqu’à maintenant, nous atteignons nos objectifs. » En anglais, M. Harper a ajouté : « Nous continuerons à contrôler nos dépenses et équilibrerons le budget sans augmenter les impôts. »

 

Pas de conflit avec Flaherty


Une heure plus tard, le ministre des Finances, Jim Flaherty, s’est retrouvé dans l’embarras à essayer de réconcilier les chiffres de son ministère avec ceux de son premier ministre. Il a répété que son objectif était le retour à l’équilibre budgétaire « à moyen terme ». « En 2015, on en sera très près », a-t-il assuré, rappelant que le déficit anticipé inclut un coussin de prudence de 3 milliards de dollars. Notons qu’un tel coussin était aussi prévu lorsque l’équilibre budgétaire était prévu pour deux ans plus tôt.


M. Flaherty a entrepris de minimiser l’importance des prévisions, multipliant les images : « Ces chiffres ne sont pas coulés dans le béton. Leschoses changent », ou encore : « On parle dans trois ans d’ici, ou à tout le moins deux ans et demi. […] Beaucoup d’eau coulera sous les ponts d’ici là. » Il a fini par dire qu’il était « parfaitement raisonnable de dire, comme le premier ministre le dit, que l’intention du gouvernement est d’équilibrer le budget d’ici l’élection ».


Depuis que les conservateurs sont au pouvoir, ils n’ont signé que deux budgets équilibrés, dont celui du premier exercice (2006-2007) entamé sous l’administration libérale précédente. Ils ont généré quatre déficits et s’apprêtent à en aligner quatre de plus. Bref, 80 % des budgets conservateurs auront été déficitaires. À titre de comparaison, les libéraux de Jean Chrétien avaient, en 13 ans, signé quatre déficits (dont le premier pour une année presque entièrement passée sous le règne progressiste-conservateur) et neuf surplus, soit 70 % de budgets excédentaires.


Moins de revenus


Le premier ministre a souligné que c’étaient les revenus du gouvernement qui étaient en baisse, et non les dépenses qui étaient en hausse. Les revenus fédéraux sont effectivement moins élevés que prévu, en grande partie à cause d’une diminution de 7 % du prix mondial des produits pétroliers et des matières premières, qui constituent aujourd’hui le moteur économique du Canada.


Toutefois, il faut rappeler que l’administration Harper a elle-même renoncé à d’importants revenus fiscaux en allant de l’avant avec la réduction de l’impôt des sociétés malgré le déficit persistant. En 2012, le taux d’imposition des sociétés a donc été ramené de 16,5 à 15 %, soit une perte de revenus annuels de 2,8 milliards de dollars. Depuis que les conservateurs sont au pouvoir, les entreprises ont vu leur taux d’imposition passer de 21 à 15 % (contre 18,5 % dans le plan libéral). Cette baisse d’impôt des sociétés plus généreuse représente un manque à gagner de 6 milliards de dollars chaque année. Il faut ajouter la diminution de la TPS, de 7 à 5 %, qui a fait perdre environ 12 milliards de dollars de plus chaque année.


Le gouvernement a aussi consenti une pléiade de congés fiscaux ciblés. Aussi, si la première mise à jour économique des conservateurs, à l’automne 2006, prévoyait des revenus fédéraux totaux de 277 milliards en 2011-2012, ceux-ci n’auront été finalement que de 249 milliards, une différence de 28 milliards pour l’année.

1 commentaire
  • Jacques Morissette - Abonné 18 novembre 2012 03 h 35

    Déficit zéro.

    Je cite: «M. Harper rejette totalement la responsabilité du déficit fédéral persistant. C’est plutôt la faute des États-Unis et de l’Europe. « Évidemment, les raisons du changement de position sont le ralentissement mondial de l’économie, ce n’est pas à cause de la gestion du gouvernement fédéral, a-t-il dit. »

    Il dirait probablement que c'est grâce à eux, plus spécifiquement à lui, si le déficit zero pouvait être atteint.