World Entrepreneurship Forum - «La crise financière des subprimes était une crise d’hommes»

Aude de Thuin: Les femmes sont «un rempart contre la corruption chronique.»
Photo: WEF Aude de Thuin: Les femmes sont «un rempart contre la corruption chronique.»

Ses paroles vont comme elle se tient et vous regarde, c’est-à-dire bien droit.


« Pardonnez ma franchise, mais la crise financière des subprimes était une crise d’hommes, lâche Aude de Thuin. Cette crise, qui a plongé le monde entier en récession, ne se serait pas produite s’il y avait eu plus de femmes à la tête des banques et des services financiers parce que jamais une femme n’aurait accordé du crédit à des gens qui ne pouvaient pas rembourser. »

Entrepreneure et auteure, la Française venait de recevoir un prix dans le cadre de la 5e édition du World Entrepreneurship Forum qui se tenait à Lyon, en France, il y a deux semaines. On y a salué son esprit d’entreprise débridé, mais surtout son combat en faveur d’une meilleure reconnaissance du rôle des femmes dans la société.


La psychologue de formation craint maintenant que la crise économique fasse reculer la cause de bien des femmes dans les pays les plus touchés. « Les femmes sont déjà rares dans les postes de décision, et ce, même si toutes les études montrent que les entreprises font beaucoup mieux lorsqu’elles y sont bien représentées, a-t-elle noté en entrevue au Devoir. Or, en période de peur et de grande incertitude, les hommes, comme les femmes, ont tendance à se refermer sur eux-mêmes et sur leurs préjugés, ce qui risque de pousser inconsciemment les hommes à recruter plus facilement d’autres hommes que des femmes. »


Le monde de demain


Elle se rappelle le jour où, chef d’entreprise à succès, elle avait voulu participer au fameux Forum économique mondial de Davos. « La presse du monde entier disait que Davos était l’endroit où se pensait le monde de demain. Ils ont refusé ma candidature. À l’époque, Davos ne recevait pas de PME et ne comptait que 4 % de femmes participantes. J’ai trouvé bizarre et anormal qu’on pense le monde de demain sans les femmes. »


Elle prendra le parti de créer, deux ans plus tard, en 2003, son propre forum international consacré au renforcement de la place des femmes dans l’économie et la société. Depuis, le Women’s Forum for the Economy and Society regroupe 1400 délégués de 80 pays chaque année à Deauville et est considéré comme l’un des forums les plus influents dans le monde.


Auteure de plusieurs ouvrages, dont le récent Femmes, si vous osiez, le monde s’en porterait mieux, Aude de Thuin se réjouit des progrès réalisés dans les économies émergentes. « Les femmes sont en train d’y prendre une place remarquable, parce qu’elles n’ont pas le choix. Quand tout est à faire et que l’on a l’habitude de s’occuper de sa famille et des siens, on se lance sans complexe. Cette implication des femmes dans l’économie est pour beaucoup dans la croissance impressionnante de ces pays. »


Ce phénomène, dit-elle, devrait s’accélérer avec le retour au bercail des Chinoises et des Indiennes parties étudiées à l’étranger. Elle note, au passage, que la majorité des multinationales basées en Afrique du Sud sont désormais dirigées par des femmes. « Elles y sont vues comme une garantie de compétence et un rempart contre la corruption chronique. […] Tout cela est formidable pour l’économie et l’équilibre mondial. »


De son côté, Aude de Thuin a quitté son forum sur les femmes l’an dernier pour en créer un autre. Appelé, Osons la France, ce nouveau forum s’est donné pour vocation de mobiliser la société civile afin de « lutter contre la morosité ambiante » en réinventant le modèle français et en célébrant ses succès. « J’avais 60 ans et je trouvais que c’était un bel âge pour lancer une nouvelle entreprise », se contente de dire cette entrepreneure en série.


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Le Devoir était l’invité du World Entrepreneurship Forum qui s’est tenu du 24 au 27 octobre à Lyon, en France.

2 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 10 novembre 2012 09 h 45

    L'espoir du monde

    «...la majorité des multinationales basées en Afrique du Sud sont désormais dirigées par des femmes. « Elles y sont vues comme une garantie de compétence et un rempart contre la corruption chronique. […] Tout cela est formidable pour l’économie et l’équilibre mondial. »»

    Il y en a qui devront réviser leur lecture des choses...

  • Jacques Gagnon - Inscrit 10 novembre 2012 13 h 39

    Gratuit

    «..s’il y avait eu plus de femmes à la tête des banques et des services financiers parce que jamais une femme n’aurait accordé du crédit à des gens qui ne pouvaient pas rembourser.»

    Affirmation totalement gratuite.