Le PIB ne fait pas le bonheur

Développé par une équipe liée à l’Université de Waterloo, en Ontario, l’« indice canadien du mieux-être » (ICME) avance même que, de 2008 à 2010, période pendant laquelle l’économie canadienne a traversé une récession de neuf mois, le rythme de décroissance du PIB s’est chiffré à 8,3 %, mais l’indice, lui, a plongé de 24 %.


L’indice, qui en est à sa deuxième année, s’ajoute à d’autres études qui ont vu le jour un peu partout dans le monde et qui explorent de nouvelles façons de poser un diagnostic sur l’état de santé global d’une population. En d’autres termes, en évitant de se concentrer uniquement sur la croissance économique.


« Le produit intérieur brut, c’est de l’argent », a dit lors d’un entretien Monique Bégin, coprésidente du conseil consultatif de l’ICME et ancienne ministre libérale dans le gouvernement Trudeau. « Il est essentiel d’avoir un contrepoids », a-t-elle ajouté.


Parmi les 64 indicateurs retenus figurent donc huit grandes catégories : dynamisme communautaire, participation démocratique, éducation, environnement, populations en santé, loisir et culture, niveaux de vie et aménagement du temps.


Dans le domaine de l’environnement, par exemple, on retrouve l’empreinte carbone, le niveau des émissions de gaz à effet de serre, la production d’énergie et les réserves de métaux. Dans celui de l’éducation, on trouve des indicateurs comme le taux de diplomation universitaire chez les 25-64 ans, l’évolution des places en garderie et le ratio étudiants-enseignants dans les écoles publiques.


Au final, l’équipe de chercheurs « combine alors des mesures tirées de ces divers domaines en un indice composé », qu’elle compare à un indice boursier.


« Comment ça va ? »


« Quand nous demandons à nos amis : « Comment ça va ? », nous ne nous attendons certes pas à ce qu’ils répondent : « Ma productivité économique augmente », affirment d’entrée de jeu les auteurs du rapport. Nous voulons savoir s’ils vont bien, s’ils sont en santé, comment se porte leur famille, s’ils ont un emploi qui leur permet de joindre les deux bouts, s’ils ont vu un bon film récemment ou s’ils sont sortis avec des copains. Dans le même ordre d’idées, lorsque nous demandons comment se porte le pays, nous voulons savoir comment vont les Canadiens et pas simplement si la productivité du pays est en hausse ou en baisse. »


L’étude survient alors que le gouvernement britannique affirme lui-même que la qualité de vie de ses citoyens se trouve présentement 13 % sous le niveau qu’il affichait avant le début de la crise financière. Sur cette même période (2008-2012), a écrit hier l’agence de statistiques officielles, le produit intérieur brut par habitant a reculé de 7 %. Ce recul du niveau de vie est plus important que les baisses observées lors des contractions économiques des années 80 et 90.


« Ce qui me frappe, c’est que, malgré toute la prolifération de ces indices-là, on ne sent pas que les gouvernements sont nécessairement alertés ou sensibilisés par ça », dit Pierre Côté, artisan de la série documentaire Naufragés des villes et architecte d’un « indice relatif de bonheur ». « Oui, dans leur discours, mais dans les gestes, très peu. On voit beaucoup de politiciens ou de gens d’affaires qui se plaignent, qui veulent que leurs gens soient heureux. Mais très peu sont prêts à prendre des mesures. Pourtant, ceux qui essaient de le faire, eh bien, ça donne des résultats. »


L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à Paris, travaille elle aussi sur l’exploration du mieux-être. « Le PIB reste un indicateur incontournable de la performance économique, moteur fondamental du bien-être. Mais mesurer le bien-être nécessite d’aller au-delà du PIB et des autres données économiques traditionnelles, a récemment écrit Romina Boarini, économiste au sein de l’organisme, sur le blogue de l’OCDE. Il est de plus en plus admis que se concentrer exclusivement sur le PIB n’est pas suffisant pour améliorer la vie de tous. »

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