L’exploitation du gaz de schiste reste à «haut risque», dit Martine Ouellet

Une centaine de personnes ont manifesté devant l’édifice où se déroulait l’assemblée annuelle de l’Association pétrolière et gazière du Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une centaine de personnes ont manifesté devant l’édifice où se déroulait l’assemblée annuelle de l’Association pétrolière et gazière du Québec.

Après avoir semé l’émoi chez les entreprises actives dans la recherche de gaz de schiste en condamnant cette source d’énergie fossile, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a voulu rassurer les membres de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) lundi. Elle leur a promis un « dialogue » en insistant sur le fait que le Parti québécois est ouvert à l’exploitation des ressources énergétiques du Québec. Mais en point de presse, elle a par la suite réitéré ses craintes en ce qui a trait au gaz de schiste.

Devant les journalistes, la ministre n’est pas allée aussi loin qu’en septembre, alors qu’elle avait dit qu’elle n’entrevoyait pas le jour où la technologie permettra une exploitation sécuritaire de ce type de gaz naturel. Mais elle n’en a pas moins formulé des réticences certaines. « Je suis allée en Pennsylvanie. Je suis allée constater sur le terrain les impacts de l’exploitation de cette industrie. Avec les technologies qui sont disponibles actuellement, j’ai pu constater les impacts sur le terrain. Je crois que, dans la vallée du Saint-Laurent, qui est un territoire habité où il y a du développement économique relié à l’agriculture et au tourisme, c’est une industrie qui est à plus haut risque », a-t-elle fait valoir quelques minutes après s’être adressée aux pétrolières et aux gazières réunies à Montréal pour leur assemblée annuelle.


Est-ce que le gouvernement du Parti québécois pourrait fermer la porte définitivement au gaz de schiste ? « Tant que nous n’aurons pas toutes les informations, je crois que toutes les options sont ouvertes », a-t-elle laissé tomber. Chose certaine, le bannissement pur et simple de cette industrie, qui contrôle des dizaines de permis d’exploration au Québec, est envisagé. « Il faut être un gouvernement responsable et il faut prendre des décisions en fonction du bien commun », a souligné Mme Ouellet.


La ministre n’a pas non plus précisé si le gouvernement péquiste entendait terminer l’évaluation environnementale stratégique (EES) en cours sur l’industrie du gaz de schiste. Elle a simplement dit que son collègue de l’Environnement, le ministre Daniel Breton, se pencherait sur la question. Québec pourrait notamment transmettre ce dossier au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

 

« Succès collectif »


Quelques minutes auparavant, la nouvelle responsable du dossier des ressources naturelles avait prononcé une allocution à la tribune de l’APGQ. Un discours qui se voulait rassurant pour l’industrie, qui n’a pas manqué de manifester ses inquiétudes depuis l’élection du 4 septembre.


« Le nouveau gouvernement veut faire de l’exploitation de nos ressources naturelles un succès collectif, a promis Martine Ouellet. Chacun a son rôle à jouer : le gouvernement, l’industrie et les collectivités. » Selon elle, il est essentiel de bien évaluer les impacts liés aux projets d’exploration et d’exploitation avant de lancer quelques travaux que ce soit. « Ensemble, je crois sincèrement que nous pouvons identifier les ajustements nécessaires qui permettront de développer nos ressources naturelles au bénéfice de l’ensemble de la population et de votre industrie. »


Elle a brièvement mentionné le dossier du gaz de schiste, insistant surtout sur le fait que le Parti québécois est « tout à fait ouvert » à l’exploitation du pétrole. Le gouvernement entend toutefois mener des « études » distinctes pour évaluer les risques des projets pétroliers en Gaspésie, sur l’île d’Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent. Mme Ouellet n’a pas donné plus de précision à ce sujet.


C’est le président de l’APGQ, Lucien Bouchard, qui a invité la ministre à venir parler aux gens de l’industrie. Il a salué la ministre en insistant sur le fait que son discours comportait des propos « très encourageants ». L’ancien premier ministre a reconnu que dans le secteur du gaz de schiste, il sera nécessaire de faire des « pas de géant en matière d’acceptabilité sociale ». M. Bouchard a du même coup réitéré son souhait de voir l’évaluation environnementale parachevée, de façon à pouvoir engager un « dialogue » sur la base de « données objectives et vérifiables ».


Le ton du président du lobby de l’énergie fossile était radicalement différent de celui employé en septembre, après que la ministre eut affirmé que l’industrie du gaz de schiste ne pouvait être sécuritaire. « Le gouvernement a-t-il déjà conclu, à l’instar de la ministre, d’imposer de toute façon un moratoire à l’exploration et à l’exploitation du gaz naturel de schiste, peu importent les résultats des études en cours ou à venir ? », avait-il alors affirmé.


Plus tôt en journée lundi, M. Bouchard a souligné que l’industrie entend faire preuve de « patience », mais aussi de « persistance » dans le contexte politique actuel. « Les nouveaux gouvernements ne changent pas la réalité. Et la réalité, au Québec, c’est que nous avons d’immenses ressources naturelles, qu’il s’agisse du patrimoine minier, du patrimoine pétrolier ou gazier. Et il est inévitable, en cours de route, qu’on doive mettre à profit ce potentiel de richesse et de développement économique dont le Québec a tellement besoin. »

18 commentaires
  • Georges Washington - Inscrit 23 octobre 2012 01 h 47

    Enfin

    Enfin, un peu de bon sens semble faire son chemin.

  • Gilles Delisle - Abonné 23 octobre 2012 07 h 14

    Une bonne dose d'acception sociale comme dit le monsieur de l'Industrie!

    L'ancien premier ministre du Québec, qui a déjà travaillé pour le peuple du Québec, et qui s'est déshonoré en travaillant maintenant contre, pour des compagnies d'exploitation de gaz de schiste, a bien raison d'invoquer cette acceptation sociale nécessaire pour permettre à des compagnies de venir au Québec exploiter dangereusement cette ressource. J'espère que la ministre Ouellet ne se dégonflera pas! Je pense qu'elle doit continuer de bien vérifier les dégâts causés dans des Etats américains par ce type d'exploitation et de vérifier les raisons pour lesquelles l'Etat francais a refusé aux compagnies de venir exploiter cette ressource sur son territoire.

    • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 23 octobre 2012 09 h 49

      Le gouvernement français, sous Sarkosy et Hollande, s'est empressé d'imposer un moratoire pour des raisons électoralistes, sans même entendre les avis des scientifiques et de l'industrie. La Communauté européenne se montre au contraire ouverte, comme pour les OGM par ailleurs.
      Le rapport pour la relance de l'industrie française rédigé par Louis Gallois, à la demande du gouvernement, vient de lui être remis. Celui-ci proposait entre autres d'évaluer sérieusement la fracturation hydraulique, mais ce fut (il y a à peine une semaine) au grand dam du gouvernement socialiste bon teint et écologiste qui par réflexe idéologique, avant même son dépôt offficiel,vient de le mettre sur une tablette. La France regorgerait de gaz de schiste et cela pourrait contribuer fortement à relancer son développement industriel, mais tout le monde sait que l'industrie c'est sale alors que le terroir, c'est propre. Précipitation, improvisation, populisme: cela vous fait-il penser à quelque chose?
      Ne prenez pas exemple sur la France, car ce serait de très mauvais augure.

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 23 octobre 2012 09 h 27

    Patience?

    La ministre Ouellet récidive avec son discours, quelque peu atténué de ses éléments les plus sectaires. Elle nous revient avec de nouveaux éléments irréfléchis sur la nature des hydrocarbures et sur les études en cours.

    Plus que tout, ce qu’il faut c’est une gouvernance éclairé, éminemment gnostique, rationnelle, consensuelle et constructive, qui assume la capacité de connaitre et la flexibilité nécessaire pour créer le consensus et exiger attitudes positives pour la construction d’une très grande industrie.

    La patience nous remet à l’intervention divine.
    Merci

    • Louise Lefebvre - Inscrite 25 octobre 2012 23 h 22

      Une très grande industrie encore plus polluante que les sables bithumineux...un puit fracture à l'horizontale sur 2 à 3 kilomètres...ton voisin qui accepte cette activité chez lui se fout de contaminer les puits des voisins à quelques kilomètres de chez lui et que dire des tremblements de terre pouvant aller jusqu'à 4.5...et que dire de la circulation de camions qui n'en finissent plus...et du bruit des stations de pompages et de fracturation...
      Personnelement je vis sur une route très achalandée et souvent exaspérée, j'ai envie de leur tirer des roches tellement cela devient agressant...Quand tu acceptes l'industrie tu te ramasses avec une usine devant chez toi et tu n'a plus aucun recours et droit...
      Si t'as un chalet à la campagne tu peux être envahi par cette industrie ...t'essaiera de revendre ce chalet pour t'en débarrasser.
      Va sur You tube voir les vivéos...les gazières s'installent en pleine ville et fracture près des écoles et des maisons...
      C'est l'enfer cette industrie n'a aucun respect pour la vie!

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 23 octobre 2012 09 h 33

    De quoi elle se mêle?

    Que la ministre, responsable et prudente comme devrait l'être tout gouvernement en exercice, (dont elle est solidaire), attende les recommandations des comités chargés de l'évaluation de cette industrie. L'acceptation sociale viendra après, en s'appuyant sur des faits avérés et non pas sur des idées préconçues et des convictions personnelles.

  • Christian Fleitz - Inscrit 23 octobre 2012 09 h 36

    Évidences

    Le fait que le Québec dispose des ressources naturelles, c'est indéniable et cela pourrait produire un enrichissement réel pour la Province. En revanche, si cette exploitation génère des pollutions, des atteintes à l'environnement, dont le coût est supérieur à l'enrichissement de la population québécoise, on voit mal où est le gain, quel est l'intérêt.
    Certes, les compagnies exploitantes feront des bénéfices dans tous les cas de figure et leurs actionnaires seront satisfaits, mais où est alors l'intérêt général?
    Il faut bien voir que cette exploitation se fait au détriment du potentiel que constituent ces réserves naturelles et, si nécessaire, il suffit d'attendre que les méthodes d'exploitation deviennent plus acceptables et respectueuses de l'environnement (si tant est qu'elles le deviennent un jour). D'autre part, quels sont les dédommagements réels pour les populations qui vivent sur les territoires concernés (il ne s'agit pas d'aumône de quelques financements, mais la création d'un véritablement développement), quels sont les transformations dans la province de ces produits d'extractions, véritable création de plus value.
    En bref, il ne s'agit pas de faire plaisir à quelques entreprises et à leurs actionnaires, mais d'assurer un véritablement enrichissement des citoyens tout en préservant l'environnement dont la restauration incombait jusqu'à présent à la communauté.
    Le temps de l'exploitation «coloniale» des ressources qui ne profite qu'aux exploitants et qui saccage l'environnement devrait être terminé.