Libre-échange: la privatisation de l’eau inquiète des deux côtés de l’océan

Pendant que des Canadiens accusent l’Europe de vouloir se servir d’un éventuel accord commercial pour forcer la privatisation de l’eau au pays, des Européens reprochent au Canada de chercher à affaiblir les protections contre cette même privatisation en Europe.

Les pressions canadiennes à la table de négociations de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) sont en voie de faire tomber une à une les demandes d’exception du camp européen en matière de protection contre la privatisation des services de gestion l’eau, affirme Gabriella Zanzanaini. Ces pressions des négociateurs canadiens ne visent peut-être qu’à clarifier et simplifier le texte de l’éventuel accord, mais elles n’en sont pas moins dommageables, a plaidé mercredi la porte-parole de l’organisme Food Water Europe, basé à Bruxelles, lors d’une conférence téléphonique organisée par des homologues canadiens.


Ce son de cloche est pour le moins curieux au Canada où l’on a plutôt l’habitude d’entendre l’histoire inverse. De nombreux opposants à l’AECG suspectent en effet l’Europe de chercher, dans ces négociations, à faire la part belle à ses multinationales de l’eau, comme Suez et Veolia.

 

Contradictions européennes


Gabriella Zanzanaini admet que la position des autorités européennes en ce domaine est difficile à suivre. D’un côté, il semble que les négociateurs de la Commission européenne aient eu pour consigne en la matière de protéger le mieux possible la souveraineté de ses pays membres par rapport aux entreprises canadiennes. D’un autre côté, Bruxelles a beaucoup fait pour l’envol à l’étranger de ses entreprises dans le secteur, notamment avec l’Amérique latine. Elle exerce aussi de fortes pressions à l’intérieur du marché unique sur des pays en difficulté, comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne, pour qu’ils assainissent rapidement leur situation financière en privatisant si nécessaire des services publics.


Le principal danger de l’AECG n’est pas qu’il puisse forcer les villes à privatiser leurs services d’eau, a expliqué Stuart Trew, du Conseil des Canadiens. C’est qu’il rende beaucoup plus difficile tout retour en arrière pour celles qui décideraient un jour de s’engager dans cette voie. Les dédommagements financiers à verser aux entreprises privées qu’on voudrait alors chasser seraient d’autant plus élevés qu’elles auraient le loisir de porter directement leur affaire devant un tribunal commercial semblable à celui mis en place dans le cadre de l’ALENA.


Tout cela tombe à un bien mauvais moment alors que de plus en plus de villes européennes cherchent justement à faire marche arrière en ce domaine en « remunicipalisant » leurs services d’eau, a observé Gabriella Zanzanaini. Ce mouvement a déjà emporté Paris, qui avait longtemps été une ville phare de la privatisation de l’eau, mais s’observe aussi dans plusieurs autres villes de France, en Hongrie, en Italie, ainsi qu’en Amérique latine, en Afrique et en Asie du Sud-Est.

4 commentaires
  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 18 octobre 2012 10 h 12

    L'arnaque de la privatisation de l'eau

    Dans un domaine aussi vital pour les populations humaines, une remise au secteur privé de la gestion de l'eau n'a pas sa place.

    Sur l'Histoire de la privatisation de l'eau dans plusieurs villes du monde - les abus et scandales:

    http://www.partagedeseaux.info/article146.html

  • François Laforest - Abonné 18 octobre 2012 13 h 12

    Montréal déjà sur la touche !

    Déjà, un groupe comme VÉOLIA, vient ''prêter mains fortes'' à nos cols bleus de la Ville de Montréal.
    Sur quelle base contractuelle à court et long terme ? La rupture éventuelle d'un tel partenariat va nous coûter combien comme contribuable ? Depuis près de cinq ans, notre bon maire doit bien être ''eau courant'' !

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 18 octobre 2012 14 h 15

      Citation :

      (D'une manifestante devant l'hôtel de ville la semaine dernière) "Le maire ne voit rien, ne sait rien, ne vaut rien"

  • Catherine Caron - Inscrit 19 octobre 2012 11 h 58

    En parallèle cette semaine

    La Coalition Eau Secours, en collaboration avec ATTAC-Québec et les AmiEs de la Terre de Québec, ont interpellé cette semaine le Parti québécois concernant les services publics de l'eau et l’accord de libre-échange Canada-Union européenne. Consulter : http://www.quebec.attac.org/spip.php?article906