Les entrevues HEC Montréal - Tech3Lab: sonder le consommateur dans un environnement expérimental unique

Au Tech3Lab, un des rares laboratoires à permettre l’enregistrement simultané de plusieurs participants, le codirecteur Pierre-Majorique Léger enregistre l’activité électrique du cerveau de sujets à l’aide de casques à large bande de 32 électrodes.
Photo: François Pesant - Le Devoir Au Tech3Lab, un des rares laboratoires à permettre l’enregistrement simultané de plusieurs participants, le codirecteur Pierre-Majorique Léger enregistre l’activité électrique du cerveau de sujets à l’aide de casques à large bande de 32 électrodes.

Pierre-Majorique Léger, professeur titulaire au Service de l’enseignement des technologies de l’information à HEC Montréal, met la dernière main au Tech3Lab. Le Devoir a pu faire un saut dans ce « laboratoire de classe mondiale », spécialisé dans l’analyse des interactions entre les interfaces technologiques des organisations et leurs utilisateurs, situé à un jet de pierre de l’édifice Côte-Sainte-Catherine.

«C’est un laboratoire de classe mondiale. Cela dit, on n’a rien inventé. On a mis ensemble les technologies et on tente de les appliquer dans un contexte de gestion », lance Pierre-Majorique Léger, codirecteur - avec Sylvain Sénécal, professeur agrégé au Service de l’enseignement du marketing - du Tech3Lab.


Le laboratoire spécialisé dans l’analyse des interactions entre les interfaces technologiques des organisations et leurs utilisateurs a été mis sur pied notamment grâce à une subvention de recherche de plus de 600 000 $ de la Fondation canadienne pour l’innovation.


Le Tech3Lab sera officiellement inauguré en janvier 2013. La vingtaine de chercheurs sous la gouverne des professeurs Léger et Sénécal disposeront d’une batterie d’instruments de mesures comportementales et neurophysiologiques à la fine pointe de la technologie afin d’étudier par exemple la formation et l’activation des scripts cognitifs des consommateurs sur Internet ou encore les stratégies des utilisateurs pour surmonter les difficultés technologiques liées à leur poste de travail.


Les chercheurs pourront notamment enregistrer les mouvements oculaires de leurs sujets, constater les zones les plus regardées et les plus négligées d’une page web, à l’aide de petites caméras infrarouges. Ils auront la possibilité d’enregistrer l’activité cardiaque et respiratoire de même que l’activité électrodermale de leurs sujets grâce à de petits senseurs sans fil placés sur la paume de leur main et sur leur torse. En plus d’enregistrer l’activité électrique du cerveau de leurs sujets à l’aide de casques à large bande de 32 électrodes - le Tech3Lab fait partie des rares laboratoires à permettre l’enregistrement simultané de plusieurs participants -, les chercheurs pourront également évaluer en temps réel leurs réactions émotionnelles par le biais du logiciel FaceReader interprétant les images d’une webcam accrochée sur un écran d’ordinateur.


Le Tech3Lab permettra une meilleure compréhension des comportements des sujets qui passeraient autrement sous le radar des chercheurs. Ces outils « nous permettent de mesurer en temps réel des phénomènes chez nos sujets, qui leur sont inconscients et qui deviennent automatiques dans le temps », souligne M. Léger. Les sujets


« On n’avait pas à HEC avant le Tech3Lab un environnement expérimental digne de ce nom. Dans le fond, on a développé une plateforme qui est présentement unique au monde dans la manière d’intégrer ces outils-là dans la recherche en gestion », explique M. Léger, insistant sur le caractère multidisciplinaire de l’initiative. « On a des gens en TI, en marketing, en management, en relations humaines, en psychologie du travail, en relations industrielles, [qui seront appelés à y participer]. »


L’aventure du Tech3Lab « commence sur les chapeaux de roue » se réjouit Pierre-Majorique Léger puisque le Journal of the Association for Information systems (JIAS) a lancé fin septembre un appel à la communication sur les «"Methods, Tools and Measurement in NeurolS Research"». « C’est exactement ce qu’on fait », fait-il valoir. L’intérêt de cette publication incontournable fait dire à M. Léger que les chercheurs du Tech3Lab se trouvent « exactement au bon endroit au bon moment ». « On veut positionner HEC Montréal et le Québec comme leaders dans le domaine ».

 

Un deuxième laboratoire


Pierre-Majorique Léger est également le cofondateur d’un centre spécialisé dans l’apprentissage des technologies de l’information par la résolution de problèmes, le Laboratoire ERPsim.


Plus de 8000 étudiants de 250 universités à travers le monde utilisent chaque année la technologie ERPsim qui permet de simuler des environnements d’affaires au sein d’un progiciel de gestion intégré (PGI). Le progiciel « vient supporter tous les aspects d’une organisation ; payer les factures, envoyer une offre d’achat à un fournisseur, payer les employés » auparavant assurés par différentes applications « qui ne se parlaient pas ». C’est le « système nerveux » d’une organisation. « Dans notre laboratoire, on développe des expériences pédagogiques qui transforment la manière d’apprendre les technologies de l’information. C’est ça qu’on veut faire. On pense que former des usagers de système en 2012, ça doit être différent parce qu’il y a une nouvelle génération d’employés qui arrivent sur le marché imprégnés des jeux vidéo et de la mobilité. Ça doit être plus engageant. »


Pierre-Majorique Léger s’est retrouvé à HEC Montréal pour suivre un postdoctorat en technologie de l’information, après avoir obtenu une maîtrise en science appliquée (Génie industriel, option management de la technologie) et un doctorat en philosophie (Génie électrique, option génie industriel) de l’École Polytechnique de Montréal. Il avait amorcé son parcours dans le réseau universitaire francophone au baccalauréat en administration (option commerce international) à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.


« Quand j’ai terminé mon baccalauréat, ce qui m’intéressait beaucoup, c’était la gestion de la technologie de l’information. Je trouvais un peu artificiel d’étudier ces phénomènes-là dans le cadre de la gestion. Je voulais travailler avec des ingénieurs en vivant l’expérience d’un parcours en ingénierie. À la polytechnique, il y a une passerelle où on peut aller à la maîtrise en génie industriel, sans être ingénieur, dans un domaine qui est très près de ce qu’on fait en gestion. »


« À Polytechnique, il y a beaucoup de laboratoires tandis qu’ici, à HEC, il y a beaucoup de chaires, de centres et de groupes de recherche. Il y a deux laboratoires Tech3Lab et ERPsim », constate-t-il. « Et c’est moi le directeur des deux laboratoires », fait-il remarquer.