Mouvement Desjardins - Miser sur l’investissement socialement responsable

Thierry Haroun Collaboration spéciale
L’investissement financier socialement responsable est une partie intégrante des activités du Mouvement Desjardins.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’investissement financier socialement responsable est une partie intégrante des activités du Mouvement Desjardins.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’investissement financier auquel on accole une approche qualifiée de « socialement responsable » est une partie intégrante des activités du Mouvement Desjardins, par l’entremise de différents portefeuilles qui répondent à des besoins de diverses clientèles. Qu’en est-il ? Rosalie Vendette, conseillère principale en investissement socialement responsable (ISR) au Mouvement Desjardins, répond à nos questions.


En ouverture, comment définit-on l’investissement socialement responsable ? « C’est le fait d’intégrer les facteurs écologiques, sociaux et de gouvernance dans la sélection et la gestion des placements et des investissements », juge Rosalie Vendette, précisant que « c’est relativement nouveau comme approche. Vous savez, cela fait appel à des changements [de comportement]. On implante donc l’ISR de différentes manières en utilisant différentes stratégies. »


Qu’en est-il du modus operandi de l’ISR ? Notons, dans un premier temps, qu’il y a ce que le Mouvement Desjardins appelle les « filtres d’exclusion ». En clair, Fonds Desjardins écarte de ses portefeuilles de placement ISR certains domaines qui peuvent causer de graves préjudices aux humains et à leur environnement. Ainsi, trois secteurs de l’économie sont exclus de facto : l’industrie nucléaire, l’industrie de l’armement et l’industrie du tabac. Deuxièmement, une fois ces domaines éliminés, Fonds Desjardins utilise une « stratégie de sélection » des entreprises basée sur les aspects écologiques, sociaux et de gouvernance, lit-on dans la documentation.


Ce qui se traduit de manière concrète par « une évaluation des entreprises utilisée dans le cadre de la gestion des portefeuilles ISR de Desjardins, qui inclut une analyse classique basée sur des critères financiers, ainsi qu’une analyse rigoureuse basée sur des considérations écologiques, sociales et de gouvernance (ESG)». En cela, lit-on plus loin, l’analyse des pratiques ESG est adaptée à chaque industrie en fonction des enjeux qui lui sont propres. Chaque entreprise est évaluée par rapport à un groupe comparable, ce qui permet de la sélectionner ou de l’exclure du bassin d’entreprises dans lesquelles les gestionnaires de portefeuilles de Fonds Desjardins peuvent investir.

 

Pas de chicanes


Enfin, en procédant à ces deux analyses, explique-t-on, il est possible de répertorier les entreprises qui font preuve d’une meilleure gestion des risques en choisissant de prioriser les volets ESG de leurs activités. Et ce n’est pas tout. S’ajoute à cela une autre couche, que le Mouvement Desjardins appelle « l’actionnariat engagé », qui prône le dialogue avec les entreprises, précise Rosalie Vendette. « En fait, on souhaite intervenir auprès des entreprises où on a dénoté une possibilité de progression et au sein desquelles on intervient par l’entremise de ce qu’on appelle l’actionnariat engagé, qui est, dans les faits, une combinaison de votes et de dialogues afin d’influencer positivement les entreprises [ciblées]. »


Une approche qui n’est pas étrangère aux deux secteurs qui composent la majeure partie des investissements du volet ISR chez Desjardins. Ces secteurs sont les industries pétrolière et minière. « Il faut que le client connaisse le produit dans lequel il investit afin d’éviter toute mauvaise surprise, raconte Rosalie Vendette. Et, quand on leur explique, il y a une bonne proportion des gens qui comprennent notre démarche prônant le dialogue avec les entreprises. Cela dit, il y a une petite partie des gens qui ne voudront pas être accolés à ce type d’activité [pétrole et mines]. Il y a des gens qui sont réticents à y investir. Il faut donc leur trouver une autre solution de placement, mais les choix sont restreints. Vous savez, j’estime qu’on s’en sortira mieux si on travaille avec ces entreprises-là pour faire en sorte qu’elles soient meilleures. Donc, non seulement cela permettra d’obtenir un rendement appréciable de notre produit [financier], mais aussi un meilleur bénéfice pour l’entreprise en question, en plus de l’influence qu’elle peut avoir au sein même de son secteur. »


Sur le plan des produits financiers offerts par le Mouvement Desjardins en ISR, quatre portefeuilles sont disponibles sous le chapeau appelé SociéTerre qui sont conçus pour répondre à divers objectifs de placement. Ils sont composés du Fonds Desjardins environnement et d’une sélection de Fonds éthiques. Les actifs gérés cumulés de ces portefeuilles totalisent plus de 700 millions de dollars. « Si on situe ce chiffre à l’échelle canadienne, on est parmi les chefs de file dans ce domaine », résume Mme Vendette.


À l’échelle de la clientèle, une étude démontre que la clientèle de ces produits financiers est principalement composée de femmes, de jeunes et de personnes ayant fait des études supérieures. Mais un préjugé persiste sur le plan des investissements en ISR, rappelle Rosalie Vendette. « En fait, on se bat contre deux obstacles. D’abord, les gens ne connaissent pas l’ISR, il est peu connu. De plus, les gens ont l’impression que l’ISR rapporte moins. Ils ont l’impression de sacrifier une partie du rendement financier, ce qui n’est pas le cas. »


Et à quoi ressemblera l’ISR demain ? « Ce qu’on voit venir, ce sont des produits [financiers] à caractère thématique. Pensons, par exemple, à des fonds qui seraient uniquement dédiés à l’eau, à sa préservation, à son traitement, à la réduction de sa consommation, etc. On commence d’ailleurs à voir émerger ce type de produit. »