Fermeture de Gentilly-2 - Le PQ défend une «sage» décision

Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles

Devant le tollé soulevé par l’annonce de la fermeture de la seule centrale nucléaire du Québec, le Parti québécois s’est défendu lundi en invoquant une décision « sage » d’un point de vue économique. La Coalition avenir Québec n’en réclame pas moins une commission parlementaire pour débattre de l’avenir de la centrale Gentilly-2. Pendant ce temps, le milieu des affaires et les élus locaux se mobilisent pour sauver les installations de Bécancour.

« Il faut être à l’écoute. On va travailler avec les gens du milieu. C’est une décision qui est importante, mais je crois que c’est une sage décision économique », a souligné la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, au cours d’un entretien avec Le Devoir. Un message qu’elle a d’ailleurs répété sur plusieurs tribunes tout au long de la journée, lundi, afin de défendre l’annonce de fermeture confirmée la semaine dernière par la première ministre Pauline Marois.


Selon Mme Ouellet, il est déjà acquis que les coûts qu’entraînerait une éventuelle réfection seraient prohibitifs. « On sait très bien que les coûts ont augmenté beaucoup. Prenez l’exemple de Point Lepreau. La réfection devait se faire en 18 mois. On a dépassé les 50 mois, ce n’est toujours pas terminé et les dépassements de coûts sont très importants. » Les plus récentes données indiquent que les travaux de remise à neuf de la centrale nucléaire de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick, devraient dépasser les 2,4 milliards de dollars, soit un milliard de plus que ce qui était prévu au départ.


La ministre estime aussi que le maintien de la centrale n’est plus justifiable d’un point de vue économique. « En termes de production d’électricité, par rapport aux alternatives, ce n’est plus concurrentiel », a-t-elle souligné. Pour le moment, les coûts pour la réfection de la centrale - qui représente 2 % de la production électrique du Québec - sont estimés à environ deux milliards. Il s’agit toutefois d’une évaluation préliminaire. Ces travaux nécessiteraient l’embauche d’environ 800 travailleurs.


Mais Martine Ouellet a admis du même coup qu’elle n’avait toujours pas rencontré les responsables d’Hydro-Québec pour faire le point sur l’avenir de Gentilly-2. Elle a dit vouloir tenir cette rencontre « à très court terme », sans donner davantage de précisions. « Je vais rencontrer Hydro-Québec pour avoir l’ensemble de l’information et les détails. » Chose certaine, cette rencontre devrait permettre de faire le point sur les sommes déjà engagées par la société d’État en vue d’une réfection qui était acquise lorsque le gouvernement Charest était au pouvoir. Selon les données inscrites dans le rapport annuel 2011 d’Hydro-Québec, quelque 850 millions ont été investis jusqu’à présent.


Hydro-Québec n’a pas voulu préciser par ailleurs les coûts de la mise hors service de Gentilly-2 ou la valeur des actifs qui devront être radiés en cas de fermeture. Dans un bref courriel, on a indiqué que ces informations devraient être inscrites dans un « rapport complet sur les implications et les conditions relativement à la fermeture de la centrale » que le Parti québécois a commandé à la société d’État. Dans son dernier rapport annuel, Hydro-Québec évalue la valeur nette des « immobilisations corporelles » de la centrale nucléaire à 1,2 milliard de dollars.

 

Commission parlementaire


La Coalition Avenir Québec (CAQ) a réclamé lundi la tenue d’une commission parlementaire pour étudier l’épineuse question de l’avenir de Gentilly-2. « Nous vivons dans un régime parlementaire et, afin de respecter le choix démocratique des électeurs, c’est au Parlement de trancher certaines questions, pas au gouvernement d’agir de façon arbitraire. Nous sommes d’avis qu’une majorité de parlementaires est en faveur d’une décision juste et éclairée », a affirmé le porte-parole de la CAQ en matière de Ressources naturelles, François Bonnardel. Mais la deuxième opposition a dit ne pas vouloir prendre position. « Nous accepterons les conclusions du rapport final qui s’appuiera sur des faits », a-t-il dit.


Si les péquistes refusent cette option, la CAQ entend présenter une motion pour forcer le gouvernement à se rallier à cette idée. Selon M. Bonnardel, une telle motion devrait être adoptée « sans difficulté ». En position minoritaire, le gouvernement Marois pourrait en effet se faire imposer la tenue de cette commission si libéraux et caquistes s’allient.


Mais selon ce qu’a confirmé au Devoir le bureau du leader parlementaire du gouvernement, le Parti québécois serait ouvert à l’idée de tenir une commission parlementaire. On pourrait y inviter Hydro-Québec à venir présenter toutes les données nécessaires pour bien évaluer les coûts de la réfection et de la mise hors service de Gentilly-2. On pourrait aussi y rendre public un rapport qu’aurait préparé la société d’État dans les derniers mois et qui conclurait, selon les informations qui circulent, à la nécessité de fermer la centrale nucléaire.


Les libéraux ne s’opposent pas, pour le moment, à la tenue d’une commission parlementaire. Mais on veut d’abord mettre sur pied un « comité d’actions stratégiques » afin de faire le point sur les impacts d’une éventuelle fermeture des installations de Bécancour, en décembre prochain. Ce comité devrait notamment inclure des élus locaux, des spécialistes du nucléaire et des gens du milieu des affaires.


Dans la région de Bécancour, on compte bien se battre pour garder la centrale ouverte. Une rencontre a d’ailleurs eu lieu hier afin de discuter de la suite des événements. Des députés de l’opposition, des syndicats et des représentants des chambres de commerce y ont pris part. Le président de la chambre de commerce de Trois-Rivières, Patrick Charlebois, réclame lui aussi une commission parlementaire. « Si on peut faire un sommet pour discuter de la question de la hausse des droits de scolarité, il me semble qu’on pourrait faire une commission parlementaire pour débattre d’un dossier qui représente des milliards de dollars. »


M. Charlebois juge que le fonds de diversification économique de 200 millions de dollars promis par les péquistes est « insuffisant ». Martine Ouellet n’est pas de cet avis. « Avant de parler de bonifier le montant, est-ce qu’on peut voir ce qu’on peut faire avec ça ? Le 200 millions, c’est un levier. Ce n’est pas ça qui va tout régler. C’est un levier financier pour aller chercher davantage d’argent. Je trouve que c’est déjà un bon montant pour attirer des projets. Il faut travailler avec le milieu des affaires, les municipalités, etc. » Une rencontre devrait avoir lieu sous peu, a promis la ministre.


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CAQ : Martel n’a pas la même position que Bonnardel

« Moi, je souhaite que les travaux de réfection se fassent », a dit d’emblée le nouveau député caquiste Donald Martel à propos de la réfection de Gentilly, au sortir de la conférence de presse. Cette position contraste avec celle du « ni-ni » présentée par le député François Bonnardel quelques minutes plus tôt : la CAQ « ne prend position ni pour la réfection ni pour le déclassement de la centrale », a-t-il soutenu. M. Martel rappelle que la position de son chef, François Legault, pendant la campagne électorale, était celle d’un « préjugé favorable » à la réfection. « Il faut que ça se fasse dans un contexte économique acceptable et dans un contexte de sécurité environnementale », a toutefois précisé M. Martel. Ancien candidat du Parti québécois en 2007, M. Martel soutient ressentir plus « d’insécurité devant le déclassement » qu’une réfection de Gentilly-2. « On ne sait pas comment ça se passe, cette opération-là. […] on n’a pas beaucoup de références », a-t-il déclaré.

 

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Avec la collaboration de Robert Dutrisac et d’Antoine Robitaille

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