Gaspé veut chasser Pétrolia de son territoire

Le maire de Gaspé, François Roussy
Photo: Thierry Haroun Le Devoir Le maire de Gaspé, François Roussy

Les choses se corsent pour Pétrolia, qui ambitionne d’exploiter un gisement pétrolier situé dans la ville de Gaspé. Des citoyens en ont contre la volonté de l’entreprise de forer un nouveau puits situé à 350 mètres de résidences, tandis que la Ville souhaite que la pétrolière cesse ses projets d’exploration sur le territoire de la municipalité.


Pétrolia entend creuser un nouveau puits exploratoire, nommé Haldimand #4, à trois kilomètres du centre-ville de Gaspé, en janvier prochain. Celui-ci doit atteindre une profondeur de 1000 mètres. À partir de 500 mètres, il sera dévié progressivement pour atteindre une trajectoire presque horizontale. La longueur totale du puits sera de 2650 mètres. Ces nouveaux travaux doivent permettre de traverser des « fractures naturelles » découvertes lors de deux forages précédents afin de vérifier le potentiel commercial de ce gisement d’or noir.


Le hic, ont rappelé des citoyens de Gaspé cette semaine, c’est que ce nouveau puits sera foré à 350 mètres de résidences situées près de la baie de Gaspé. Ils craignent les inconvénients occasionnés par le bruit de la foreuse. Le transport de celle-ci nécessitera en outre le passage de quelques dizaines de camions. Mais surtout, ils redoutent la contamination de la nappe phréatique. Ils ont d’ailleurs réitéré leur souhait qu’un moratoire soit décrété pour l’industrie pétrolière dans le secteur de Gaspé.


Le maire de Gaspé, François Roussy, ne va pas jusqu’à réclamer un moratoire. Mais il n’en souhaite pas moins que les travaux d’exploration et d’exploitation pétrolière soient repoussés en dehors des limites de la municipalité. Le conseil municipal a d’ailleurs adopté une résolution en ce sens. La Ville est également contre l’idée de procéder à de la fracturation hydraulique pour extraire des hydrocarbures, une option qui a déjà été envisagée par Pétrolia.


La pétrolière s’active depuis déjà quelques années dans les limites de cette ville située à la pointe de la Gaspésie et dont l’économie repose en bonne partie sur le tourisme. En entrevue au Devoir vendredi, M. Roussy a d’ailleurs comparé le secteur Haldimand - où Pétrolia a déjà foré deux puits - à « un petit paradis ». Il juge lui aussi que les travaux prévus dès janvier prochain sont « très près » de résidences.


M. Roussy admet toutefois qu’il est totalement impuissant par rapport à l’entreprise, puisque les travaux pétroliers sont régis par la Loi sur les mines, qui a préséance sur plusieurs autres lois provinciales. « Nous n’avons aucun pouvoir, si ce n’est d’interpeller le gouvernement ou Pétrolia pour demander que les citoyens aient accès à toute l’information. »


Le maire invite par ailleurs Québec à donner plus de pouvoirs aux villes. « On demande au gouvernement de permettre aux municipalités de légiférer. Et pour nous, c’est assez clair. On demande à ce que l’exploration et l’exploitation se fassent en dehors des limites de la municipalité. On ne se retrouverait donc pas avec des forages près des citoyens. » Ironiquement, a ajouté François Roussy, Gaspé pourrait refuser l’implantation de tours d’éoliennes sur son territoire. « Mais on n’a pas le droit d’interdire l’installation d’une tour de forage. »


Il précise qu’à peine 15 % du territoire de la Gaspésie est habité, ce qui laisse plus de 85 % du territoire disponible pour la recherche de pétrole et de gaz.

 

Pas de risque


Isabelle Proulx, vice-présidente de Pétrolia, s’est pour sa part voulue rassurante. Selon ce qu’elle a expliqué, le forage doit durer un mois et demi. Durant les éventuels tests de production pétrolière, une torchère doit aussi servir à brûler le gaz naturel qui sortira du puits. Elle a aussi soutenu que si les citoyens devraient apercevoir la foreuse, le bruit de celle-ci ne devrait pas les affecter. L’entreprise a aussi signé des ententes de gré à gré avec les propriétaires des terrains où passeront les camions transportant le matériel de forage. Quant aux liquides utilisés pour le forage lui-même - de 10 000 à 30 000 litres -, ils doivent être traités par la suite.


Mais la Ville voudrait que Pétrolia sorte du territoire de Gaspé ? « Nous sommes en dehors du plan urbanisé », a-t-elle répliqué. Pour ce qui est de la distance de 350 mètres séparant l’éventuel puits des résidences les plus près, Mme Proulx a fait valoir que la loi impose une distance minimale de « 100 mètres ».


Elle croit que la recherche pétrolière dans ce secteur est peu risquée. « Ça se fait quotidiennement ailleurs dans le monde. Est-ce qu’on entend dire qu’il y a de la contamination des nappes phréatiques ? » Dans certains cas, a ajouté la vice-présidente de Pétrolia, « il y en a en plein centre-ville. Ça fait du bruit un certain temps, mais après, c’est peu risqué lorsque c’est bien fait ». Selon elle, on retrouverait parfois des têtes de puits « dans des cours d’école ». Mme Proulx estime que certains opposants exagèrent les risques pour l’environnement. « Les gens ne possèdent pas toute l’information. Ce ne sont pas des scientifiques. J’en suis consciente. »


Mme Proulx a même comparé ce type d’activité industrielle au réseau d’aqueduc. « Personne ne se demande si les tuyaux d’égouts vont contaminer la nappe phréatique. On retrouve pourtant des agents contaminants là-dedans. »


Selon les plus récentes estimations de la pétrolière, le projet Haldimand pourrait permettre de récupérer quelque huit millions de barils de pétrole léger. Cette quantité équivaut à 23 jours de consommation d’or noir au Québec. La valeur brute du pétrole qui pourrait être récupérée devrait dépasser les 800 millions de dollars.

20 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 15 septembre 2012 09 h 01

    Tout ça pour juste ça

    Détruire le potentiel touristique d'une région
    pour n'avoir que 23 jours de pétrole,
    c'est ça penser à court terme.

  • Jean Francois - Inscrit 15 septembre 2012 10 h 17

    Maitre chez nous ?

    Pourquois ne pas reprendre le controle de nos ressources naturel une fois pour toute ? Pourquois donner tant de pouvoir a des compagnies qui ne donnent pas leurs juste part a la societe et qui voient le citoyens comme un obstacle ?

    Nationalisons, petrole et gaz pour un avenir meilleurs !

    • Pierre Denis - Inscrit 15 septembre 2012 10 h 38

      Vous m'enlevez le mots de la bouche.
      Malheureusement, ce n'est pas avec un gouvernement minoritaire à Québec et avec un gouvernement à la solde des "pétoleux" à Ottawa que ça va se produire.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 15 septembre 2012 16 h 13

    Comment miner sa propre crédibilité

    "Mme Proulx a même comparé ce type d’activité industrielle au réseau d’aqueduc. « Personne ne se demande si les tuyaux d’égouts vont contaminer la nappe phréatique. On retrouve pourtant des agents contaminants là-dedans. »"

    Jusqu'à ce que je lise ce paragraphe, le discours de Mme proulx me semblait raisonnable, à tout le moins défendable.

    Après avoir constaté que Jos Public n'était pas un scientifique et ne pouvait donc pas bien comprendre les enjeux, elle s'est rabattue sur la démagogie. Comparer un aqueduc à 3 mètres de profondeur avec un puit de 1,000 mètres de profondeur, c'est tout à fait farfelu. Pour s'assurer de bien enfoncer le clou dans son pied, elle ajoute qu'on retrouve des agents contaminants dans un aqueduc. Vite, cessons de boire de l'eau!

    C'est regrettable. Elle a ainsi perdu toute crédibilité pour faire valoir des arguments qui pourraient vraiment pertinents.

  • Michel Richard - Inscrit 15 septembre 2012 18 h 02

    si je comprend bien

    La gaspésie se meurt: plus de pêche, emplois temporaires, désastre de la Gaspésia, baisse de population, une circonscription électorale de moins etc . . .

    On pense avoir trouvé du pétrole chez eux, et ils veulent pas qu'on l'exploite ?

    Cherchez l'erreur.

    • Gilles Gagné - Abonné 15 septembre 2012 19 h 56

      Et si c'était dans votre cour M. Richard... et qu'en plus cette "richesse" prise dans votre cour servait surtout à vos voisins. La Gaspésie aurait peut-être une éphémère période de croissance mais peut-t'elle aussi penser à son héritage?

    • Jeremy Bernatchez - Inscrit 16 septembre 2012 11 h 13

      Il y a encore de la pêche en Gaspésie mr. Richard. De plus, faut faire la différence entre Gaspé, et la Gaspésie. La Gaspésia c'était à Chandler dans la baie des chaleurs et non à Gaspé. Dans l'article on parles de Gaspé.Vous savez la pointe de la Gaspésie, juste à côté de Murdoch (l'exploitation minière, les fameuses jobs... ça ressemble à quoi Murdochville à votre avis aujourd'hui ? )... Quand ça fait 30 ans qu'on se fait niaiser par le gouvernement et les compagnies extérieurs qui viennent nous exploiter avant de foutre le camp pour nous laissez dans la "merde", on fait attention avant d'accepter n'importe quoi. C'est u

    • Michel Richard - Inscrit 17 septembre 2012 09 h 24

      M Gagné
      Qu'elle y pense, à son héritage, la Gaspésie. Et Gaspé plus particulièrement aussi.
      Et je sais bien qu'on me traitera de tous les noms, mais je suis tanné de voir la Gaspésie se plaindre de son sort pour refuser l'instant d'après de développer du pétrole.
      Si j'ai bien lu l'article, le puits serait creusé à 3km des résidences les plus proches. Le trou serait vertical au début et tournerait à l'horizontale plus bas (à 1 km de profonduer !). Une fois horizontal, il avancerait jusqu'à 350 m (ce n'est pas rien) de la maison la plus proche (le minimum réglementaire serait 100m)
      Les propriétaires des terrains où le forage serait fait sont d'accord et permettent l'accès à leur propriété.

      Me semble qu'il n'y a rien de vraiment déraisonnable ici.

      Qu'est-ce qu'ils veulent, les gens de Gaspé ? qu'est-ce qu'ils proposent comme alternative ? c'est trop facile de toujours dire non et de toujours demander l'aide de Québec, pour tout.
      Voilà. J'ai dit ce que je pense. Libre à vous de m'affubler de tous les noms.

    • Christian Gagnon - Abonné 19 septembre 2012 19 h 14

      @Michel Richard, le pétrole, c'Est pas du développement durable merdre!

  • Johanne Dion - Inscrit 16 septembre 2012 07 h 30

    Savoir, c'est ne pas en vouloir!

    Depuis plus de 2 ans, je fais une revue de presse quotidienne sur le gaz de schiste en Amérique du Nord. À toutes les semaines, je trouve des reportages de déversements, de pollution, de contamination. Des gens qui sont révoltés, découragés, malades, à bout de leurs peines. Les puits explosent, prennent feu, giclent des produits toxiques tout autour. Des camions-citernes se renversent, fuient. Des gens se plaignent que leur puits d'eau potable est contaminé depuis que les forages sont commencés chez eux. Jessica Ernst a même entamé un procès contre Encana et le gouvernement de l'Alberta pour son puits contaminé. Que voulez-vous de plus pour ne pas en vouloir près de chez vous?

    Johanne Dion
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.ca/

    • Gaston Carmichael - Inscrit 16 septembre 2012 18 h 53

      Parle t-on vraiment de gaz de schiste à Gaspé?

      N'est-ce pas plutôt du pétrole conventionnel?

      Ou, savons-nous vraiment quel type d'hydrocarbure on pourrait trouver là?

    • Louise Lefebvre - Inscrite 17 septembre 2012 13 h 24

      Vous avez raison Mme Dion , je lis tous les jours les infos que vous m'envoyez et c'est décourageant de constater toute la pollution engendrée par ce type d'activité et tous les drames humains qui en découlent...je ne comprends pas qu'il y ait encore des gens pour approuver ces industries...ces gens n'ont sûrement pas lu toutes les informations disponibles pour donner leur bénédiction à l'industrie.
      Le dernier cas que j'ai découvert est celui de la famille Wise en Alberta, dont les terres s'affaissent et sont gorgées d'eau contaminées...Encana et le gouvernement se fout de détruire leur vie et leur terre... http://www.915111albertaltd.com/

      Ce que tous devront réaliser est que l'on peut manger des produits venant de ces terres contaminées, l'eau embouteillé qu'on achète ; l'industrie qui fabrique des boissons et jus sont à la merci de ces gazières et pétrolières qui font de la fracturation hydraulique et qui contaminent avec des produits chimiques et radioactifs les nappes d'eau souterraines...
      Il faudra des intoxications spectaculaires pour que tous comprennent tous les dangers de la fracturation...
      Le Québec doit chasser Pétrolia de son territoire, qui fera sûrement de la fracturation, afin de protéger ses terres et son peuple!

    • Christian Gagnon - Abonné 19 septembre 2012 19 h 29

      @Mme Lefebvre : ces gens là n'ont que leur cupidité comme réponse! Il s'en foutent des maladies, du désespoir et de pourrir la vie d'autrui! Comme pour Gentilly-2, le cash, le gros cash, c'est tout ce qui compte! Et les autres peuvent bien crever! Et ils ont leurs entrées au gouvernement et leurs agents! Qu'on se le disent! Ce n'est que le peuple mobilisé et unis - avec quelques édiles et politiciens non-corrompus - qui réussira à nous sortir du pétrole, de sa pénurie annoncée et de cette économie qui s'en va dans un MUR!