Menotté, le gouvernement Marois inquiète moins le milieu des affaires

Le quartier des affaires à Montréal. L’élection d’un gouvernement du Parti québécois n’a pas suscité beaucoup d’émoi dans la communauté d’affaires, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois n’ayant pas les coudées franches pour réaliser son programme électoral.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le quartier des affaires à Montréal. L’élection d’un gouvernement du Parti québécois n’a pas suscité beaucoup d’émoi dans la communauté d’affaires, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois n’ayant pas les coudées franches pour réaliser son programme électoral.

L’élection d’un gouvernement péquiste minoritaire, mardi soir, n’a pas créé de mouvement de panique sur les marchés mercredi, pas plus qu’il ne suscite de grandes craintes pour les mois à venir. Le milieu des affaires et patronal, qui préfère habituellement l’élection d’un gouvernement campé à droite, a tout de même demandé au Parti québécois de préciser rapidement quelles priorités il entend défendre au cours des prochains mois, surtout pour rassurer le secteur privé.

« Nous n’avons pas l’intention de modifier nos prévisions économiques à court terme pour le Québec, a fait valoir mercredi l’économiste principal Services économiques TD, Jacques Marcil. Sans être négligeables, les engagements envisagés en matière de dépenses et les hausses d’impôts présentées par le Parti québécois et les deux autres partis ne sont pas de nature à bouleverser en profondeur, à court terme, une économie de 320 milliards de dollars. »


Il faut aussi dire qu’en situation minoritaire, le gouvernement dirigé par Pauline Marois risque de se retrouver paralysé à bien des égards, et pas seulement sur la question de la souveraineté. En fait, les principales propositions péquistes susceptibles de susciter des craintes chez les entreprises et les investisseurs pourraient bien ne jamais voir le jour, a souligné M. Marcil. C’est le cas pour l’idée de hausser les impôts des citoyens qui ont des revenus beaucoup plus élevés que la moyenne québécoise. Il s’agit là d’une « bonne nouvelle pour les payeurs de taxes », selon lui.


La formation souverainiste avait également annoncé son intention de bonifier le régime de redevances minières s’il était élu. On souhaitait instaurer une redevance « obligatoire » de 5 % sur la valeur brute des ressources extraites, que l’entreprise dégage des profits ou non. Une politique qui aurait pu compromettre des projets miniers, selon l’économiste de la TD. Pour le moment, le Québec devrait plutôt continuer de retirer environ 400 millions de dollars de redevances par année. La valeur brute extraite avoisinait les neuf milliards de dollars, l’an dernier.


Sur la question des finances publiques, le Parti québécois (PQ) a donné l’impression de vouloir agir de façon « responsable », a aussi expliqué Jacques Marcil. Il a toutefois rappelé que le gouvernement devra faire des efforts marqués pour revenir à l’équilibre budgétaire.


Même son de cloche du côté de Stéfane Marion, économiste en chef de la Banque Nationale. Selon lui, le PQ et les partis d’opposition devront faire preuve d’une « grande rigueur économique » s’ils veulent espérer améliorer l’état des finances publiques. Il estime à 900 millions de dollars le montant à épargner pour y parvenir. Un exercice qui sera compliqué, alors qu’on prévoit une faible croissance au cours


Les lobbys patronaux ont pour leur part exprimé des craintes quant à la suite des choses. En raison d’un contexte économique « extrêmement » préoccupant, le Conseil du patronat a ainsi pressé le gouvernement démocratiquement élu à mettre de côté plusieurs de ses promesses. « Il m’apparaît clair que le gouvernement doit revoir plusieurs de ses propositions et les soumettre systématiquement à une analyse économique et stratégique afin d’en mesurer les impacts », a déclaré son président, Yves-Thomas Dorval.


Selon lui, le Québec ne dispose pas de la « marge de manoeuvre » pour annuler la hausse des droits de scolarité, abolir la taxe santé ou ne pas augmenter les tarifs d’électricité. Le Conseil du patronat prétend aussi qu’une « fiscalité accrue » représenterait « un risque réel de ralentissement de l’investissement, en particulier en ce qui concerne les changements envisagés aux redevances sur les ressources naturelles ».


La Fédération des chambres de commerce estime que la situation de gouvernement minoritaire pourrait compliquer les choses. Elle presse le gouvernement péquiste de rassurer les gens d’affaires sur le fait que le Québec continuera de jouir d’un climat propice à la croissance des entreprises. Cet organisme et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante réclament des engagements en matière de fiscalité et de réglementation.


Les marchés financiers n’ont pas réagi négativement ou positivement mercredi à l’élection d’un gouvernement souverainiste qui pourrait bien faire long feu, en raison de sa situation de minoritaire.

11 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 6 septembre 2012 04 h 24

    Un cadeau au milieu des affaires …!

    Une fois passée l’euphorie de la victoire électorale de Mme David, on peut se demander si cette promotion de la co-cheffe de QS dont «tous les Québécois devraient se réjouir» - dixit l’heureuse élue - justifie le prix à payer pour la grande majorité des citoyens, soit un cadeau inespéré au milieu des affaires, sous la forme d’un gouvernement minoritaire du PQ (voir l’article de Louis-Gilles Francoeur, «La division du vote souverainiste a fait mal au PQ»), ne disposant pas des voix nécessaires à l’Assemblée nationale pour mener à bien les projets politiques qui ont prévalu à son élection.

    À défaut d’une réflexion à l’intérieur du cercle stratégique et dirigeant de QS qui continuera sans doute à véhiculer les mêmes justifications, ce cul-de-sac politique dans lequel le Québec se trouve piégé suite aux résultats électoraux de ce 4 septembre, devrait interpeller les citoyens qui, mus par un esprit de solidarité, ont voté pour QS, mais ont en même temps contribué à rendre irréalisables leurs espoirs de justice sociale.

    Yves Claudé

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 6 septembre 2012 06 h 45

    Pas trop vite

    Il serai à recommander aux gens d'affaires à ne pas crier trop rapidement en constatant que les souverainistes élus avec un gouvernement minoritaire puisque le chef caquiste reconnu comme pas fiable a promis a la première ministre son entière appuis. Le future nous le dira.

  • François Dugal - Inscrit 6 septembre 2012 08 h 28

    His master's voice (La voix de son maître)

    Comme dans l'ancienne pub des disques RCA Victor, un beagle appelé «Nipper» écoute devant le gramophone «la voix de son maître».
    Plus près de nous, les «services économiques TD» disent ouf! Nous avons échappé belle. Il n'y aura pas de gouvernement à l'écoute des citoyens!

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 6 septembre 2012 09 h 35

    Le gouvernement minoritaire de Madame Marois sera paralysé par la forte opposition libérale et caquiste, toutes deux proches des milieux financiers et affairistes

    Autrement dit, les mesures qu’avaient prévues d’instaurer Mme Marois (pour améliorer les conditions sociales et économiques de la classe moyenne et enrichir aussi l’Etat québécois par une fiscalité contre les mieux nantis et les grandes entreprises, fiscalité plus équitable, compte tenu des écarts de richesses grandissants dans notre société) demeureront lettre morte pour la plupart des engagements du PQ. Alors la classe moyenne continuera à son grand dam, si l’opposition libérale et caquiste bloque les projets du gouvernement de Mme Marois, d’assumer un fardeau fiscal inéquitable dont la taxe santé, la hausse des frais de scolarité, de possibles hausses des tarifs d’électricité, selon les “directives” de ces banquiers qui salivent déjà! Autrement dit, adieu redevances accrues pour la collectivité québécoise sur l’exploitation des ressources naturelles. Les actionnaires des minières, gazières et pétrolières ramasseront le “pot”, tandis que les Québécois de la classe moyenne se retrouveront gros Jean comme devant! Je ne comprends pas ce manque de solidarité sociale entre les Québécois francophones. Ils se sont une fois de plus tirés dans le pied, en agissant de manière individualiste, naïvement, sans approche stratégique.

    Le Québec va continuer de s’appauvrir pendant que les oligarques et les plus riches vont continuer de s’enrichir, sans aucune préoccupation pour l’environnement, l’éducation, la santé et la qualité de vie de la majorité. Voilà pourquoi, il aurait été important qu’au moins les Québécois souverainistes se regroupent autour du PQ.

  • Carole Dionne - Inscrite 6 septembre 2012 11 h 37

    Ouf

    On a eu peur de la majorité. Mme veut tout donner. C'est bien beau mais qui paie? Ah oui, les riches et les compagnies. Mais à un moment donné, les riches et les compagnies quittent le Québec. Ils ne sont pas plus fous que nous. Que nous resterait-il alors? Difficile de revenir en arrière. Sur le coup, tout est beau. Mais parfois, il faut voir plus loin que le bout de son nez et on peut éviter de se tirer dans le pied.

    Et je ne suis pas riche. Moins de$40,000 par an.

    • Claude Smith - Abonné 6 septembre 2012 15 h 35

      Si je vous ai bien compris Mme. Dion, nous allons assister sans réagir au fait que l'écart entre les riches et les moins nantis s'aggrandit constamment au profit des premiers et cela dans la crainte qu'ils nous quittent. Suivant votre raisonnement, nous allons nous retrouver gros Jean comme devant.

      Autrement dit, plus nous nous appauvriront, plus ils vont rester avec nous.


      Claude Smith

    • Simon Chamberland - Inscrit 6 septembre 2012 21 h 19

      M. Smith, les riches pourront continuer à investir et à s'enrichir. Ils le feront ailleurs qu'au Québec.

      Par contre il sera plus difficile pour les petits épargnants de conserver leurs revenus ou de faire rouler l'économie.

      Prenons l'obsession des gains en capitaux, si présents chez le PQ et QS.

      Considérons un taux d'imposition théorique de 40 %. Avec les gains en capital imposables à 50 %, le gain est imposable à 20 %.

      Donc si je veux investir 100 $, pour que l'investissement soit rentable, je dois avoir minimalement un rendement de 125 $, sans quoi je suis perdant. Et ce 125 $ exclue les coûts de financement et l'inflation. Dans les faits, le rendement doit plutôt être de 135 $.

      Si les gains sont imposés à 75 %, pour être rentable, le même investissement doit rapporter 143 $. Avec le financement et l'inflation, c'est plus proche du 153 $.

      Si les gains sont imposés à 100 %, on doit avoir minimalement 167 $, dans les faits, pour un an, plus près de 180 $.

      C'est simplement qu'investir au Québec sera moins intéressant, donc moins de gens investiront ici, ce qui fera travailler moins de personnes, ce qui augmentera le chômage, diminuera les entrées d'argent pour l'état et augmentera les dépenses.