Agriculture - Les producteurs en serre veulent de meilleurs tarifs d’électricité

Selon Louis Dionne, directeur général du syndicat des producteurs en serre du Québec, « il y a une panoplie de légumes qui pourraient être produits au Québec pour alimenter les grandes surfaces, on peut penser par exemple aux poivrons ou aux concombres. Mais on pourrait aussi produire davantage de laitues, comme ce qui se fait à Mirabel, où on produit des laitues Boston .»
Photo: Hydroserre Mirabel Selon Louis Dionne, directeur général du syndicat des producteurs en serre du Québec, « il y a une panoplie de légumes qui pourraient être produits au Québec pour alimenter les grandes surfaces, on peut penser par exemple aux poivrons ou aux concombres. Mais on pourrait aussi produire davantage de laitues, comme ce qui se fait à Mirabel, où on produit des laitues Boston .»

Les producteurs en serre du Québec souhaitent obtenir de meilleurs tarifs d’électricité, notamment pour être en mesure de produire sur une plus longue période de l’année et ainsi tenter de se tailler une place dans un marché très concurrentiel dominé par les produits étrangers. Le secteur serait alors en mesure de créer davantage d’emplois tout en facilitant l’achat local de légumes et de fleurs. Mais jusqu’ici, le gouvernement du Québec a fait la sourde oreille.


À quelques jours de la fin de la campagne électorale provinciale, le syndicat des producteurs en serre du Québec (SPSQ) rappelle donc que le prochain gouvernement qui dirigera le Québec devrait se pencher sur l’enjeu énergétique. Il faut dire que les serres du Québec doivent, par exemple, chauffer leurs installations. Cette dépense représente de 15 % à 30 % des coûts de production. Sans compter les besoins en éclairage pour les producteurs qui voudraient produire sur une plus longue période de l’année.


« L’électricité est un coût très important de la production », souligne Louis Dionne, directeur général du syndicat des producteurs en serre du Québec, en entrevue au Devoir. Or, ajoute-t-il, les entreprises doivent habituellement se contenter du tarif domestique offert par Hydro-Québec. Celui-ci se situe au minimum entre 5,3 ¢ et 7,5 ¢ le kilowattheure (kWh). À titre de comparaison, plusieurs grandes entreprises, dont des minières, ont droit au tarif L, soit 4,5 ¢ le kWh.


Qui plus est, Hydro-Québec est obligée d’acheter la production excédentaire de certaines entreprises qui exploitent leurs propres installations hydroélectriques. En 2013, ces achats et les autres effectués par la société d’État devraient dépasser les 500 millions de dollars, et ce, alors même qu’elle doit être aux prises avec des surplus jusqu’en 2027.


Une réalité que ne manquent pas de soulever les producteurs en serre du Québec. « Les producteurs en serre déplorent le manque de vision du gouvernement du Québec, qui permet à sa société d’État, Hydro-Québec, l’achat d’électricité à des producteurs privés, alors qu’elle se trouve en situation de surplus, et qu’il est impossible, pour plusieurs secteurs économiques, de compter sur un approvisionnement énergétique fiable et abordable », fait valoir André Mousseau, président du syndicat des producteurs.


Malgré les demandes répétées des entreprises serricoles, rien ne bouge, selon M. Dionne. « Hydro-Québec nous répond qu’elle offre un service et nous invite à nous adresser à la Régie de l’énergie. À la Régie, on nous fait sentir que nous sommes comme plusieurs autres secteurs qui réclament un tarif préférentiel. Et quand on cogne à la porte du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, on nous dit d’aller voir le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Tout le monde se lance la balle et nous n’avons aucune réponse. »


Certains joueurs du secteur bénéficiaient auparavant d’un tarif biénergie. Celui-ci permettait de combiner les énergies fossiles et l’électricité pour réduire les coûts. Mais cette mesure a été abolie en 2005. Depuis, les producteurs concernés ont connu une hausse moyenne de 8 % par année de leur tarif électrique. Conséquemment, leur coût de chauffage électrique a doublé en neuf ans.

 

Achat local


Louis Dionne estime pourtant que de meilleurs tarifs d’hydroélectricité contribueraient à améliorer la compétitivité des producteurs québécois. Ceux-ci sont en effet pris dans un système très compétitif. Au Québec, trois géants contrôlent 75 % des ventes en supermarchés. Cette situation d’oligopole leur permet d’imposer leurs règles aux producteurs québécois, qui sont placés en concurrence directe avec des produits ontariens, américains ou encore mexicains. Un phénomène qui pousse les prix vers le bas.


Pour pouvoir espérer se tailler une meilleure place, les entreprises d’ici devraient être en mesure de garantir un approvisionnement sur toute l’année, autant que possible. Cela impliquerait des coûts énergétiques pour chauffer les serres, mais aussi les éclairer une bonne partie de l’année. D’où la nécessité d’offrir des tarifs d’électricité qui permettent la poursuite des activités.


Car il y a bel et bien une industrie à développer au Québec. « Il y a une panoplie de légumes qui pourraient être produits au Québec pour alimenter les grandes surfaces, explique Louis Dionne. On peut penser par exemple aux poivrons ou aux concombres. Mais on pourrait aussi produire davantage de laitues, comme ce qui se fait à Mirabel, où on produit des laitues Boston. Même chose pour les fleurs. » Il rappelle que les serres sont présentes un peu partout au Québec, mais aussi que les soirées fraîches favorisent la production de légumes plus sucrés et dont le goût « est bien meilleur » que plusieurs produits importés, selon M. Dionne.


L’économie de plusieurs régions pourrait bénéficier des retombées économiques. À l’heure actuelle, le secteur des serres représente une valeur de ventes de 270 millions de dollars annuellement et génère 6200 emplois directs. « On pourrait en fournir beaucoup plus », affirme le directeur général du syndicat des producteurs en serre du Québec.


En définitive, l’achat local serait aussi logique d’un point de vue environnemental, puisqu’il réduirait la consommation d’énergies fossiles nécessaires pour transporter les produits sur des milliers de kilomètres. Qui plus est, le Québec s’orienterait vers une plus grande souveraineté alimentaire, insiste M. Dionne.

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