Le Québec pourrait accroître sa souveraineté alimentaire

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	Selon Michel Saint-Pierre, qui préside le cinquième Congrès mondial des agronomes qui aura lieu en septembre à Québec, les produits dits « de niche » — comme la canneberge — pourraient être davantage valorisés.</div>
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Selon Michel Saint-Pierre, qui préside le cinquième Congrès mondial des agronomes qui aura lieu en septembre à Québec, les produits dits « de niche » — comme la canneberge — pourraient être davantage valorisés.

Le Québec n’a jamais autant parlé de bouffe, alors que le secteur de l’agriculture se trouve, dans bien des cas, au plus mal. L’agronome Michel Saint-Pierre plaide donc pour une plus grande valorisation du secteur, notamment par le développement de vastes zones agricoles aujourd’hui inexploitées. Selon cet ancien sous-ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, il serait ainsi possible d’accroître notre souveraineté alimentaire tout en stimulant l’économie régionale.


Le Québec compte environ 3,5 millions d’hectares de terres agricoles, a rappelé mercredi M. Saint-Pierre, en entrevue au Devoir. Or, un million d’hectares sont actuellement inexploités. Ce qui fait dire à l’agronome que l’État québécois est mûr pour la mise en place d’une « politique beaucoup plus dynamique d’exploitation des terres agricoles qui ne sont présentement pas exploitées ». Pour parvenir à stimuler l’implantation de nouvelles entreprises, il suggère de mettre en place des programmes d’occupation du territoire assortis d’incitatifs pour appuyer la production dans des secteurs adaptés aux régions d’accueil ou encore aux marchés locaux.


Potentiel de diversité


Il se dit toutefois conscient qu’on assiste depuis des années à un recul du nombre d’entreprises agricoles au Québec, notamment en raison des difficultés persistantes dans plusieurs secteurs. Mais Michel Saint-Pierre, ancien président-directeur général de la Financière agricole, estime que le Québec pourrait chercher à développer son potentiel pour le moment inutilisé.


« On peut produire davantage, mais aussi davantage de diversité au Québec, affirme- t-il. Les productions n’exigent pas toutes les mêmes conditions et le potentiel est différent d’une


Les produits dits « de niche » pourraient notamment être davantage valorisés. « On a l’avantage de vivre dans un territoire où les marchés, que ce soit en Ontario ou aux États-Unis, sont très importants. Dans l’esprit des gens, un produit de niche ne constitue pas une production importante, mais à New York, ça peut devenir un secteur majeur. »

 

Soutien financier


Selon lui, la clé demeure le soutien financier de l’État pour le démarrage, surtout dans des créneaux où l’atteinte de la rentabilité peut prendre un certain temps et exiger des efforts financiers importants. Il rappelle ainsi que les producteurs biologiques peinent toujours à obtenir le soutien dont ils ont besoin. Même chose pour la culture en serre ou encore l’horticulture, deux secteurs qui comptent pourtant des centaines d’entreprises au Québec.


L’auteur du rapport Une nouvelle génération de programmes de soutien financier à l’agriculture réitère d’ailleurs ses critiques à l’endroit de la forme que prend le soutien offert par le gouvernement aux agriculteurs. « Nos programmes ont été conçus et pensés à l’ère de la spécialisation. On a fini par étouffer l’agriculture. On produit en fonction du programme de soutien, et non pas en fonction de la demande », lance-t-il.


Mais cette façon de faire n’est pas, selon lui, adaptée aux défis du secteur. « Il faut aider les gens qui sont dans de nouvelles productions qui s’adressent à des marchés en fort développement, plutôt que de les amener dans des programmes qui soutiennent les secteurs traditionnels, explique M. Saint-Pierre. Dans un contexte où on doit diversifier nos sources de revenus, il y a sûrement de bonnes idées qui pourraient surgir. »


Il se dit convaincu qu’en développant davantage les nouveaux créneaux, mais aussi en valorisant la production locale, le consommateur québécois sera au rendez-vous. Et au bout du compte, le Québec pourrait acquérir une plus grande « souveraineté » alimentaire. Sans oublier un apport essentiel à l’économie des régions du Québec. Fait à noter, le secteur agricole est plus important que le secteur minier dans le PIB du Québec.

 

Congrès


Michel Saint-Pierre présidera par ailleurs le cinquième Congrès mondial des agronomes, qui doit se tenir du 17 au 21 septembre à Québec. Les quelque 1000 participants doivent surtout y discuter du défi que représentera le fait de devoir nourrir neuf milliards d’êtres humains en 2050. Et le défi est énorme : l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’il faudra produire un milliard de tonnes de céréales et 200 millions de tonnes de produits animaux supplémentaires chaque année, d’ici 2050, pour alimenter convenablement toute la planète.


En fait, il faudra accroître la production alimentaire de plus de 70 % d’ici 2050, le tout dans un contexte de raréfaction des terres arables et alors qu’on ignore quels seront les impacts des changements climatiques. Et personne, pour le moment, ne sait si l’humanité sera en mesure de relever le défi.

9 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 30 août 2012 08 h 11

    Non merci

    Si la souverainté alimentaire se résume à nous faire payer plus cher nos aliments et trop souvent de mauvaise qualité, je dit non merci.

    • Renaud Blais - Inscrit 30 août 2012 10 h 31

      Aliments pas chers,
      M. Labrecque, je vous souhaite de conserver votre santé même si vous souhaitez continuer à manger des aliments, pas chers, en provenance de pays où les normes de salubrité de coutent pas chers parce qu'elles en valent pas chers.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 30 août 2012 15 h 10

      Je vous comprend Mr. Labrecque... on peut manger de la ''scrap'' en quantité, le médecin est gratuit au Québec, alors...

      Pourquoi se priver des petits pois mange-tout, vendu comme produit ''frais'' du jour, venant directement du jardin... de Chine... ?

      Le principal, c'Est que tout les produits chimique et synthétique qui sont utilisé pour qu'il demeurent ''frais du jour'' pendant des semaines... ne goûtent pas trop... hein ?

      Et les enfants qui en mangent ? Pas problème, nous importerons des médicaments chinois qui vont sûrement pouvoir traiter les problèmes occasionnés par les traitements chimiques faient à notre alimentation importé. Et s'il ne peuvent les traiter ? Bof, nos enfants pourront mourir, car nous seront mort nous aussi, donc, nous ne souffrirons pas de les voir partir...

      Ah ! que chu donc intelligent !

  • André Michaud - Inscrit 30 août 2012 10 h 21

    Main d'oeuvre?

    Les québécois ne veulent plus travailler comme travailleurs agricoles , il faut faire venir la main d'oeuvre de l'amerique du sud et d'ailleurs.. Sans ces derniers nous n'aurions plus de fraises et bien d'autres produits à moins d'aller chacun les cueuillir ..

    On a beau avoir des terrains cultivables, il faut de la main d'oeuvre pour exploiter la terre. Les produits pour grande consommation viendront de plus en plus d'ailleurs ou les prix sont plus compétitifs pour les consommateurs.

    Il reste pour ici la production de produits plus de luxe, fromages, fruits et légumes bio..etc..pour les restaurants haut de gamme et les épicerie fines...

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 30 août 2012 12 h 34

    Une pomme par jour


    "Une pomme par jour garde le médecin au loin", dit le dicton chinois. Si on y ajoute un peu de cidre de pomme du Québec, c'est surprenant le nombre d'emplois qui seraient requis.

    Supposons 4 millions de Québécois (et pourquoi pas 8 millions ?) intéressés à appliquer ce régime pas trop désagréable quand même. Imaginez ce que représenterait pour notre économie sur une période d'une année la consommation de 4 millions de pommes par jour et de 4 millions de bouteilles de cidre par semaine! Des milliards, faites le calcul!

    De mon côté, je mange une pomme du Québec par jour depuis cinq an, et je bois chaque semaine en famille une bouteille de bon cidre mousseux extra sec des Pères de St-Benoît-du-lac (à 15$ la bouteille, non c'est pas cher!).

    Je fais ma petite part pour mon pays.

    Qu'en pensez-vous?

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 août 2012 14 h 54

    Souverainté alimentaire?

    Je n'ai rien contre la production de produits de niche, mais je me demande bien ce que ça a à voir avec la souveraineté alimentaire, qui devrait plutôt constituer à produire ici les aliments de base dont nous avons besoin pour vivre.

  • Bernard Terreault - Abonné 30 août 2012 15 h 09

    On devrait être prêt à payer le prix

    Aujourd'hui, l'alimentation ne représente plus que 10% ou moins des dépenses des ménages, alors que c'est l'ingrédient le plus essentiel à la vie! Si le Québec importe tant de nourriture, c'est en partie à cause de son climat trop froid. Mais si on dépend trop de l'étranger, on risque la pénurie si une catastrophe naturelle ou sociale (guerre, révolution) frappe nos fournisseurs. Il vaudrait la peine de payer un peu plus cher (disons le prix d'une sortie au cinéma par semaine, ou d'un concert rock par mois) pour être moins dépendants!