Une ligne ferroviaire pourrait traverser le Nord

La Caisse de dépôt, le Canadien National et cinq entreprises minières ont finalement convenu de lancer une étude de faisabilité en vue de la construction d’un très long chemin de fer dans le nord du Québec. Une infrastructure qui sera construite sur un territoire fragile, dont la facture se chiffrera en milliards de dollars et qui permettra aux géants qui contrôlent les imposants gisements de fer québécois d’exporter rapidement leur production à l’état brut.

« Le CN collaborera étroitement avec les sociétés minières du groupe et avec la Caisse afin de déterminer la meilleure conception et le moment opportun de développer une infrastructure ferroviaire pour exploiter le potentiel de production de minerai de fer de la fosse du Labrador dans le nord du Québec et le Labrador », a fait valoir hier son président-directeur général, Claude Mongeau, par voie de communiqué.


Afin de faire avancer le dossier le plus rapidement possible, le CN coordonnera, dans les prochains jours, la présentation d’une demande à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale en vue d’obtenir les permis nécessaires au projet. Ainsi, l’étude de faisabilité pourra être entreprise, « de même que les consultations nécessaires auprès de tous les intéressés concernés, notamment des Premières Nations ». Le communiqué ne fait pas mention d’une évaluation environnementale de la part d’instances québécoises, par exemple le Bureau d’audiences publiques. Il faut dire qu’il est question de rejoindre le Labrador, ce qui ferait en sorte que le projet serait de compétence fédérale.


L’étude sera en partie financée par la Caisse de dépôt, gestionnaire de plusieurs caisses de retraite. Dans son dernier budget, le ministre Raymond Bachand avait d’ailleurs annoncé que l’organisme prendrait part à ce projet de chemin de fer de plus de 800 kilomètres qui servira presque exclusivement aux entreprises minières et qui pourrait être en service dès 2017. Il permettrait de transporter des dizaines de millions de tonnes de fer chaque année jusqu’au port de Sept-Îles.

 

Minerai exporté par bateau


De là, le minerai serait exporté par bateau, notamment vers la Chine. Ce projet est pour le moins complexe, compte tenu du fait qu’il doit se déployer sur un territoire en bonne partie vierge, fragile, et qui subit des bouleversements en raison des changements climatiques.


La participation de la Caisse a été décriée par certains, dont le Parti québécois, qui y voit un investissement risqué pour une institution qui doit d’abord faire fructifier l’épargne de millions de Québécois. Il faut dire que le secteur minier est soumis à des cycles qui peuvent freiner net des projets qui paraissaient auparavant prometteurs.


Selon les premières estimations, une telle infrastructure coûterait entre trois et cinq milliards de dollars.

 

La Caisse estime pour sa part qu’elle pourrait tirer des revenus intéressants à long terme.


Certaines minières auraient toutefois hésité à s’engager à investir dans la construction éventuelle de ce chemin de fer, construction qui pourrait être lancée dès 2014. À la fin de juillet, M. Mongeau avait même prévenu que le CN attendait toujours des engagements de certaines minières avant de lancer une étude de faisabilité. Il avait alors donné « une ou deux semaines de plus » aux entreprises qui comptent tirer profit des ressources non renouvelables du Québec. Finalement, Cliffs Natural Resources, Labrador Iron Mines Holdings, New Millennium Iron Corp., Cap-Ex Ventures et Alderon Iron Ore Corp. ont décidé de prendre part à l’étude.


Il faut rappeler que certaines minières ont dit craindre que les tarifs imposés pour l’utilisation du long tronçon soient trop élevés. Des projets de chemins de fer privés ont même été élaborés au cours des derniers mois.


Le ministère des Transports du Québec a par ailleurs rendu publique en décembre dernier une étude de préfaisabilité pour un chemin de fer qui permettrait de relier l’extrême-nord du Québec au port de Sept-Îles. Selon cette étude réalisée par la firme Genivar, l’implantation d’un lien ferroviaire de 600 kilomètres entre Schefferville et Kuujjuaq, un projet qui bénéficierait directement aux minières qui comptent profiter du Plan Nord, coûterait au moins 2,5 milliards de dollars. Le gouvernement pourrait d’ailleurs être forcé d’acquitter une bonne partie de la facture.


Une ardoise à laquelle il faudrait ajouter les coûts d’entretien annuels, évalués à 18 millions. Genivar a aussi calculé que, si ce projet était financé sur une période de 30 ans, les remboursements en capitaux et en intérêts atteindraient 5,8 milliards de dollars. Ce nouveau lien, qui traverserait deux secteurs pourtant « réservés aux fins de parcs », pose aussi plusieurs défis. Une partie du tracé se retrouverait dans le pergélisol et il faudrait franchir plusieurs cours d’eau. Depuis le dépôt de l’étude de Genivar, le gouvernement Charest n’a pas dit ce qu’il entendait faire avec ce projet.


Selon ce que constatait récemment Le Devoir, le gouvernement Charest a aussi lancé des études préliminaires en vue de la construction éventuelle de trois ports dans des zones très reculées du Nord. Ces infrastructures serviraient presque exclusivement aux minières qui souhaitent exporter des ressources minières à l’état brut, sans aucune transformation sur le territoire québécois.


Il s’agirait en fait de construire un port en eaux profondes à Whapmagoostui-Kuujjuarapik, sur les rives de la baie d’Hudson. Ce village de 1500 personnes n’est pas relié par la terre ferme au reste du Québec. Le gouvernement du Québec a par ailleurs entrepris les étapes préliminaires en vue d’établir un quai en eaux profondes « dans le secteur de Kuujjuaq », dans la baie d’Ungava. Fait à noter, ce projet ne figurait pas dans les documents présentés en mai 2011 lors du lancement du Plan Nord.


Le Plan Nord libéral prévoit des dizaines de milliards de dollars d’investissements publics dans le développement d’infrastructures conçues pour faciliter les projets menés par l’industrie extractive.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 12 août 2012 09 h 46

    C'est choses faites

    Faut-il désenclaver le Nord, le fédérale le croit, ils ont trop de responsabilités territoriales ,écomiques envers les peuples qui y vivent, pour qu'il n'en soit pas ainsi, L'astuce, faire construire par le Québec, la ligne de chemins de fer, tandis que John James Charest est au pouvoir. Faire en sorte que les difficultés avec la population québécoise, indienne, esquimaude, les mines, les écologistes, soient reglés, avant son départ.
    c'est choses faites. M. John James Charest n'a plus qu'a attendre la reconnaissance normale en de tel situation et assurer ses vieux jours