Le marché de l’amiante à l’agonie?

Montréal et New Delhi – Un grand acheteur d’amiante de Mine Jeffrey en Inde, Hyderabad Industries Ltd, a commencé à remplacer le chrysotile par des fibres synthétiques dans ses produits de ciment. Même si un consortium international d’épidémiologistes appelle à un bannissement mondial de l’amiante et que la Thaïlande pourrait l’interdire dans les prochains mois, le président de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, assure n’avoir aucune inquiétude quant à la rentabilité. La relance de la mine est rendue possible par un prêt de 58 millions du gouvernement du Québec.

Hyderabad Industries Ltd, en Inde, tente de « réduire sa dépendance » envers l’amiante en la remplaçant par des fibres synthétiques fabriquées par Reliance Industries Limited (RIL). En entrevue avec le quotidien d’affaires indien Business Standard, le responsable de la recherche et du développement chez Hyderabad Industries, S. Jagadesh, a affirmé que l’utilisation de la fibre synthétique a permis une augmentation de 5 % de la productivité et une économie de 7 %. « Nous utilisons la fibre de RIL depuis un certain temps, et nous sommes très contents des résultats », a-t-il affirmé dans une entrevue publiée le 29 juillet. De 10 % l’an dernier, l’usine remplacera cette année 20 % de l’amiante.
 
Le chrysotile sert à renforcer le ciment et à en augmenter la durabilité. Mais 1 % de la fibre synthétique mise au point par RIL pourrait remplacer, selon le fabricant, 4 % d’amiante.
 
L’usine d’amiante-ciment d’Hyderabad sert de vitrine à cette industrie. On aime la faire visiter aux journalistes, car ses équipements sont automatisés. Le Devoir avait d’ailleurs eu droit à une visite guidée en février 2011.

D’autres, comme Ramco Industries ou Visaka Industries, commencent à utiliser la fibre synthétique. Ramco est également cliente de Mine Jeffrey. RIL vise aussi le marché thaïlandais. Pour cause : les autorités thaïlandaises ont tenté de bannir l’amiante en avril 2011. Le ministre de l’Industrie a demandé un délai dans l’application de la résolution afin de trouver des substituts, indiquait dernièrement une agence de presse thaïlandaise, et l’interdiction pourrait se concrétiser à l’automne.
 
Ulan Marketing, une compagnie thaïlandaise, a mis 14 millions de dollars dans la relance de Mine Jeffrey sous forme de prêt, selon les informations obtenues par La Presse. C’est également un client de l’entreprise. Les hommes d’affaires Bernard Coulombe et Baljit Chadha fournissement 11 millions, alors qu’Investissement Québec a consenti, fin juin, un prêt de 58 millions.
 
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), et plus dernièrement le comité mixte des politiques des sociétés d’épidémiologie, rejette l’affirmation voulant que l’amiante puisse être utilisé de façon sécuritaire. Selon l’OMS, 107 000 personnes meurent chaque année d’une maladie causée par une exposition à l’amiante.
 
Mine Jeffrey confiante

Le président de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, ne s’inquiète pas. Selon lui, Hyderabad Industries continuera à lui acheter de 7 à 8 % de sa production. « J’ai des lettres officielles qui disent qu’ils sont désespérés d’avoir notre fibre, ils en prendraient deux fois plus que ce que je suis capable de fournir », affirme-t-il. Sur 25 à 30 clients, Hyderabad figure parmi les dix principaux, selon M. Coulombe. Il ne se sent pas menacé par la concurrence de la fibre synthétique, car cette dernière est plus coûteuse et moins résistante, selon lui. « Oui, notre produit va devenir plus rare et c’est normal que les entreprises cherchent à diversifier », ajoute-t-il.
 
M. Coulombe reconnaît que la Thaïlande, où il écoule 10 % de sa production, semble se diriger vers un bannissement. « Il y aura peut-être un bannissement graduel. Mais je peux placer ma fibre au Laos, au Pakistan, en Inde, au Mexique…, dit-il. Même si le marché baisse encore, les grandes mines dans le monde s’épuisent et la demande va rester. »

Un marché à l’agonie ?

Selon Mohit Gupta, de l’organisation citoyenne OEHNI (Occupational and Environmental Health Network of India), cette nouvelle fibre de polyester est « peut-être » un signe additionnel que l’Inde s’achemine lentement mais sûrement vers l’élimination de l’usage de l’amiante.
 
« Mais nous n’en connaissons pas la composition. Il est encourageant que l’industrie semble vouloir diminuer son recours à l’amiante, mais si c’est pour remplacer un produit dangereux par un autre… Est-il plus sûr ou non ? On fait des démarches auprès de RIL pour avoir des précisions. » Car la fibre synthétique doit également prouver son innocuité.
 
L’industrie prépare-t-elle sa vie post-amiante ? M. Gupta observe sans s’emballer qu’elle commence à discrètement reconnaître que d’ici 10 ou 15 ans, l’usage de l’amiante sera banni en Inde.
 
De son côté, dit M. Gupta, le gouvernement semble enfin « prendre conscience du risque » que représente l’amiante. Le ministère indien du Travail a présenté en septembre 2011 un énoncé de politique dans lequel il dit « envisager d’interdire l’usage de l’amiante en Inde pour protéger les travailleurs et la population en général ». En avril dernier, le ministère a fait un pas de plus, ajoute M. Gupta, en énonçant une politique nationale de santé et de sécurité au travail visant « l’identification, l’élimination et le contrôle de l’asbestose en Inde ». L’initiative est sans précédent.
 
M. Gupta trouve dans ce contexte fort « contradictoire » que Mine Jeffrey obtiennent des fonds publics pour relancer ses activités sous l’impulsion d’un consortium indo-thaïlandais, alors que ses marchés d’exportation risquent de se tarir : à plus long terme dans le cas de l’Inde, à très brève échéance dans le cas de la Thaïlande.
26 commentaires
  • Marc Drouin - Abonné 3 août 2012 01 h 03

    Les votes en avant ....

    Les bonne veilles méthodes ou comment achetez des votes... Que l'on me parles de faire de la politique autrement par la suite... Avec des slogants aussi vides que creux (non mais 250 000 emplois n'importe quoi... et 58 millions de fonds publics pour une industrie qui doit disparaître. CHOQUANT...

    • Serge Lemay - Inscrit 3 août 2012 08 h 24

      ou comment perdre des votes, j'ose espérer que certaines personnes qui auraient voté pour les libéraux, ont changé d'idée en les voyant investir aussi démagogiquement dans un secteur autant décrié que l'amiante...

      Plus ça va, plus être Canadien ou par la force des choses Québécois, c'est être un pollueur, avec l'amiante on devient pollueur et criminel au même titre que les grandes compagnies de cigarettes qui ont fermés les yeux sur les dangers pour la santé.

    • Claude Paradis - Abonné 3 août 2012 09 h 10

      Je trouve également fort triste qu'on essaie ainsi de gagner de l'électorat en finançant une industrie qui n'a plus sa raison d'être. Les scientifiques s'entendent pour condamner l'utilisation de l'amiante, mais le gouvernement libéral préfère fermer les yeux et financer la mine Jeffrey d'Asbestos. Il serait préférable d'investir cet argent pour aider cette région à orienter autrement son économie.

  • Alexandre Castonguay - Abonné 3 août 2012 01 h 15

    Absence de fibre éthique...

    L'investissement dans l'exploitation de la mine d'amiante et l'exportation vers des pays tiers aux lois moins strictes que la nôtre est digne d'un gouvernment qui n'a plus la moindre fibre éthique. L'émission américaine 'the daily show' a déjà ridiculisé le promoteur et le Québec de M. Charest. -> http://vimeo.com/24195092

    La garantie de prêt est en fait liée au don de 20 000$ de l'entrepreneur Baljit Chadha à la caisse du Parti de Jean Charest comme le relève le site http://liberaux.net :

    "De plus, le principal promoteur de la relance de la mine Jeffrey, Baljit Chadha, président de Balcorp, a déjà organisé une activité de financement pour le Parti libéral du Québec en compagnie du premier ministre Jean Charest, en 2009. Ce cocktail de financement s'est tenue à la résidence personnelle de Westmount du président de la firme Balcorp, et aurait apporté 20 000$ à la caisse du parti."

    • Djosef Bouteu - Inscrit 3 août 2012 17 h 19

      Tiens, encore les enveloppes brunes. C'est devenu une véritable tradition du parti libéral-conservateur (tant au fédéral qu'au national) depuis 1995 avec le vol du référendum.

  • Maïte Verreault - Inscrite 3 août 2012 05 h 24

    A Mr Couillard

    Le soucis n'est pas l'impact que l'amiante a sur la santé des travailleurs québécois, car nous avons ici des normes assez strictes et relativement bien respectées pour la manutention de l'amiante. Ce n'est toutefois pas toujours le cas dans les usines des pays émergeants comme l'Inde ou la Thaïlande, et c'est pour ces travailleurs et éventuellement toutes les personnes exposées aux produits dérivés que les gens s'inquiètent. Allez voir le lien recommandé par Mr Castonguay: http://vimeo.com/24195092

    • Claude Smith - Abonné 3 août 2012 09 h 00

      Vous dites : Nous avons ici des normes assez strictes et relativement bien respectées pour la manutention de l'amiante. Et pourtant, il y en a qui persistent à dire qu'il est impossible de l'utiliser d'une façon sécuritaire.

      En second lieu, il faudrait examiner attentivement les produits de remplacement comme les fibres synthétiques.

  • Serge Grenier - Inscrit 3 août 2012 06 h 16

    Pourquoi pas maintenant ?

    S'ils savent que ça va être interdit dans 10 ou 15 ans, alors pourquoi ne pas arrêter dès maintenant.

    Qu'y a-t-il aujourd'hui qu'il n'y aura pas dans 10 ou 15 ans ?

    Serge Grenier

    • Danny Garant - Inscrit 3 août 2012 08 h 24

      Un produit de remplacement avec des propriétés aussi intéressante que l'amiante et "vert". L'amiante était utilisé à tout usage du à des propriétés exceptionnel.
      Le problème avec la fibre synthétique de polyester, c'est que c'est un composé dérivé du pétrole. Quand on veut bâtir une économie moins dépendante du pétrole, il faut y songer à deux fois avant de bannir l'amiante.

      Est-ce que j'interdit l'amiante parce que des organisme me disent que c'est dangereux mais ne m'informe pas quantitaivement sur les risques et les moyens de protections?
      Ou est-ce que je fais mes lectures pour établir et appliquer des normes de sécurité car les produits de remplacement ne réponde pas à mes besoins présent et futur?

    • Joey Hardy - Inscrit 3 août 2012 08 h 26

      Mr Grenier, aujourd'hui il y a 58 millions en "prêt". Nous savons tous deux qu'ils changeront de nom et déclareront faillite pour ne pas rembourser. Voilà ce qu'il n'y aura pas dans 10 ou 15 ans; 58 millions.

    • Serge Lemay - Inscrit 3 août 2012 08 h 29

      Des votes aujourd'hui, demain, on verra comme disait l'autre !!!

    • Michel Miclot - Inscrit 3 août 2012 09 h 00

      Il y a 58 milions de dollars volés au peuple Québécois et qui vont se retrouver rapidement dans les paradis fiscaux. Combien dans l'enveloppe pour les intervenants libéraux ?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 3 août 2012 17 h 31

      @Michel : Au moins 20 000$ pour la caisse électorale des libéraux. Ça s'est seulement le montant connu. Il y a probablement eu de nombreuses enveloppes de distribuées.

  • Carole Dionne - Inscrite 3 août 2012 06 h 19

    Encore un chum à Charest, j'imagine?

    Et Charest parle d'intégrité. HUM