Tous les moyens sont bons pour réussir à Wall Street

Le siège social de la banque américaine JP Morgan Chase, à New York, qui avait révélé une perte-surprise de 2 milliards au printemps dernier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Stan Honda Le siège social de la banque américaine JP Morgan Chase, à New York, qui avait révélé une perte-surprise de 2 milliards au printemps dernier.

Les banquiers de Wall Street et de la City continuent d’avoir mal à leur éthique. Le quart des répondants à une enquête réalisée auprès de cadres des secteurs financiers de New York et de Londres ont estimé qu’il pouvait être nécessaire de recourir à « des activités illégales ou contraires à l’éthique pour réussir ». Ils ont été tout aussi nombreux (26 %) à affirmer avoir « été les témoins directs ou avoir eu connaissance de première main de méfaits commis sur leur lieu de travail ».

« Il est pour le moins troublant de constater que, quatre ans après le début de la crise économique mondiale, il continue d’y avoir un manque fondamental d’intégrité dans l’industrie financière », a déclaré Chris Keller, associé au cabinet d’avocats new-yorkais Labaton Sucharow, commanditaire de l’enquête Internet réalisée le mois dernier auprès de 500 hauts responsables américains et britanniques issus des différentes branches d’activité de l’industrie financière.

Le resserrement des règles et l’augmentation des moyens de surveillance décidés dans la foulée de la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers seraient loin d’avoir l’effet dissuasif escompté. Seulement le tiers des répondants britanniques (34 %) et à peine le quart de leurs homologues américains (26 %) estiment, en effet, que les agences publiques chargées de faire la police dans leur secteur (Security of Exchange Commission (SEC) aux États-Unis, et Serious Fraud Office (SFO) au Royaume-Uni) parviennent à décourager, investiguer et poursuivre les auteurs d’éventuels délits.


Ça tombe mal, parce qu’un répondant sur six avoue qu’il irait jusqu’à commettre un délit d’initié si cela pouvait lui rapporter 10 millions et qu’il avait de bonnes raisons de croire qu’il parviendrait à s’en tirer sans se faire arrêter. « Fait peut-être encore plus troublant, seulement 55 % de tous les répondants ont rejeté catégoriquement l’idée de poser un tel acte criminel », déplore le rapport d’enquête.


Cette étude survient en plein scandale sur la manipulation des taux interbancaires (Libor) en Angleterre et aux États-Unis. Elle suit de peu la révélation de pertes exceptionnelles par la banque américaine JP Morgan Chase et la démission fracassante d’un vice-président de Goldman Sachs qui dénonçait le manque de loyauté de sa banque à l’égard de ses propres clients.


À l’origine de la Grande Récession, le secteur financier a fait l’objet de multiples critiques, été le théâtre de quelques actes de contrition et mené à de nombreux appels de réforme. On lui a reproché notamment ses salaires faramineux et juteuses primes calculées en fonction de résultats à court terme n’ayant souvent rien à voir avec l’intérêt économique général, ni même celui des clients.


À en croire l’enquête, la situation n’a pas autant changé qu’on l’aurait espéré. Près du tiers (30 %) des cadres interrogés ont rapporté toujours sentir s’exercer sur eux « une pression découlant de leur mode de rémunération ou de leur système de primes et les poussant à prendre des libertés avec les normes éthiques ou de violer la loi ». Le quart (26 %) des banquiers britanniques et le cinquième (19 %) de leurs homologues américains se sont aussi dits soumis à d’autres formes de pressions les poussant à commettre le même genre de fautes.

 

La femme, le concurrent et l’employeur


Bien que généralement similaires, les tendances observées à Wall Street et à la City présentent quelques autres petits écarts, parfois favorables aux uns, et parfois favorables aux autres. Certaines différences s’observent aussi entre les hommes et les femmes, 19 % des répondants masculins s’étant, par exemple, montrés très ouverts au fameux scénario sur le délit d’initié de 10 millions, contre seulement 10 % chez les femmes.


Comme en d’autres choses, on a généralement une meilleure opinion de soi-même que des autres. Près de 85 % des personnes interrogées ont estimé que leurs propres entreprises maintenaient des normes éthiques plutôt sinon très élevées et mettaient l’intérêt de leurs clients devant tout, alors que quatre répondants sur dix ont dit croire que les firmes concurrentes mènent des activités illégales ou contraires à l’éthique pour avoir plus de succès.


Cette confiance dans son propre employeur a toutefois des limites, note la firme Labaton Sucharow, qui s’est associée à une campagne encourageant les professionnels à dénoncer les méfaits dont ils sont témoins. Bien que seulement 14 % des répondants aient estimé qu’une telle dénonciation leur vaudrait très probablement des représailles, à peine le tiers (35 %) se disent absolument certains que leurs employeurs n’oseraient pas leur en faire reproche.

35 commentaires
  • Daniel Houx - Inscrit 11 juillet 2012 05 h 22

    Pas surpris pantoute

    Ça ne me surprend pas du tout.

    Les gens de la finance sont là pour faire de l'argent avant tout autre chose; c'est leur métier. Idéalement ils voudraient bien le faire légalement mais, bien souvent, les actions les plus payantes frisent l'illégalité.

    Comme ils sont souvent amenés à être près de la limite entre légal ou non, la frontière entre les deux devient floue. Ce qui amène certaines personnes à franchir cette frontière, probablement de très peu au début. Mais une fois que le premier pas est fait, c'est si facile de recommencer. Surtout si ce premier écart a été rentable.


    Il faudrait évidemment renforcer la surveillance et durcir les peines
    en cas de fraude. Mais ce ne sera pas facile.

    Qui parmi les citoyens ordinaires n'a pas essayé de frauder l'impôt, juste un petit peu??

    Qui parmi les citoyens ordinaires résisterait à 10 millions sans commettre d'acte violent et sans risque de se faire prendre?

    Qui parmi les citoyens ordinaires roule toujours en respectant les limites de vitesse?

    • Gaston Bourdages - Inscrit 11 juillet 2012 07 h 02

      Mercis Monsieur Houx.
      Ouais et Ouache...que vous avez donc raisons. Moralité, conscience, intégrité, transparence vertus possible à l'Homme. Et leurs antonymes si près: vices.
      Vos propos: à ras le sol et combien pertinents.
      Mercis pour ces miroirs offerts. Je m'y suis reconnu.
      Mes respects à vous!
      Gaston Bourdages
      Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
      Saint-Valérien de Rimouski
      http://www.unpublic.gastonbourdages.com

    • Jean-Claude Archetto - Inscrit 11 juillet 2012 08 h 04

      Vous avez raison , on ne peut pas s'attendre à une quelconque moralité de gens qui ont pour seule éthique de faire le plus de cash possible et qui ne se soucient guère des dommages collatéraux de leurs agissements.

      Ces dommages collatéraux, familles aaculées à la faillite, chômage ,augmentation de la pauvreté pour des centaines de millions de personnes,ont pourtant découlés de la crise financière de 2008 qu'ils ont si savamment orchestrés.

      C'est aux gouvernements de resserrer les règles et de policer le monde des escrocs à cravate, mais comme une partie de leurs gains sert justement à s'acheter ces mêmes gouvernements souvent formés de gens qui partagent la même éthique que la leur comme le disent si bien les Français "On est pas sorti de l'auberge"...

    • France Marcotte - Abonnée 11 juillet 2012 09 h 33

      Votre analyse manque d'altitude monsieur Houx.

      Passez donc à une autre échelle, par exemple du haut des airs, de façon à embrasser même les gratte-ciel comme éléments du paysage...ni plus ni moins.

    • Julie Savoie - Inscrite 11 juillet 2012 10 h 20

      Vous vous trompez en disant "sans commettre d'actes violents". C'est là tout le drame de Wall Street, les décisions des courtiers et dirigeants ont des impacts directs sur la qualité et la survie de millions de personnes, mais le lien ne semble pas se faire dans leur tête entre les chiffres inscrits sur l'écran pour trader et les affamés du monde qui fouillent les ordures pour se nourrir de détritus. Ou peut-être que le lien se fait, mais il est si facile de l'ignorer ou de le refouler, quand l'innocence feinte ou entretenue permet de s'offrir des tas de babioles aux prix exorbitants que beaucoup considèrent comme les synonymes de la réussite. Misère...

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 11 juillet 2012 12 h 41

      ... Pour les limites de virtesse: je suis certain que s'il y avait un logiciel installé aus voitures qui comparerait le comportement de l'automobile avec le code de la sécurité routière, tout le monde ferait tellement de contravention que ce serait inutile d'aller travailler! Ce serait la fin du travail. Il vaudrait mieux payer les gens pour rester à la maison d'ailleurs que les laisser faire à dépenser du pétrole aux lumières rouges. C'est ce que pensait feu Buckminster Fuller...

  • France Marcotte - Abonnée 11 juillet 2012 06 h 00

    Grand écart

    On peut au moins se consoler en se disant que pour une fois une enquête a permis qu'on pose des questions aux principaux intéressés.

    D'ailleurs, leur poser régulièrement ces questions pour qu'ils formulent clairement et en toute conscience la nature des gestes qu'ils posent machinalement ou seraient prêts à poser demain, ne serait-ce pas un bon début de thérapie "par le dire" comme il y a des thérapies "par le rire"?

    Car toute la culture des pays capitalistes, particulièrement des États-Unis, est imprégnée par des valeurs qui mènent sans surprise à ces débordements dans les quartiers des finances.
    C'est volontairement et dès le berceau que l'on adhère plus ou moins consciemment à ces valeurs "libérales" de l'individu qui se fait lui-même, envers et contre tout.

    Et le cinéma que l'on ingurgite au goulot en amène constamment de nouveaux inspirants modèles.
    Exemple parmi tant d'autres, dans le film «Agents troubles» de Martin Scorsese, le jeune protégé d'un caïd se fait dire très tôt qu'il n'arrivera à rien en étant respectueux des autres et des règles.
    «Dans la vie, quand tu veux quelque chose, il faut le prendre»...la fin justifie les moyens.

    «Le respect c'est pour les moumounes», voilà une belle devise à mettre aux portes des banques.

    • Denis Raymond - Inscrit 11 juillet 2012 22 h 23

      Bien dit.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 11 juillet 2012 06 h 57

    Tous les moyens...pour réussir...

    Réussir QUOI au juste? Puis, POURQUOI vouloir TANT réussir? Au nom de quoi?
    J'y porte des expériences. Grisé par un certain pouvoir, frissonnant à brasser des millions de chiffre d'affaires, habité par une BÊTE prête à poser des gestes où intégrité, honnêteté et transparence en auraient pris pour leur rhume, je me suis retrouvé avec justesse et justice derrière des barreaux. Et de prison et de pénitenciers. J'avais à y aller. J'ai connu, expérimenté et me suis même gargarisé d'une telle élasticité de conscience. Quel «pôvre» et si près... dégoûtant spectacle!
    Je comprends ce «UN sur SIX qui irait jusqu'à commettre un délit...»
    Prison et pénitenciers sont, pour qui le veut bien, endroits extraordinaires de réflexions, de méditations, de prises de conscience, de regards dans le miroir. Vous connaissez l'expression: «Où est-ce que tu t'en vas avec tes skis?» C'est un des genres de question que l'emprisonnement favorise...encore pour celle ou celui qui le veut bien. «Sortir» de sa criminalité...ponctuelle ou récidiviste...c'est aussi un choix...un LIBRE choix. Personne n'oblige «l'autre» à se prendre en mains.
    Mercis Monsieur Rioux de nous rappeler qu'une BÊTE est possible et disponible(sic) à l'Homme. Cette bêtise humaine qu'à laquelle semblent échapper un nombre incroyable de «bêtes» à quatre pattes. J'ai fait pire que la Bête. Ouache!
    Et, avec des aides grosses comme...«Le Monde», j'ai eu les privilèges de faire la paix. Avec les autres...lorsque possible et finalement avec moi. Tout un voyage!
    Mes humbles respects Monsieur Rioux.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
    Saint-Valérien de Rimouski
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com

    • Serge Clement - Inscrit 11 juillet 2012 08 h 58

      Réussir quoi?
      Réussir à entretenir des disparités économiques telles que d'aucuns se demandent comment cacher autant d'argent au fisc alors que d'autres se demandent si eux et leurs enfants pourront manger ou boire. Je ne parle même pas de se vêtir, se laver ou se soigner!
      Disparités au point de tolérer la pauvreté alors qu'on sait que la population du globe pourrait avoir un niveau de vie décent. Certaines études ont démontré qu'avec le désir et la bonne volonté des nations dites riches et 50 milliards annuellement, la pauvreté serait éradiquée, cette pauvreté qui dénie actuellement la dignité et l'intégrité de chaque être humain.
      La réussite financière (plus vaut mieux) ne peut se faire qu'au détriment de notre espèce car en tolérant l'extrême pauvreté, la race humaine se déshumanise. Il n'est point besoin d'aller à Dubaï pour le constater, restons au Québec, "Think big" disait Elvis Gratton. Ce n'est pas clair? Regardez comment nous, société québécoise, nous avons besoin de nous entourer de voitures, de maisons toujours plus grosses (c'est fou les quartiers "big shot" qui se développent), comment nous avons besoin de nous sentir riches, plus riches, plus riches que l'autre, pour avoir le sentiment d'être quelqu'un!
      J'ai souvent eu envie d'être "itinérant", d'oser affirmer mon refus de cette société avide de pouvoir et de différence, je n'ai pas encore réussi à le faire. Cependant et dieu merci, il existe des espaces comme celui-ci sur le Devoir pour vider ma poubelle. Mieux, on y rencontre de plus en plus de gens découragés par un système incohérent mais encouragés par cette masse silencieuse qui peu à peu s'exprime. J'ai été et je reste porté par cette clameur ressentie et entendue à la marche pour la planète du 22 mars, j'en reste encore transporté par l'espoir que c'est plus qu'une mode mais un début de révolution humaniste, entretenue et rythmée par les casseroles.
      Longue vie aux casseroles

  • Michel Pasquier - Abonné 11 juillet 2012 07 h 16

    Et alors, pourquoi se gêner ?

    Ces gens là, qui sont d'une arrogance incroyable auraient bien tort de se priver; ils peuvent frauder et empocher les millions de dollars; ça c'est privé. S'ils se plantent, pas de problème, le gouvernement va les renflouer; ça c'est public, nous les contribuables on va payer.
    Si au lieu de faire de beaux discours jamais suivis d'effet Obama en avait envoyé quelques uns en prison, après les scandales de 2008 nous n'en serions pas là. Il s'est par ailleurs bien gardé de donner une autorité quelconque à Paul Volcker pour remettre ces gens à leur place.

  • François Dugal - Inscrit 11 juillet 2012 07 h 47

    Les banquiers

    Que fait un voleur quand il travaille dans une banque?