Le scandale des taux d’intérêt - Le patron démissionnaire fait son mea-culpa devant les députés

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	Différentes expressions du directeur général démissionnaire de la Banque Barclays, Bob Diamond, lors de son témoignage devant les députés britanniques.</div>
Photo: Associated Press
Différentes expressions du directeur général démissionnaire de la Banque Barclays, Bob Diamond, lors de son témoignage devant les députés britanniques.

Au lendemain de sa démission, l’ex-patron de la banque Barclays, Bob Diamond, a reconnu hier des « erreurs » et « comportements répréhensibles » au sein de l’établissement, devant des députés britanniques qui lui demandaient de s’expliquer sur le scandale du Libor.

Une semaine après la révélation de l’affaire des manipulations de taux interbancaires, qui a décapité la deuxième banque britannique, l’Américain était convoqué devant la commission parlementaire du Trésor. « Il y a eu manifestement des erreurs, manifestement il y a eu des comportements répréhensibles », a reconnu M. Diamond. « Je suis désolé, je suis déçu et je suis également en colère car il n’y a pas d’excuse pour ces comportements. »
 
Selon lui, quatorze courtiers de Barclays ont pris part à ces actions. Il a toutefois affirmé que la direction de la banque avait géré le problème « de manière appropriée » dès qu’elle en a eu connaissance, soulignant que les autorités réglementaires ont salué la coopération de l’établissement pendant l’enquête.
 
Le scandale a éclaté mercredi dernier, lorsque Barclays a révélé qu’elle allait payer au total l’équivalent de 290 millions de livres — soit environ 464 millions $CAN — pour mettre fin à des enquêtes des régulateurs britannique et américain dans une affaire de manipulation du taux interbancaire britannique Libor et européen Euribor entre 2005 et 2009. Ces taux interbancaires définissent le prix auquel les banques se prêtent de l’argent mais aussi, indirectement, ceux des crédits aux ménages et aux entreprises.
L’affaire menace désormais de s’étendre au rôle de la Banque d’Angleterre et du gouvernement travailliste de l’époque. Le ministre conservateur des Finances, George Osborne, a en effet estimé que l’entourage de l’ancien premier ministre travailliste Gordon Brown était « manifestement impliqué » dans l’affaire, dans un entretien à l’hebdomadaire The Spectator.
 
Barclays avait révélé mardi une discussion téléphonique entre M. Diamond et l’un des vice-gouverneurs de la Banque d’Angleterre, Paul Tucker, au moment de la crise financière de 2008. Un ancien patron de Barclays Capital, Jerry del Missier, qui a démissionné mardi, a interprété les propos de M. Tucker comme un encouragement à abaisser les taux du Libor. Cette pratique aurait permis à la banque d’apparaître en meilleure santé financière qu’elle ne l’était en réalité. « Whitehall [terme générique pour évoquer les ministères] avait été informé que Barclays avait le Libor le plus élevé. Ils pouvaient penser que nous ne pouvions pas nous financer et qu’il fallait nationaliser la banque », a indiqué M. Diamond, pour expliquer la teneur de la conversation avec M. Tucker.
 
Ce dernier a demandé à être entendu par les députés « dès que possible » pour présenter sa version des faits.
 
Plus en détail, l’ancien patron de la banque britannique a expliqué que son institution a menti concernant les taux auxquels elle empruntait de l’argent en octobre 2008 parce que d’autres banques déclaraient des taux encore plus faibles, ce qui faisait mal paraître Barclays et nuisait à ses efforts pour obtenir du financement au Qatar. Les banques s’empruntent mutuellement de l’argent sur une base quotidienne et annoncent à quel taux d’intérêt ces emprunts ont été effectués. Ces données servent ensuite au calcul d’autres taux d’intérêt. Si une banque doit accepter des taux plus élevés que ses rivales pour emprunter de l’argent, cela peut indiquer qu’elle éprouve des problèmes financiers.
 
Bob Diamond a expliqué que Barclays a déclaré de faux taux d’intérêt pour éviter d’attirer l’attention du gouvernement, qui aurait pu croire qu’elle se trouvait en péril. Il a affirmé que les taux annoncés par Barclays étaient exacts jusqu’en octobre. La banque a pu décrocher du financement et a traversé la crise financière sans bouée de sauvetage gouvernementale. Il a précisé que des rumeurs concernant la santé financière de Barclays auraient mis en péril le financement de 10,5 milliards $US que la banque était sur le point d’obtenir.
 
M. Diamond avait annoncé sa démission mardi, suivi un peu plus tard par le tout nouveau directeur des opérations M. del Missier, laissant à la banque la tâche difficile de leur trouver des successeurs.
 
Le scandale promet de s’étendre au fil des enquêtes. D’autres banques, comme Royal Bank of Scotland (RBS), sont en effet incriminées dans cette affaire. En plus du volet réglementaire, les autorités britanniques envisagent également des poursuites pénales contre les banquiers concernés.
 
Par ailleurs, le premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur ce « scandale révoltant ».
Les députés doivent aussi voter aujourd’hui sur l’ouverture d’une enquête indépendante menée par un juge — réclamée par l’opposition travailliste —, sur le modèle de la commission Leveson lancée après le scandale des écoutes téléphoniques dans les médias.