Rome doit secourir la plus vieille banque du monde

Le gouvernement italien a été contraint hier de venir en aide à Banca Monte dei Paschi di Siena, la plus vieille banque du monde n’ayant pas d’autres moyens de lever des capitaux pour se mettre en conformité avec les nouvelles règles bancaires.

Le gouvernement de Mario Monti a adopté des « mesures urgentes » pour aider Banca Monte dei Paschi di Siena - fondée en 1472, ce qui en fait la plus ancienne banque encore en activité dans le monde - à atteindre un ratio de fonds propres « durs » de 9 % afin de se mettre en conformité avec les exigences de l’autorité bancaire européenne (EBA), a-t-il indiqué dans un communiqué.


Rome apportera à la troisième banque du pays une aide pouvant aller jusqu’à 2 milliards d’euros, par la souscription d’obligations « similaires aux Tremonti Bonds » émis dans le cadre des aides aux banques en 2009 et baptisés ainsi en référence à Giulio Tremonti, ministre des Finances de l’ancien gouvernement Berlusconi. Le gouvernement substituera en outre un nouveau prêt à celui de 1,9 milliard d’euros accordé à BMPS en 2009, ce qui portera son intervention totale à un montant maximum de 3,9 milliards d’euros.


Cette aide était devenue indispensable car BMPS a admis son « impossibilité » à faire appel à des « solutions privées » pour renforcer ses fonds propres en raison des « conditions de marché actuelles hautement volatiles », a souligné le gouvernement. « Le montant effectif nécessaire sera établi par la banque avant l’émission », a-t-il précisé.


Si l’aide à BMPS est dérisoire par rapport aux besoins des banques espagnoles pour lesquelles Madrid a dû faire appel à l’aide européenne, elle n’est pas de nature à rassurer les marchés en plein regain de tensions dans la zone euro.


L’annonce de cette aide intervient alors que le conseil d’administration de BMPS devait examiner hier, avec un jour de retard, le nouveau plan stratégique 2012-2015 de la banque. Le tandem formé par le directeur général, Fabrizio Viola, et le président, Alessandro Profumo, ancien patron du géant UniCredit, nommés cette année pour redresser le groupe, le présentera aujourd’hui à la communauté financière.


Très exposée à la dette italienne, BMPS, qui a achevé l’année 2011 sur une perte de 4,69 milliards d’euros, devait absolument trouver 3,27 milliards d’ici fin juin pour atteindre le niveau de fonds propres exigé par l’EBA afin de se mettre à l’abri de la crise de la dette.


La banque, qui a déjà augmenté son capital de plus de 2 milliards d’euros en 2011, ne voulait pas procéder à une nouvelle recapitalisation et a par ailleurs écarté l’idée d’émettre des obligations au profit d’investisseurs privés car cet instrument était plus risqué et plus cher qu’une aide de l’État. Outre le recours à l’aide de l’État, BMPS compte sur des cessions ou sur la conversion d’instruments hybrides en cours pour combler son manque de fonds propres.


La Banque d’Italie avait estimé les capitaux manquant encore à l’appel entre 1,3 et 1,7 milliard d’euros mais elle a toutefois préféré conseiller à l’État d’apporter jusqu’à 2 milliards d’euros en raison de « l’incertitude » pesant sur les mesures déjà prises par la banque, a indiqué le gouvernement.


À l’exception de BMPS, toutes les autres banques de la péninsule ont réussi à atteindre le seuil exigé par l’EBA, mais elles ont toutefois vivement critiqué l’autorité européenne, accusée de pénaliser les banques italiennes. En cause, la méthodologie de valorisation des obligations d’État alors que leurs portefeuilles débordent de titres de dette italiens dont les prix ont chuté en raison de la méfiance des investisseurs à l’égard de la péninsule.