Plan Nord - Après la route, une ligne électrique pour Stornoway

Le projet de ligne de transport électrique nécessitera un déboisement d’une largeur d’au moins 60 mètres sur toute la longueur de la ligne. Les pylônes à installer auront une hauteur maximale de 55 mètres.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le projet de ligne de transport électrique nécessitera un déboisement d’une largeur d’au moins 60 mètres sur toute la longueur de la ligne. Les pylônes à installer auront une hauteur maximale de 55 mètres.

Stornoway Diamond Corporation souhaite qu’une ligne de transport électrique de 165 kilomètres soit construite pour alimenter sa future mine de diamants située sur le territoire du Plan Nord. Et selon ce qu’a appris Le Devoir, l’entreprise de Vancouver effectue des démarches auprès du gouvernement Charest afin qu’il mette en place « une structure de financement adéquate » pour la réalisation de ce projet. Elle le compare d’ailleurs au prolongement de la route 167, financé presque entièrement par des fonds publics.

Le projet de raccordement est déjà bien lancé puisqu’Hydro-Québec en est à l’étape des études d’avant-projet, selon ce qu’a confirmé hier un porte-parole de la société d’État. Les documents disponibles chez Hydro et chez Stornoway indiquent aussi que le tracé de la future ligne de transport de 161 kilovolts a déjà été proposé. Celle-ci partirait d’un poste situé près de la centrale Laforge-1, à quelque 165 kilomètres au nord du site minier diamantifère. Selon l’échéancier élaboré par Hydro-Québec, le gouvernement pourrait donner son feu vert au printemps 2013. On estime que la ligne pourrait être mise en service en 2015 ou en 2016.


C’est Stornoway qui finance l’étude en cours. Mais la minière a aussi inscrit un « mandat » au registre des lobbyistes du Québec en lien avec l’étape la plus coûteuse du projet, soit la construction de la ligne. « Dans le même esprit que pour l’extension de la route 167, ce type d’infrastructure aura le potentiel d’être partagée avec d’autres utilisateurs industriels (infrastructure multiservice) et agirait ainsi comme un outil de développement régional. Stornoway fait donc des représentations auprès des élus et de l’administration publique pour s’assurer qu’une structure de financement adéquate permettra la mise en place de cette infrastructure socialisable », précise le mandat en vigueur depuis le 17 avril dernier.


Celui-ci vise le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, celui du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, celui du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, ainsi que celui du Conseil exécutif. La minière compte trois lobbyistes inscrits.


Le vice-président aux affaires publiques de Stornoway, Ghislain Poirier, était occupé par des rencontres hier. Il a cependant répondu aux questions du Devoir dans un bref courriel. « Le projet de ligne électrique pour potentiellement connecter le projet Renard au réseau d’Hydro-Québec est toujours à l’étape de l’étude de faisabilité, a-t-il simplement rappelé. Cette étude est financée en totalité par Stornoway. »


Hydro-Québec n’a pas précisé hier quel pourrait être le coût de construction d’une telle ligne de transport. Un porte-parole de la société d’État a toutefois indiqué que son « client » avait, lui, une idée relativement précise du coût d’une telle infrastructure. Ce projet, qui s’inscrit « dans le Plan Nord », nécessitera un déboisement d’une largeur d’au moins 60 mètres sur toute la longueur de la ligne. Les pylônes à installer auront une hauteur maximale de 55 mètres.


Selon Jean-François Blain, expert et consultant en questions énergétiques, l’implantation d’une telle ligne est « un gros projet » dont le coût devrait atteindre « plusieurs dizaines de millions de dollars ». Un autre expert contacté hier a estimé que le coût de construction d’une telle ligne pourrait dépasser facilement un million de dollars par kilomètre.

 

« Dans le même esprit » que la 167


Dans le cas du prolongement de la route 167, auquel fait référence Stornoway dans son mandat de lobbyisme, le gouvernement Charest s’est engagé à payer 87 % de l’ardoise, soit 287 millions d’une facture totale de 331 millions. La minière - pour le moment unique bénéficiaire de cette nouvelle route publique - déboursera quant à elle 44 millions sur une période de 10 ans, et ce, à partir de 2015. Elle fournira aussi 1,2 million de dollars par année pour l’entretien de ce tronçon gravelé, et ce, pour la durée d’exploitation de la mine. Pour le moment, on estime qu’elle produira des diamants pendant au moins une décennie.


L’État québécois devra par ailleurs payer les dépassements de coûts de cette route de 243 kilomètres, s’il y en a. Le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, a dit plus tôt cette année qu’il jugeait « peu probable » qu’il y ait des dépassements, à moins de « surprises ». Le gouvernement espère en outre que d’autres projets miniers se développeront le long du tracé de la nouvelle portion de la route 167. L’État pourrait ainsi récupérer 50 % des coûts de construction. Pour le moment, rien n’a été annoncé en ce sens.


Le gisement diamantifère que compte exploiter Stornoway - dont Investissement Québec détient 37 % de l’actionnariat - est situé à 350 kilomètres au nord de Chibougamau. Les plus récentes estimations de l’entreprise font état de réserves « probables » de 18 millions de carats. À cela s’ajoutent des « ressources minérales présumées » de 17,5 millions de carats. La valeur moyenne est de 180 $ par carat, ce qui en fait un gisement « de classe mondiale » dont la valeur brute pourrait atteindre plusieurs milliards de dollars.


Le Devoir révélait à la fin mars que les diamants extraits de la première mine du genre au Québec ne seront pas transformés ici. La totalité de sa production devrait être vendue sur le marché international, en Belgique. La taille et le polissage des diamants se font par la suite majoritairement en Asie, surtout en Inde et en Thaïlande. Le gouvernement Charest avait pourtant déjà promis, investissements publics à l’appui, que les pierres précieuses seraient traitées à Matane.

33 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 9 mai 2012 04 h 57

    Des oublis et des tonnes...

    Maintenant préssés par la certitude qu'ils devront bientôt rendre le pouvoir dont ils disposent, les gens qui gouvernent ce pays du Québec n'ont en point de mire que le développement de leurs propres intérêts personnels.
    Je le sais parce que je les connais personnellement ?
    Non.
    Non, à part pour un, leur chef, qu'il m'a été donné de soupeser sommairement naguère par l'entremise de mon père, humble, honnête et clairvoyant organisateur Libéral de comté. Paix à son âme.
    Non, je le sais parce que j'ai un minimum de mémoire et qu'en matière de développement du territoire, je ne souhaite pas vivre le roman des oublis et des tonnes...
    Pas d'oublis, parce qu'il me semble bien me rappeler qu'il fallut plus de trente ans de bataille pour qu'une route carrossable relie le village de Natasquan au reste du Québec. Trois décennies pour qu'une somme suffisante soit justifiée en terme de budget afin que des villagois québécois puissent se présenter comme des égauxdans ce pays qui n'est toujours pas un pays.
    Alors donc, si SDC a besoin du prolongement de la 167 et d'une ligne de transport d'électricité, soit, un gouvernement responsable se doit d'en examiner la chose... et affirmer que pour cela, cette étude se fera sous condition, en préalable, que tous les aménagements et entretiens d'infrastructure publique qui éventuellement s'en suivront seront aux frais exclusif de SDC. Ceux-ci incluant une compensation financière ajustable en importance selon les dégats immédiats et futurs causés à l'environnement et aux habitants de celui-ci. Ces montants versés se poursuivants 99 ans après l'exploitation de la mine.
    Condition sans laquelle aucune autorisation ni budget gouvernementaux, bien sûr, ne pourront suivre pour la fouille de tonnes de terre par SDC...

    Vivement le Québec libéré du gouvernement actuel !

    • Claude Lachance - Inscrite 9 mai 2012 08 h 17

      Auront-ils des compteurs intelligents?...Pourquoi pas des Éoliennes ? Le vent aidant, on pourrait dans le sud, faute de redevances acceptables humer au moins l'odeur du diamant brut.

    • François Ricard - Inscrit 9 mai 2012 12 h 15

      Oui, M. Lachance a raison. Pourquoi pas des éoliennes?
      C'est situé dans une région fort propice à ce type d'énergie. D'ailleurs en 2004, Siemenns avait proposé un projet de 4 milliards de dollars au gouvernement Charest qui avait refusé ce projet.

    • Réal Rodrigue - Inscrit 9 mai 2012 13 h 12

      Comme l'avait prévu Bernanos, la dictature économique remplace maintenant la démocratie. Les exemples, comme celui que rapporte Le Devoir aujourd'hui, ne manquent pas. Hydro-Québec planche déjà sur le projet, et la compagnie de Vancouver paie les services de 3 lobbystes afin de s'assurer que Charest en finance la partie la plus couteuse, à même les fonds publics. Entre l'État et les riches compagnies minières, la collusion est parfaite ! Que demander de mieux !

  • Richard Evoy - Abonné 9 mai 2012 06 h 24

    Les dettes publiques et les profits privés

    Le petit chantage des BS corporatif qui exigent que l'on s'endettent pour leur fournir les infrastructures qu'ils ne sont pas prêts à payer est le même utilisée partout sur la planète par les multinationales appuyées par les banques, le FMI et la Banque Mondial pour prendre effectivement le contrôle des ressources naturelles et des politiques publiques de pays entier dit "en développement" en les rendants esclaves par la dette publique. Y-a-t-il quelqu'un qui va s'en inquiéter ici ou allons nous tomber nous aussi dans ce panneau? Quelle valeurs d'utilité réelles ont ces foutus diamants? Aucune! Qu'il restent enfouis dans la Terre. Mort au Plan Nord.

    • Daniaile F - Inscrite 9 mai 2012 09 h 02

      Et comment croyez-vous que l on pourrait stopper les machines...Bien d accord aussi que les diamants de sueur et de sang devraient rester sous terre. On a bien plus besoin de carottes et de pommes de terres, d épis de mais sans omg mais que voulez-vous les riches ne peuvent vivre sans leurs objets de luxe, Il faut bien que nous leur donnions ce qu ils veulent a nos idoles. En passant irez-vous voir le titanic 3D. On y raconte l histoire d un capitaine qui avait les 2 mains dans les poches...et non sur le gouvernail. Hum ca me dit quelque chose...Mais n allez pas croire qu un autre Kapi-taliste empechera le naufrage. Cessons donc de croire avec un grand C.

    • François Ricard - Inscrit 9 mai 2012 12 h 18

      Il ne faut pas oublier aussi que les minières, comme toutes les autres entreprises, utilisent de plus en plus des équipements qui ne requièrent qu'une main d'oeuvre minimale et que bien souvent elles importent d'ailleurs.
      Alors il ne faut pas compter beaucoup trop sur la création d'emplois.

  • Claude Lizé - Abonné 9 mai 2012 07 h 41

    Gratuité pour les mines?

    En ce printemps mouvementé, on nous serine depuis des semaines que le Québec n'a pas les moyens de faire plus pour investir dans l'avenir de sa jeunesse. Pourtant, j'aimerais bien qu'on réponde à cette question: quel est le retour sur investissement dans une mine qui fonctionnera dix ans et qui laissera après son départ un paysage dévasté et un environnement pollué qu'il faudra réhabiliter aux frais des contribuables par rapport à un investissement dans un futur diplômé qui produira de la richesse toute sa vie durant pour lui-même et pour l'ensemble de la société? Les véritables diamants ne sont pas là où nos 'décideurs' pensent; ils sont sur les bancs des cégeps et des universités. En plus, ces derniers ne partiront pas pour Amsterdam ou l'Asie dès lors qu'ils seront diplômés!

    • Robert Dufresne - Inscrit 9 mai 2012 10 h 13

      Entierement en accord avec vous.Quand le gouvernement nous dit qu'il n'a pas d'argent pour les etudiants et pendant ce meme temps,il depense des milliers pour ne pas dire des millions et meme peut etre plus pour essayer de nous faire croire que cela va nous rapporter des milliards,en nous inondant en annonces et voyages pour dilapider nos richesses,c'est d'un illogisme crasse et sans bornes.Ceci est la preuve de l'incompetence de ce gouvernement.

      Ces grandes minieres,petrolieres et autres devraient se charger de payer ces infrastructures ou sinon, qu'ils aillent polluer ailleurs.

      Et notre gouvernement dans tout cela,il devrait exiger des garanties suffisantes pour que tout se fasse dans le respect de notre territoire au plan environnemental et pecunier pour nous tous.

      Premierement, nous devrions etre maitres chez nous tout en prenant le controle de nos richesses en exigeant de ces detrousseurs qu'ils se plient a nos regles et notre gouv.devrait etre un actionnaire majoritaire dans tout ce qui va sortir de notre nord quebecois.Apres tout c'est notre territoire a nous et toutes les richesses appartiennent a tous les quebecois sans exception.

      Si ces compagnies n'aiment pas ces conditions,ils n'ont qu'a aller voir ailleurs,et,quand ils verront qu'ils sont obliges de revenir vers nous ,ils se plieront a nos exigences sans condition.

      Il faut stopper l'incurie de nos dirigeants qui ne pensent qu'a leur avenir a eux et non a celui de notre population pour le present et l'avenir des generations futures qui constiturons nos prochains dirigeants.

      Robert Dufresne.

    • Anne Pochat - Inscrite 10 mai 2012 09 h 10

      À moins que l'on continue à les traiter en criminels....qui sait?

  • François Dugal - Inscrit 9 mai 2012 07 h 47

    Le «Nard»

    Pour les minières, routes et électricité gratis.
    Pour les étudiants, pas d'argent.
    Une suggestion comme ça: un petit déjeuné à $1 000 le couvert pour la ministre semble des plus efficace.

  • Pierre Brulotte - Inscrit 9 mai 2012 08 h 53

    C'est horrible

    C'est incroyable de voir qu'une compagnie face une telle demande au grand jour. Au moins, les routes pourront être utilisées une fois l'exploitation du minerais utilisé, mais la contruction d'une ligne électrique? Des centrales pour une seule mine rendu-là? Cette entreprise demande carrément de l'argent des fond publics au grand jour. Pourtant, des gestionnaires des services publics passent leur temps à dire que la santé, l'éducation, les services sociaux manquent de fond!

    • François Ricard - Inscrit 9 mai 2012 12 h 20

      Une ligne qui coûtera, au bas mot, 165 millions de dollars. Et possiblement, le double.