Plan Nord – Plaidoyer pour une stratégie globale

Le Plan Nord verra probablement la mise en oeuvre des 80milliards en projets annoncés, convient un spécialiste du développement régional, mais il ne faudrait pas reléguer au deuxième rang des enjeux comme la transformation des ressources de manière à assurer un développement optimal à long terme, au lieu de tout simplement extraire et exporter la matière.

Dans les quatre régions nordiques, 72 % des collectivités sont dévitalisées ou en voie de dévitalisation, a dit Marc-Urbain Proulx, de l’Université du Québec à Chicoutimi, lors d’une présentation au congrès annuel de l’Association des économistes québécois. Ces régions sont l’Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec, la Côte-Nord et le Saguenay - Lac-Saint-Jean.


« Dans les années 1960, par exemple, il y a des villes qui ont été construites. Ce n’est pas ce qu’on voit actuellement, a-t-il ajouté. C’est beaucoup de camps miniers. »


Selon les données du gouvernement du Québec publiées en 2006, dans l’ensemble du Québec, 152municipalités étaient alors dévitalisées alors que 142 autres étaient en voie de l’être, souvent dans des régions-ressources. Cette dévitalisation est due à une panoplie de facteurs, dont certains sont conjoncturels, comme une fermeture d’usine dans une ville mono-industrielle.


Or si le développement de projets miniers dans le nord du Québec nécessite beaucoup de main-d’oeuvre sur les lieux d’extraction, la pratique actuelle consiste à installer les travailleurs dans des camps. Ceux-ci pratiquent essentiellement ce qu’on appelle le « fly in/fly out ».


La présentation de M.Proulx contient d’ailleurs une carte du Québec sur laquelle il a tracé une quantité impressionnante de lignes jaunes entrecroisées pour représenter les trajets d’avions effectués par les travailleurs.


« La plupart des villes sont éloignées des projets. Il n’y a pas de routes. Alors on nolise des avions, qui ne s’arrêtent pas à tous les villages du nord avant d’arriver à la mine. Ils partent de Sept-Îles, Baie-Comeau, Québec ou Montréal. Ce que ça donne, c’est de la richesse créée au nord, mais dont il reste de moins en moins au nord parce que les travailleurs redescendent au sud avec leurs salaires. »


Le congrès annuel de l’ASDEQ a entendu plusieurs autres présentations, parmi lesquelles ont figuré celle de Marcel Boyer au sujet de la fiscalité, celle de Pierre Fortin au sujet des engagements de l’État et une autre de Marcelin Joanis à propos de la dette publique.


Chaque présentation demandait aux gens dans la salle de choisir, parmi trois options, celle qu’il fallait privilégier.


Après celle de M. Proulx, les économistes ont estimé, à 62 %, qu’il fallait à tout prix « développer une stratégie de transformation qui permette d’exploiter toute la valeur ajoutée ». Il a notamment évoqué des données selon lesquelles les emplois dans la transformation des ressources, dans les quatre régions nordiques depuis 1998, sont passés de 36 800 à 28 200.


Le spécialiste du développement régional a aussi évoqué un « schéma d’aménagement ». « L’idée serait d’essayer de concevoir une vision la plus globale possible, détaillée, avec les acteurs du Nord, d’essayer de se doter d’un schéma d’aménagement sur 20, 30 ou 40ans, comme on fait dans le Sud d’ailleurs, et rationaliser les choses pour maximiser les retombées locales », a-t-il dit. Cette idée a reçu les appuis de 31 % des répondants dans la salle, tous dotés d’un petit appareil mobile de vote.


Par ailleurs, M.Proulx a estimé que « les 80milliards d’investissements annoncés par le Plan Nord actuellement, c’est à peu près réaliste ». « Il va y en avoir beaucoup dans l’hydroélectricité, certains peuvent être remis en question parce que la demande américaine a ralenti, alors peut-être pas 80milliards, mais pas très loin. La demande mondiale est relativement forte dans le secteur des ressources naturelles. »


Lors d’un entretien avec le journaliste Alexandre Shields plus tôt cette semaine, M.Proulx a toutefois émis des réserves importantes par rapport à la création d’emplois que fait miroiter le gouvernement Charest. Celui-ci chiffre à 20 000 les emplois créés ou maintenus.


« C’est très difficile d’anticiper le nombre d’emplois qui seront créés », a dit M.Proulx en émettant un doute tel qu’il faille réduire de moitié cette prévision. « Mais la tendance nous indique clairement qu’on crée de moins en moins d’emplois pour extraire de plus en plus de minerai, a souligné M.Proulx. En fait, il faut de deux à quatre fois moins de travailleurs pour extraire la même quantité de minerai par rapport aux années 1950 et 1960. »


1 commentaire
  • Darwin666 - Abonné 6 mai 2012 01 h 43

    Quelles questions!

    «Chaque présentation demandait aux gens dans la salle de choisir, parmi trois options, celle qu'il fallait privilégier»

    Oui, mais ces questions étaient presque toujours orientées à droite. Personnellement, j'ai souvent voté 0 pour annuler, étant incapable de choisir entre Charybde et Scylla. Mais, les votes annulés n'étaient pas comptabilisés...