Insertech et Nutrinor - Le développement durable s'installe en entreprise

Jessica Nadeau Collaboration spéciale
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	Agnès Beaulieu, directrice générale et cofondatrice d’Insertech Angus: «Les entreprises peuvent faire une reconversion écologique.»</div>
Photo: Source Insertech Angus
Agnès Beaulieu, directrice générale et cofondatrice d’Insertech Angus: «Les entreprises peuvent faire une reconversion écologique.»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au Québec, bien avant l'imposition de réglementations officielles les y contraignant, plusieurs entreprises se tournent vers le développement durable et tentent de se démarquer en adoptant des pratiques plus respectueuses pour les générations futures. Pour elles, la reconversion écologique de l'économie, ça fait partie du quotidien. Portrait de deux chefs de file qui ont adopté le développement durable comme mode d'emploi.

Depuis des années, on tente de sensibiliser les consommateurs à l'impact négatif des équipements informatiques mis aux rebus. Au Québec seulement, plus de 9500 tonnes de produits électroniques sont envoyées directement dans les lieux d'enfouissement chaque année.

Pour tenter de résoudre ce problème, un groupe d'organisations communautaires de Rosemont Petite-Patrie a eu l'idée, en 1998, de créer Insertech Angus, une entreprise à but non lucratif qui récupère et répare les équipements informatiques. Ce faisant, l'entreprise d'insertion sociale offre une formation à de jeunes adultes pour leur permettre d'accéder au marché du travail.

La mission d'Insertech est-elle d'abord sociale ou écologique? Pour Agnès Beaulieu, directrice générale et cofondatrice de l'entreprise, tout est lié. «Nous nous considérons vraiment comme une entreprise de développement durable, car nous intégrons les trois facettes — environnement, social, économie — dans toutes nos activités.»

Selon elle, la reconversion écologique de l'économie est plus que souhaitable, elle est totalement réalisable. «Je ne suis pas spécialiste de l'ensemble de l'économie, mais je pense que les entreprises peuvent faire une reconversion écologique. Je crois qu'on peut commencer à avoir une vision à long terme de l'impact de nos activités. Et qu'on peut utiliser, de la même façon qu'Insertech l'a fait, un problème écologique et le transformer en possibilité intéressante. Ça peut se faire dans l'ensemble de l'économie, mais ça prend une volonté.»

Réemploi et... recyclage

Chez Insertech, rien n'est laissé au hasard. Les ordinateurs récupérés sont remis en état et revendus à prix modique pour l'usage de personnes plus démunies ou d'utilisateurs ayant des besoins informatiques plus modestes.

Insertech favorise le réemploi avant le recyclage. Car il a été démontré, notamment par une étude du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, que le réemploi est plus avantageux, tant au niveau écologique que social, que le recyclage direct.

«Les entreprises gardent en moyenne leurs équipements pendant quatre ans. Le réemploi permet de prolonger la vie de trois ans. Donc, chaque fois qu'on réemploie un ordinateur, on économise la fabrication de trois quarts d'ordinateur.»

En 2011, Insertech a réussi à réemployer 5000 ordinateurs et en a réparé 2500. La directrice générale espère que ce chiffre augmentera avec la sensibilisation au fil des années. «Si Insertech arrivait à récupérer et à remettre sur le marché 10 000 ordinateurs dans une année, on économiserait la fabrication de 7500 ordinateurs. Imaginez ce que ça représente comme impact écologique!»

Bien sûr, faire du développement durable, cela nécessite encore un certain effort et des coûts, que ce soit pour l'obtention des certifications internationales ou pour la formation du personnel. Mais c'est payant à long terme, assure Agnès Beaulieu, dont l'entreprise cumule les prix de reconnaissance, dont le Phénix de l'environnement en 2009 et le Prix de l'économie sociale de Montréal l'automne dernier.

«Nous avons reçu plusieurs prix, mais ce dont nous sommes le plus fiers, c'est d'avoir réussi à concilier, dans toutes nos activités, le social, l'écologique et l'économique. C'est la cohérence de l'approche globale dont nous sommes le plus fiers.»

Voir à long terme

À la coopérative agroalimentaire Nutrinor, qui représente 1200 producteurs du Saguenay Lac-Saint-Jean depuis 60 ans, le développement durable en est encore à ses balbutiements. «Lorsque nous avons refait notre planification stratégique en 2008, nous nous sommes dotés d'une nouvelle mission d'entreprise, qui est: unir nos forces à celles de la Terre pour accroître de façon durable la richesse collective, explique le directeur général de Nutrinor, Yves Girard. Le développement durable est donc maintenant inclus dans notre mission.»

En 2011, la coopérative, qui est présente dans l'agroalimentaire, l'énergie et les quincailleries, a rédigé son premier bilan de développement durable. «Nous nous sommes donné des cibles pour la prochaine année qui sont, somme toute, assez modestes. Mais, comme nous sommes aux tout débuts de la démarche, nous voulions nous assurer que nous pourrions les atteindre. Nous ne voulons pas faire du greenwashing. La prochaine étape, c'est de déposer un premier rapport de développement durable selon les normes mondiales du Global Reporting Initiative (GRI).»

Déjà, quelques projets ont vu le jour. On a remplacé l'usage du camion par le train pour le transport du grain, et une vingtaine de fermes participent à un projet-pilote de fermes durables. La direction tente également de repositionner sa filière énergétique pour passer de la distribution de pétrole et de propane aux sources de bioénergie.

«Notre vision du développement dans l'énergie, c'est de diminuer notre dépendance envers les grandes raffineries et donc de développer les sources de bioénergie. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. On a encore besoin du pétrole aujourd'hui. Ce n'est pas parce qu'on a une démarche de développement durable qu'on va arrêter complètement l'achat et la distribution de pétrole. Mais on veut être un acteur important dans la transition vers les sources de bioénergie et on pense que, si on commence tout de suite, dans cinquante ans, quand les réserves de pétrole mondiales vont être à sec, nous serons déjà positionnés dans la région en matière de bioénergie.»

Poursuivre

Les initiatives devraient se multiplier au cours des prochaines années, mais, pour l'instant, on se concentre sur la base, explique Yves Girard. «Le premier changement, c'est d'implanter une culture organisationnelle du développement durable. Ça va devenir le porte-étendard de Nutrinor, donc les gens doivent s'approprier la démarche.»

La transition se fait tout en douceur, même s'il y a eu quelques résistances au début. «Les gens voient souvent ça au début comme une source de travail additionnelle, mais, quand ils embarquent dans la démarche et qu'ils voient les retombées et les dividendes, les résistances tombent assez vite.»

Car, des bénéfices, il y en a, assure Yves Girard, qui se dit convaincu de pouvoir aller chercher de nouveaux marchés avec cette nouvelle démarche. «Le développement durable, ce n'est pas une mode, c'est une tendance lourde. On ne pourra pas y échapper. Nous sommes convaincus que, en implantant cette démarche, on va avoir une longueur d'avance. C'est un avantage concurrentiel indéniable.»

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Collaboratrice du Devoir