L'économie québécoise solidaire sera présente à Rio+20

Pierre Vallée Collaboration spéciale

	Le Pain de sucre et la baie de Botafogo à Rio de Janeiro, au Brésil, tôt le matin sous le brouillard
Photo: Agence Reuters Sergio Moraes
Le Pain de sucre et la baie de Botafogo à Rio de Janeiro, au Brésil, tôt le matin sous le brouillard

Ce texte fait partie du cahier spécial Vers Rio 2012

L'économie sociale et solidaire a rendez-vous en juin prochain à Rio+20, la Conférence des Nations unies pour le développement durable. En effet, une délégation internationale d'acteurs de l'économie sociale et solidaire entend profiter de cet événement pour faire la promotion de cette solution de rechange économique.

«En 1992, la Conférence de Rio portait surtout sur l'écologie et l'environnement, explique Thierry Jeantet, le président du conseil d'administration des Rencontres du Mont-Blanc, une association internationale regroupant des dirigeants d'organisations d'économie sociale. Mais, en 2012, la Conférence porte maintenant sur le développement durable, et aujourd'hui le monde associatif y a pleinement sa place. Celui-ci cadre parfaitement avec le développement durable, puisqu'il allie l'économie, l'écologie et la dimension sociale.»

Bien que l'économie sociale soit présente sur tous les continents et que sa contribution à l'économie soit loin d'être négligeable, elle demeure encore peu présente dans les discours officiels. «L'économie sociale s'est faite plutôt discrète depuis la Deuxième Guerre mondiale, raconte Gérald Larose, le président du conseil d'administration de la Caisse d'économie solidaire Desjardins. Par contre, elle a beaucoup progressé, mais elle a progressé surtout en fonction de répondre aux besoins de ses membres et de la collectivité. Elle a donc progressé dans l'ombre, et la dimension d'en faire un projet politique s'est alors estompée.»

Stratégie d'action politique

Rio+20 est donc une occasion de remettre l'économie sociale sous les projecteurs. Et, pour ce faire, la délégation des acteurs de l'économie sociale a mis en place, pour Rio+20, une stratégie d'action en trois points. « Nous nous sommes donné trois mandats, précise Gérald Larose, dont le premier et le plus important est de faire pression sur les représentants des chefs d'État pour qu'ils fassent une place à l'économie sociale dans leurs discours.»

Et on n'a pas attendu la tenue de la Conférence pour agir. «Nous avons déjà écrit aux 193 chefs d'État des pays qui sont membres des Nations unies, souligne Thierry Jeantet. Nous leur avons demandé d'inclure l'économie sociale dans leur démarche lorsqu'ils abordent la dimension économique du développement durable.»

Le second mandat est de propager la bonne nouvelle. «Il nous faut pénétrer l'univers médiatique, explique Gérald Larose, et l'alimenter afin que notre message soit entendu du plus grand nombre. » Et Thierry Jeantet de compléter : « Troisièmement, nous allons organiser des activités avec nos partenaires durant la conférence, afin de sensibiliser tous les participants à l'économie sociale.»

Le rôle de l'État

Ce n'est pas pour rien que le premier point de cette stratégie est une forme de lobbying auprès des États. C'est que, selon Gérald Larose, le rôle des États est primordial. «Si on veut un tant soit peu domestiquer la mondialisation et faire en sorte que l'économie soit plus respectueuse à la fois de la nature mais aussi de l'humain, il n'y a qu'une façon de le faire, et c'est par la réglementation. Et ce sont les États qui peuvent réglementer, et c'est pourquoi ils doivent assumer leurs responsabilités dans ce domaine.»

Thierry Jeantet rajoute: «L'économie sociale est déjà présente dans le monde entier. Il faut que les États en prennent conscience. Ce que l'économie sociale veut, c'est de devenir un véritable partenaire des États en matière de développement durable.»

C'est la raison pour laquelle Gérald Larose déplore l'attitude du Canada dans le dossier. «Le Canada sous Harper est l'un des pays qui ont cherché à tout saccager ce qui était acquis depuis l'entente de Kyoto. Au fond, le gouvernement Harper est notre pire ennemi sur le plan international. C'est la raison pour laquelle les acteurs de l'économie sociale cherchent à tisser des liens avec des pays, comme l'Équateur, dont le discours international rejoint nos valeurs.»

Le fruit est-il mûr?


L'heure de l'économie sociale a-t-elle enfin sonné? «On redécouvre présentement l'économie sociale, affirme Gérald Larose. La crise financière et la récession qui a suivi ont montré les limites du présent modèle économique mondial. C'est un modèle fondé sur la prédation. Ce modèle productiviste, où la croissance se veut absolue, met non seulement à mal de nombreux acteurs de l'économie, mais aussi la planète entière. D'où la pertinence aujourd'hui de l'économie sociale et solidaire, qui rend possible le développement économique, mais dans le respect de l'environnement et du social.»

Même son de cloche chez Thierry Jeantet. «Nul besoin de réinventer la roue. L'économie sociale est une réalité, un modèle qui fonctionne et qui a fait ses preuves. C'est une sérieuse solution de rechange au vieux modèle économique. Mais il faut toujours se méfier du modèle unique en économie. Ce qui est préférable, c'est une biodiversité de la vie économique où l'économie sociale peut jouer un rôle et a un rôle à jouer.»

Selon Gérald Larose, si l'économie sociale et solidaire veut arriver à jouer un rôle plus important dans l'économie mondiale, elle doit d'abord et avant tout se donner une plus grande visibilité politique. «Par le passé, nous n'avons peut-être pas assez bien assumé notre mandat de participer au débat économique. Il faut donc redonner une stature politique à l'économie sociale et solidaire et faire en sorte de nous servir de cette stature politique pour intervenir pleinement dans le débat économique.» Ce que la délégation des acteurs de l'économie sociale et solidaire présente à Rio + 20 a l'intention de mettre en pratique.

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Collaborateur du Devoir

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