Rencontres du Mont-Blanc - Et l'économie sera écologique...

Claude Lafleur Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans le cadre de la Conférence Rio+20, les promoteurs des Rencontres du Mont-Blanc feront valoir l'idée que le fonctionnement du système économique actuel doit transiter vers une économie écologique. «Cela veut dire que l'économie, dans sa finalité réelle, doit d'abord servir à satisfaire les besoins fondamentaux des hom-mes et des femmes, et ce, sans grever l'avenir ni essouffler la planète», résume Gérald Larose, administrateur des Rencontres du Mont-Blanc.

«Notre prétention, nous informe Gérald Larose, c'est que la crise climatique, la crise énergétique, la crise alimentaire — et bientôt la crise de l'eau — sont des phénomènes qui découlent du modèle de développement dominant. Il faut donc changer ce modèle, et celui que nous portons — le modèle de l'économie sociale — est plus susceptible de correspondre à l'intérêt général. Nous préconisons donc une série de propositions pour illustrer cette orientation.»

L'ex-président de la CSN est aujourd'hui professeur invité à l'École de travail social de l'UQAM. Il préside également la Caisse d'économie sociale du Québec ainsi qu'une entreprise d'insertion pour jeunes. M. Larose a en outre activement participé à la création des Rencontres du Mont-Blanc, en 2004, par les dirigeants de plusieurs entreprises d'économie sociale françaises.

Cette association indépendante et à but non lucratif se veut le forum international des dirigeants d'entreprises et d'organisations de l'économie sociale et solidaire. Ces derniers organisent tous les deux ans un forum sur une thématique donnée, la plus récente rencontre, qui s'est tenue à Chamonix en novembre dernier, ayant justement porté sur la transition écologique de l'économie. «Notre ambition, explique M. Larose, est de regrouper toute la famille de l'économie sociale et solidaire afin que celle-ci occupe, sur le plan politique, un rayonnement aussi important que celui qu'elle a sur le plan économique.» À cette fin, dans le cadre de la Conférence Rio + 20, les Rencontres du Mont-Blanc enverront une importante délégation.

«Une vraie honte!»

En avril 2011, Gérald Larose a participé aux délibérations du Comité préparatoire de la Conférence Rio+20. «J'ai observé que ceux qui ont présenté les plus grands obstacles provenaient du Canada, dit-il. Ceux qui prenaient la parole au nom de l'extrême droite, ce n'étaient pas les États-Unis, mais le Canada. Sans scrupules, ils sont prêts à aller au combat, visière levée, pour proférer les énormités les plus incroyables, ce que même les États-Unis n'osent pas! Le Canada passe vraiment pour un voyou sur la scène internationale! C'est une honte totale, le comportement du gouvernement canadien!»

Les cinquièmes Rencontres du Mont-Blanc se sont tenues sept mois avant la Conférence des Nations Unies sur le développement durable — Rio+20 — qui réunira les chefs d'État en juin. Les participants se sont entre autres demandé comment l'économie sociale peut relever les défis sociaux et écologiques actuels, comment elle crée et distribue la richesse et comment elle constitue un modèle de développement durable. «À la Conférence Rio+20, poursuit M. Larose, nous souhaitons qu'il y ait une prise de conscience qui s'accélère, afin que s'amorce une importante transition écologique de l'économie.»

Il rappelle que le système économique actuel est formé de trois composantes: l'économie privée, l'économie publique et l'économie sociale. «L'économie sociale représente une économie réelle à travers le monde, à savoir des coopératives, des mutuelles, des organismes à but non lucratif qui englobent des centaines de millions d'emplois, précise Gérald Larose. C'est en fait une richesse concrète, puisqu'on n'est pas dans la spéculation, mais dans la production de biens et de services.»

On calcule d'ailleurs que l'économie sociale représente 10 % du PIB mondial, 10 % des emplois et 10 % de la finance dans de nombreux domaines d'activité. «Eh bien, cette économie devrait avoir le même rayonnement sur le plan politique que l'importance qu'elle occupe sur le plan économique, déclare M. Larose. C'est l'ambition que nous avons aux Rencontres du Mont-Blanc.»

À cette fin, lors de la rencontre tenue en novembre dernier, les participants ont élaboré une série de cinq pistes de sortie de crise et de vingt propositions qu'ils ont fait parvenir aux 193 chefs d'État de la planète. Ils proposent ainsi de démocratiser l'économie et de réglementer la finance, de promouvoir un mode de gouvernance partagée, d'offrir de nouveaux choix sociaux, de mieux nourrir la planète et de réorienter la mondialisation. «Nous préconisons, relate M. Larose, de territorialiser la propriété des biens communs, c'est-à-dire les ressources naturelles, les forêts, l'eau, les sols. Il faut donc s'organiser pour que les collectivités qui en vivent aient une emprise en matière de propriété. On parle aussi de démocratiser l'économie, c'est-à-dire faire en sorte que la gestion des entreprises fasse de la place aux collectivités qui les hébergent, aux salariés qui y travaillent, etc. Bref, que la gestion économique soit une gestion beaucoup plus ouverte, beaucoup plus transparente.»

Et «on a aussi élaboré une série de propositions sur les façons de nourrir la planète, sur les circuits courts, sur les cultures biologiques, sur la mondialisa-tion, etc., poursuit M. Larose. Il s'agit d'une série de propositions que les chefs d'État devraient, selon nous, prendre en compte si on veut sortir d'une trajectoire qui nous mène tout droit sur un mur. À terme, nous visons à ce que l'économie sociale guide l'économie libérale et l'économie publique. On estime que toute l'économie devrait être à finalité sociale et qu'il faudrait, en bout de ligne, qu'elle fonctionne selon des critères de démocratie.»

«Nous ne pensons cependant pas que toute l'économie devrait devenir une économie sociale, ajoute-t-il, mais que l'économie sociale devrait influencer l'économie privée et l'économie publique.»

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Collaborateur du Devoir