Exploitation minière - L'Indonésie, un exemple de partage de la richesse

L'Indonésie a décidé de tirer le maximum de ses ressources non renouvelables. Le pays vient en effet d'imposer aux entreprises minières des règles que certains aimeraient voir implantées au Québec. Celles-ci devront céder une bonne partie de leur actionnariat à des intérêts indonésiens, en plus d'être forcées de transformer le minerai avant de l'exporter. Et malgré l'ampleur des mesures, les sociétés ont signifié leur intention de maintenir leurs investissements miniers.

Il faut dire que l'Indonésie possède plusieurs gisements très convoités. Le pays est le premier producteur mondial d'étain. Il se situe au quatrième rang pour le nickel et au septième pour le cuivre. Il recèle également d'importants gisements d'or, de fer et de bauxite. Sans oublier les immenses réserves de charbon.

De quoi faire saliver les multinationales à la recherche de ressources dont les prix ont explosé, poussés par la très forte demande de grandes puissances comme la Chine ou l'Inde. Le pays a d'ailleurs ouvert toutes grandes ses portes aux minières. Le hic, c'est que la très vaste majorité des ressources non renouvelables tirées du sol sont exportées sans transformation. Ainsi, même si les mines se multiplient, les retombées économiques ont été jugées nettement insuffisantes par le gouvernement. Le secteur industriel, par exemple, accuse toujours des retards importants.

L'État espère maintenant corriger la situation grâce à une nouvelle réglementation, adoptée récemment, et qui prévoit l'obligation de transformer le minerai brut en Indonésie avant de l'exporter. Une annonce qui n'a pas provoqué, pour le moment, de panique dans le secteur minier. Plusieurs entreprises ont au contraire annoncé leur intention de construire les installations industrielles nécessaires pour réaliser la transformation des ressources minérales. En fait, presque tous les grands groupes miniers présents dans le pays ont fait savoir qu'ils demeureraient actifs. La plupart, dont Vale Indonesia, filiale du géant indien Adani Group, ont même l'intention d'accroître leurs investissements, comme prévu.

Une situation qui n'étonne pas certains spécialistes du secteur. «Vous devez aller là où se trouvent les ressources, a résumé David Lennox, analyste des marchés internationaux, à l'agence Bloomberg. C'est pourquoi nous voyons des gouvernements qui prennent des intérêts beaucoup plus importants dans le secteur minier. Ils savent que les entreprises minières vont aller où se trouvent les ressources. Sinon, où peuvent-elles bien aller?» Certaines sociétés menant des projets dans d'autres pays ont tout de même fait savoir qu'elles prioriseront leurs autres investissements, le temps de voir l'impact de la nouvelle loi sur leurs intérêts en sol indonésien.

Cette idée d'obliger la transformation a été largement débattue au Québec, surtout depuis le lancement du Plan Nord des libéraux. Mais le gouvernement Charest refuse catégoriquement d'inclure, dans la réforme de la Loi sur les mines, quelque mesure qui aurait pour effet de favoriser la transformation ici, alors que les minières investissent massivement sur le territoire du Plan Nord. La quasi-totalité du minerai sera donc exportée à l'état brut.

En commission parlementaire, le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, a vertement dénoncé l'idée d'«imposer des contraintes» aux entreprises, allant même jusqu'à affirmer que les investisseurs ne pardonneraient pas au Québec d'avoir inclus ce genre de disposition dans sa législation. Cela provoquerait selon lui «de graves problèmes». Pire, ce genre de «protectionnisme», affirmait-il en février dernier, ne peut que «créer de la pauvreté chez nous».

En plus de légiférer sur la question de la transformation, Jakarta a décidé d'accroître la participation d'intérêts indonésiens dans les entreprises minières. Les multinationales devront, dès la sixième année d'exploitation, céder progressivement, sur une période de dix ans, au moins 51 % de leur actionnariat à des Indonésiens. Mais cela ne signifie pas que l'État en prendra le contrôle. Les différentes régions où sont implantées les mines pourraient prendre part aux projets d'extractions, mais aussi les entreprises privées du pays.

Le ministre de la Coordination des affaires économiques, Hatta Rajasa, a indiqué que l'objectif n'est pas de procéder à des nationalisations, mais de permettre au pays de tirer un profit maximum de ses ressources non renouvelables. «Avec 51 % des capitaux dans des mains indonésiennes, les intérêts nationaux sont préservés. D'ailleurs, la Chine interdit aux étrangers d'exploiter les mines d'or, car elle est consciente que c'est un bien des plus précieux.»

L'Indonésie n'est pas le seul pays à imposer des règles plus strictes aux entreprises minières. L'Australie a décidé récemment de bonifier ses redevances pour le fer et le charbon. Celles-ci sont désormais fixées à 30 % des bénéfices des minières. Une trentaine de sociétés seront concernées, dont les milliardaires BHP Billiton, Rio Tinto et Xstrata. Uniquement sur les trois premières années de mise en application, cette mesure doit rapporter pas moins de 11 milliards de dollars.

L'Afrique du Sud planche de son côté sur une hausse des redevances, en plus d'étudier la possibilité de mettre la main sur les mines d'or et de platine du pays.

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