Fuite de gaz en mer du Nord - Les investisseurs se mettent à l'abri

Les investisseurs ont encore en mémoire l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique. L’accident en mer du Nord les rend donc nerveux. <br />
Photo: Agence Reuters Les investisseurs ont encore en mémoire l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique. L’accident en mer du Nord les rend donc nerveux.

Londres — Le nuage de gaz naturel explosif qui s'est formé autour d'une plate-forme de Total au large de l'Écosse après une fuite sur un puits a forcé Shell à évacuer à son tour hier son personnel de deux istallations voisines, et le groupe pétrolier français n'exclut pas qu'il faille six mois pour réparer la fuite.

Les inquiétudes croissantes au sujet de la plate-forme d'Elgin-Franklin, que ce soit en termes de pertes de production ou de possibles coûts de réparation du site, a fait chuter le cours de Total en Bourse, même si la compagnie assure que la fuite n'a pas eu pour l'instant un impact important sur l'environnement.

Ce n'est pas l'avis de Frederic Hauge, qui dirige Bellona, un important groupe de défense de l'environnement norvégien suivant de près l'exploitation pétrolière en mer du Nord.

Estimant qu'il s'agissait «du puits de l'enfer», il a jugé que «le problème échappe à tout contrôle».

La fuite de gaz sur Elgin-Franklin a formé un nuage suffisamment dense pour être visible d'autres plates-formes de la mer du Nord. Shell a décidé de suspendre, par mesure de précaution, ses activités de forage sur l'une d'entre elles.

L'action Total a enregistré la plus forte baisse de l'indice CAC 40 hier, cédant 5,96 % à 38,56 euros, à ses plus bas niveaux des trois derniers mois. Le titre accuse ainsi son plus fort recul depuis décembre 2008 et voit sa capitalisation fondre de six milliards d'euros environ.

Total, de loin la plus forte pondération du CAC, a entraîné l'indice parisien, qui a terminé en baisse de 0,92 % alors que l'indice sectoriel européen du pétrole et du gaz abandonnait 2,37 %.

À ce stade, les investisseurs s'inquiètent davantage de l'impact de la fuite sur la production du groupe que de ses conséquences sur l'environnement et jouent la prudence en attendant de pouvoir se faire une idée précise de l'ampleur de la catastrophe.

«Les investisseurs appliquent le principe de précaution face à une situation encore incertaine, avec en mémoire l'accident récent qui a affecté BP», a souligné Romain Burnand, codirigeant de Moneta Asset Management.

Un plan dans les 20 jours à venir


L'explosion et le naufrage et la plate-forme Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique, avait fait onze morts en avril 2010. Quelque 4,9 millions de barils de pétrole brut s'étaient échappés du puits Macondo, foré pour le compte de la britannique BP. Après la catastrophe, BP avait perdu plus de 52 % de sa valeur en Bourse en moins de deux mois.

«Avec le souvenir de Macondo, le marché reste très nerveux sur ce genre de nouvelles tant que le problème n'est pas quantifié», a déclaré un courtier.

«Cet événement a un impact sur la production de Total et crée un risque de pollution, limité à ce stade, mais pas encore circonscrit», a-t-il ajouté, notant que le groupe n'avait pas encore décidé de la meilleure manière dans sa façon de traiter l'incident.

Total a en effet expliqué qu'il étudiait toutes les options possibles pour faire face à la fuite de gaz, y compris le creusement d'un puits de secours.

«Il y a deux options pour intervenir. L'une consiste à creuser un puits de secours, ce qui pourrait prendre environ six mois. L'autre est une intervention sur la plate-forme pour sceller le puits (...) ce qui serait une option plus rapide», a déclaré à Reuters David Hainsworth, responsable sécurité, santé et environnement chez Total Exploration & Production UK.

«Nous prévoyons de décider d'un plan dans les jours à venir», a-t-il ajouté.

«Les premières indications montrent qu'il n'y a pas d'impact significatif sur l'environnement et que l'utilisation de dispersant n'est pas nécessaire à ce stade», a ensuite fait savoir Total dans un communiqué.

«Un avion de surveillance a confirmé la présence d'irisations à proximité de la plate-forme. Il s'agit de boues de forage et/ou de produits légers associés au gaz représentant un volume actuellement estimé à environ 30 mètres cubes», a ajouté le groupe.

Outre la mobilisation de 10 à 20 ingénieurs spécialisés, Total a fait appel aux services de Wild Well Control, société qui était intervenue pendant la marée noire dans le golfe du Mexique en 2010.

Le titre Technip a lui aussi chuté en Bourse de Paris, clôturant en recul de 3,17 % à 6,151 euros alors que certains intervenants évoquaient des rumeurs selon lesquelles la responsabilité du groupe de services pétroliers, qui a construit la plate-forme de production des champs d'Elgin et Franklin, pourrait être engagée.

«La plate-forme que Technip a construite pour le champ Elgin-Franklin est la PUQ, une plate-forme de production de type TPG500. Or, Total a indiqué dans son communiqué que la fuite de gaz se situait sur une des deux plates-formes de puits», a cependant souligné une porte-parole du groupe dans un courriel adressé à Reuters.

Total a interrompu la production et évacué son personnel sur place (238 personnes) à la suite de la fuite de gaz survenue dimanche.

La plate-forme produisait jusqu'alors neuf millions de mètres cubes de gaz par jour, l'équivalent de 3 % de la production britannique de gaz naturel, ainsi que 60 000 barils par jour de brut léger.

Les conséquence pour l'environnement de fuites de condensats de gaz naturels sont nettement moins graves que celles des marées noires pétrolières, a fait savoir le ministre britannique de l'Énergie.

Une zone d'exclusion maritime et aérienne a toutefois été décrétée autour de la plate-forme, a précisé Total.

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Avec la collaboration de Juliette Rouillon et de Benjamin Mallet
2 commentaires
  • Nimporte quoi - Inscrit 28 mars 2012 09 h 26

    Investisseurs, à quand une « Production responsable »?

    Bonjour,

    On se défile!

    Voilà une bonne représentation de notre système financier où les gros investisseurs spéculateurs (une cinquantaine) engrangent les profits en mettant le feu partout.

    Sans farce, ils ne mettent pas le feu partout, mais se déresponsabilisent à la première occasion ...au nom de la liberté, quelle arrogance! Après ils demandent des mesures d'austérité aux petits investisseurs qui ne peuvent plus payer en les démonisant!

    On vous ment!

    Un t'as d'industries et d'investissements sont fait pour une seule et unique raison, faire la piastre. Le pétrole? Pensez-vous qu'il n'aimerait pas que ce soit plus propre?

    Ici, on fait semblant que c'est pour créer des emplois, mais on n'a pas ces employés spécialisés? Alors c'est pour une seule raison (à part le bonus), les investisseurs, ceux-là mêmes qui font fondre vos fonds de pension parce qu'ils n'arrivent plus à faire la piastre normalement.

    C'est donc très simple, il faut responsabiliser ses investisseurs! Profit, ok, mais payer les pots cassés, les routes, les infrastructures, et surtout respecter les travailleurs.

    On va se rendre compte bien vite que ces gens ne servent à rien! Il n'aide pas les agriculteurs à passer une mauvaise année ni les entrepreneurs en herbe, ni nos espoirs de demain. Ils mènent l'humanité tout droit dans le mur!

    En attendant, s.v.p. décideurs régionaux, encouragez la petite entreprise, le court-circuit et la « production responsables », c'est-à-dire de produits consommables et destinés à répondre à nos besoins directs. Pas de l'argent pour s'acheter des serveurs espagnols, de l'expertise étrangère et des boîtes de carton fait avec notre propre bois envoyé en chine ou du pétrole de la Mer du Nord!

    P.S. Les investisseurs spéculent sur la crise financière de pays entier... alors qu'ils ont déjà payé 10 fois leur dette en intérêt! On aide financièrement les banques qui montent le taux d'intérêt des dettes nationales!

    Et l

  • Lise Thibault - Inscrite 28 mars 2012 19 h 59

    Une zone interdite de plus de 13 km de diamètre!

    Imaginons le terminal méthanier Rabaska pour lequel les commissaire du BAPE ont «accepté» une zone d'exclusion de 500 mètres alors qu'en mer du Nord, présentement, une zone d'un rayon 4 milles(+ de 6km) est désormais interdite de passage tant sur mer que pour le trafic aérien.

    http://deathby1000papercuts.com/2012/03/four-mile-

    Situé en zone péri-urbaine habitée à l'extrême est de Lévis , le terminal Rabaska doit traiter du Gaz naturel liquéfié(GNL) dont l'équivalence à l'état gazeux est de 600 fois son volume. Un navire méthanier qui transportera entre 160 000 et 225 000 mètres cubes de GNL (soit de 95 à 135 millions de mètres cubes de gaz) devra entre autre passer les 32 km Chenal du Nord, un bras étroit et peu profond du fleuve qui longe l'Île d'Orléans et s'en approche d'aussi près que 500m et où les accidents et incidents maritimes se sont succédés au fil des ans.

    Imaginons aussi un tel accident sur une éventuelle plate-forme de forage de gaz naturel dans l’estuaire du St-Laurent avec sa zone interdite d’un diamètre de plus de 13 kilomètres et ce, pour des mois et des mois…