Portrait - «Le pouvoir, c'est le réseau»

Source Nexxlink - Karol Brassard, président et principal actionnaire de Nexxlink.
Photo: Source Nexxlink - Karol Brassard, président et principal actionnaire de Nexxlink.

«Le pouvoir, c'est le réseau», affirme Karol Brassard en brandissant son minuscule ordinateur de poche. Peu importe où il se trouve, il lui suffit de pouvoir brancher son appareil sur Internet pour vaquer à ses occupations de président de Nexxlink, l'entreprise qu'il a fondée et qui se spécialise dans les services informatiques. «Mon bureau est virtuel», dit-il.

Ce cas exemplaire bien étalé permet ensuite à M. Brassard de faire ressortir le contraste qu'il y a avec la réalité dans la plupart des entreprises dites moyennes, c'est-à-dire qui ont entre 100 et quelques milliers d'employés, le marché en somme que Nexxlink a ciblé pour sa croissance. «Dans les compagnies, on a encore une façon traditionnelle de voir les choses, soit un réseau à l'interne qui est bien développé et relié avec l'extérieur. On a le réflexe d'avoir son propre serveur qui fait partie des actifs et qu'on peut gérer. Cela pose un problème d'espace mental. On se limite géographiquement», explique M. Brassard.

Il y a désormais des façons de faire différentes. Il n'est plus nécessaire de posséder les installations pour avoir en mémoire les données pertinentes au bon fonctionnement de l'entreprise. Dans certains cas, il serait même préférable que toute cette infrastructure soit ailleurs. M. Brassard cite l'exemple tout récent d'Air Canada, dont le centre technique de supervision des vols situé à Toronto a été paralysé à cause de la panne d'électricité, ce qui a eu pour effet que tous les vols ont dû être annulés, même ceux entre les villes où il n'y avait pas de panne d'électricité. «Ça n'a aucun sens», constate-t-il.

Virage majeur

Le développement considérable d'Internet a amené M. Brassard en 2001 à prendre un virage majeur pour répondre aux besoins nouveaux qui découlent du glissement de l'industrie vers un nouveau paradigme appelé «réseaucentrisme». Il y a et il y aura encore des changements dans les infrastructures et les appareils pour entrer en contact avec le réseau.

Et cela se produira pour les raisons suivantes, selon M. Brassard: «L'informatique est une industrie jeune, les ordinateurs personnels n'existent dans les entreprises que depuis une vingtaine d'années. La bulle technologique a été le résultat d'une crise d'adolescence. L'industrie en est maintenant à l'étape d'un jeune adulte, elle va acquérir plus de maturité. Son âge d'or n'est pas encore venu. Il lui faut apprendre à tout refaire d'une manière différente, parce que présentement, avec le système d'un réseau pour chaque entreprise, ça coûte trop cher. Développer son propre logiciel, c'est un gouffre financier.»

La mission de Nexxlink consiste donc à offrir à ces entreprises moyennes des services intégrés pour tout ce qui touche leur infrastructure informatique, y compris la gestion, l'impartition et des projets clé en main. En fait, l'avenir se trouve dans l'impartition, pense le président de cette société qui de plus en plus s'intéresse aux logiciels. Depuis cet été d'ailleurs, Nexxlink a décidé de concevoir des programmes pour des marchés très spécifiques, par exemple celui des hôpitaux, mais toujours dans le créneau de l'entreprise moyenne.

Prochaine vague

«Nous voulons être le CGI du marché de la moyenne entreprise. C'est là qu'aura lieu la prochaine vague d'impartition», prédit M. Brassard, qui ne cache pas son admiration pour CGI et son président Serge Godin, originaire du Saguenay, comme lui. CGI fait beaucoup d'impartition dans le domaine de la grande entreprise. La vraie implantation «réseaucentrique» reste à faire, mais il est important que l'offre de services soit disponible pour répondre à la demande qui va survenir progressivement, pense M. Brassard.

Cette année, Nexxlink prévoit atteindre un chiffre d'affaires proche de 70 millions en comparaison de 65,6 millions l'an passé. Dans les services-conseils et l'impartition, la croissance dépassera 50 %; celle-ci a été de 68 % dans ces mêmes secteurs l'an passé. Pour les années à venir M. Brassard vise une augmentation annuelle d'au moins 30 %.

Nexxlink obtiendra 80 % de ses revenus au Québec en 2003, alors que c'était 100 % il y a à peine 18 mois. La stratégie de l'entreprise est d'augmenter sa présence au Canada anglais, particulièrement dans la région de Toronto où se trouvent 60 % des centres de décisions dans l'industrie des technologies de l'information, en comparaison de 20 % seulement au Québec. Sur un marché global au Canada de 40 milliards, le Québec n'en a que huit milliards et la part de Nexxlink dans son créneau n'est que de 1 %. La consolidation reste à faire et M. Brassard a bien l'intention d'y participer.

La croissance dans l'impartition demeure sa priorité, suivie de la rentabilité avec un objectif de 15 % avant amortissement, intérêts et impôts. Enfin, depuis un an, Nexxlink a rangé parmi ses priorités celle d'avoir un carnet de commandes bien garni d'ici deux à trois ans, ce qui permettra d'établir des prévisions de revenus sur un horizon d'environ cinq ans.

Rêve réalisé

Karol Brassard, maintenant âgé de 37 ans, a déjà réalisé son rêve d'enfance d'être un homme d'affaires. Déjà, à 10 ans, il avait de l'argent dans ses poches qu'il obtenait par la vente de bouteilles vides et de journaux. À 14 ans, il ouvrait au temps de Noël un kiosque de bijoux faits de coquillages au centre commercial de Jonquière, ce qui faisait bien rire ses copains. «Mais je faisais plus d'argent dans une soirée qu'eux à travailler un mois au MacDonald's», rétorque-t-il. À 16 ans, il créait un atelier de réparation de vélos et, deux ans plus tard, il en avait trois.

Comme il avait la ferme intention de ne pas rester un petit commerçant, il fallait aller à l'université, en commerce évidemment. Il est arrivé aux HEC à Montréal avec une valise et assez d'argent pour l'année, qu'il avait bien sûr gagné lui-même. Car la culture familiale voulait que chacun se débrouille, même financièrement. En revanche, les parents encourageaient les enfants à réaliser leurs rêves.

En 1985 donc, aux HEC, c'était le début des ordinateurs personnels. Le jeune Brassard est alors devenu vendeur à commission d'ordinateurs, en tant que coordonnateur d'un programme impliquant le manufacturier Ogivar et le gouvernement du Québec. Un an et demi plus tard, il décidait de fonder sa compagnie, baptisée Univers Info. Il achetait désormais la production d'Ogivar et la revendait aux coordonnateurs dans toutes les universités du Québec. «Je les ai privatisés», dit-il. Comme les affaires allaient trop bien avec un chiffre d'affaires de 1,8 million et un bénéfice net de 50 000 $ dès la première année, il n'a pas eu le temps d'obtenir son baccalauréat, même si ses notes étaient excellentes (92 %).

La croissance fut constante pour atteindre 9,3 millions en 1993, année où l'entreprise s'inscrivit en Bourse avec une émission REA de cinq millions. En 1994, il fit l'acquisition de Data Terminal Mart (DTM), une entreprise fondée en 1977 qui exploitait une franchise de vente au détail de produits informatiques. En 1994, l'entreprise fusionnée générait des revenus de 53 millions, mais la croissance fut indigeste, ce qui amena à une restructuration et, quelques années plus tard, à une réorganisation de la direction. En 1999 survinrent le virage vers les services-conseils et l'inscription à la Bourse de Toronto.

En 2001, l'entreprise, qui avait déjà adopté le nom de DTM, changea de nouveau sa raison sociale pour celle de Nexxlink et fit l'acquisition de certains actifs à Toronto. Aujourd'hui, cette société emploie 300 personnes et a des bureaux à Montréal, Québec, Sherbrooke, Toronto, Calgary et

Vancouver.

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