L'amiante mise à mort?

Amir Khadir
Photo: Amir Khadir

Malgré leurs démarches, les promoteurs de la relance de l'exploitation d'amiante chrysotile à Asbestos n'ont pas réussi à obtenir un prêt de la part d'une institution financière, a soutenu hier le député Amir Khadir, sur la foi d'une «source» bien au fait du dossier. La preuve, selon lui, que leur projet n'a rien de viable. Des affirmations décriées par le président de Mine Jeffrey. Le coporte-parole de Québec solidaire n'en presse pas moins le gouvernement Charest de laisser tomber cette filière minérale tout en soutenant la diversification de la région d'Asbestos.

«On ne sait pas les raisons exactes invoquées par les banques, parce qu'il s'agit de dossiers de nature confidentielle. Mais nous avons consulté un ancien vice-président d'une grande institution financière québécoise. Selon lui, le montage financier ne répond à aucun critère logique des marchés. Il nous a aussi dit que l'amiante représente un très gros risque pour l'image des entreprises», a fait valoir le député de Mercier. Il n'a pas précisé au Devoir qui était cette «source», mais il a affirmé que cette personne était bien au fait du dossier, «à la fois sur le plan financier et sur le plan politique».

«On nous a confirmé que les banques ne veulent pas s'avancer. Ça ne les intéresse pas», a ajouté M. Khadir. Selon ce qu'a également soutenu Québec solidaire, le Mouvement Desjardins serait au nombre des institutions qui ont refusé d'accorder un prêt aux promoteurs de la relance de Mine Jeffrey. Un porte-parole de l'institution financière a toutefois dit ne pas vouloir commenter ce genre de dossier «sur la place publique».

Amir Khadir a surtout profité de sa sortie médiatique pour demander à nouveau au gouvernement du Québec de renoncer à octroyer une garantie de prêt de 58 millions de dollars à Mine Jeffrey pour faciliter le retour de la production d'amiante chrysotile.

Les libéraux ont annoncé en avril 2011 leur intention de soutenir financièrement la relance d'une exploitation qui soulève énormément de critiques partout dans le monde. Le gouvernement a assorti son appui de la nécessité, pour les promoteurs, de finaliser leur montage financier, notamment en s'engageant à investir 25 millions de dollars de leurs propres fonds. Au cours de 2011, Mine Jeffrey et son principal partenaire, Balcorp, ont eu droit à trois prolongations des délais accordés par Québec pour terminer les documents exigés avant d'accorder la garantie de prêt. L'automne dernier, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE) disait croire que le dossier serait achevé avant Noël. Rien n'a encore été confirmé. Et le cabinet du ministre Sam Hamad n'a pas rappelé Le Devoir hier.

Mais selon le député solidaire, il ne fait aucun doute que ce projet n'a tout simplement pas sa raison d'être. «Nous sommes à un point où le gouvernement doit considérer qu'il faut sortir Asbestos de l'amiante, a-t-il expliqué au cours d'un entretien téléphonique. En entretenant une illusion avec ce projet, le gouvernement abandonne Asbestos. Il refuse de faire ce qu'il faut faire pour que dans cinq ans Asbestos ne soit plus dépendante d'un secteur qui est voué à mourir.»

Il a toutefois dit comprendre la «détresse» vécue par plusieurs citoyens de la région. «Ce n'est pas à Asbestos à assumer seule cela. Il ne faut pas que la sortie de l'amiante se fasse sur le dos d'Asbestos. Il faut que le Québec prenne ses responsabilités.» Dans la mesure où il est souvent question de la transformation des minerais extraits du sol québécois, Amir Khadir estime que le gouvernement pourrait faire d'Asbestos le «laboratoire national» où il serait possible de développer de tels projets.

«Agitateur public»


La sortie a profondément ulcéré le président de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe. Il a d'ailleurs qualifié M. Khadir d'«agitateur public» qui se plaît à «gruger un os». «Il sait des choses que je ne sais pas», a ironisé cet ardent défenseur de l'exploitation et de l'utilisation de l'amiante chrysotile.

Visiblement irrité de l'attention médiatique accordée à son projet, M. Coulombe a dit que certains médias confondent les différents types de fibre d'amiante dans leurs reportages, ce qui conduit à du «dénigrement» injustifié. Il a également réitéré ses critiques à l'endroit de l'Organisation mondiale de la santé, qui soutient que les maladies liées à l'amiante tuent plus de 100 000 personnes par année dans le monde. Des données erronées, selon lui. Qui plus est, il estime que la demande pour sa production, qui pourrait débuter en septembre prochain, serait au rendez-vous. «Les clients braillent pour avoir notre fibre. C'est incroyable, le manque de fibre chrysotile pour faire des matériaux de construction.»

M. Coulombe a aussi réfuté les affirmations de Québec solidaire. «Nous avons des partenaires qui amènent le capital nécessaire pour qu'on puisse emprunter les montants dont on a besoin pour terminer la mine souterraine. Maintenant, on attend que le gouvernement décide s'il nous aide à emprunter ou non.» Selon ce qu'il a dit, tous les documents ont été envoyés au gouvernement. Mais il n'a toujours pas reçu de réponse de la part du MDEIE.

Le président de Mine Jeffrey a en outre tenu à préciser que c'est son entreprise qui souhaite obtenir la garantie de prêt de la part de l'État, et non son partenaire Balcorp. Selon lui, cette entreprise est uniquement responsable de la commercialisation de la fibre d'amiante sur le futur marché indien.

Balcorp est dirigée par Baljit S, Chadha. Ce dernier était inscrit comme lobbyiste jusqu'en décembre 2011 pour un mandat directement lié à la demande de garantie de prêt de 58 millions. Par la suite, un porte-parole de Balcorp, Guy Versailles, a été inscrit pendant cinq jours afin de faire des démarches auprès de l'Assemblée nationale dans le but d'obtenir un «appui à ce projet». M. Chadha a par ailleurs récolté 19 000 $ pour le Parti libéral du Québec, en 2009, lors d'un cocktail de financement à sa résidence de Westmount où Jean Charest était l'invité d'honneur.
8 commentaires
  • gigimartin - Inscrite 3 mars 2012 08 h 31

    Danger!

    Si, c'st aussi dangereux qu'on le dit, il faut abandonner cette voie.

  • - Abonnée 3 mars 2012 10 h 48

    Sans compter la possibilité bien réelle des poursuites judiciaires…

    Selon l’Association médicale canadienne en 2010: «Le Canada est la seule démocratie occidentale à s'être constamment opposée aux efforts internationaux visant à réglementer le commerce mondial de l'amiante (…) en manipulant honteusement les connaissances scientifiques par des moyens politiques».

    En plus de l’aide des institutions financières, M. Chadha demande la participation financière des Québécois, par l’entremise du Parti Libéral de Jean Charest pour soutenir un sale projet qui fera des milliers de malades en Asie. Sans compter la possibilité bien réelle des poursuites judiciaires…

    M. Baljit Singh Chadha est un homme très zélé au fédéral, comme le démontrait son implication dans le financement du Parti Libéral du Québec en récoltant près de 19 000$ Auprès des communautés indiennes et pakistanaises en 2009.

    M. Baljit S. Chadha est également le président de Zinda Pharma Ltd, grossiste-distributeur de fournitures et de produits pharmaceutiques génériques. Et puisqu’on ne fait pas dans la contradiction, mentionnons également que M. Chadha fut membre du Comité de Surveillance des Activités de Renseignement de Sécurité (CSARS) en 2003 pour un mandat de 5 ans.

    Rappelons que: «le Parlement canadien a conféré au SCRS la pouvoir extraordinaire de s'ingérer dans la vie privée de particuliers. Le CSARS veille à ce que ce pouvoir soit exercé judicieusement et dans le respect de la loi afin de protéger les droits et les libertés des Canadiens. À cette fin, il examine les opérations passées du Service et enquête sur les plaintes».

  • Poirier Sylvie - Inscrite 3 mars 2012 13 h 55

    Le jugement en Italie sur un propriétaire dans l'amiante - article Le Devoir

    Voilà la source :

    LE DEVOIR.COM – POLITIQUE – CANADA
    Seize ans de réclusion dans l'affaire de l'amiante en Italie
    Par La Presse Canadienne – Le Devoir
    Publié le lundi 13 février 2012
    http://www.ledevoir.com/international/europe/34259

  • Jean Tremble - Inscrit 3 mars 2012 13 h 57

    Freinage bio...

    Une question : d’où provient l’amiante qui garnit les plaquettes du système de freinage de ma voiture ?

    Et puis, lorsque je roule, est-ce que je me contamine en bagnole à chaque fois que j’appuie sur les freins ?

    Pour connaître le nombre de plaquettes de freins qui sont susceptibles de se vaporiser dans l’atmosphère actuellement, il n’y a qu’à multiplier le parc automobile mondial par quatre…

    Il me semble que cette inévitable poussière d’amiante que répandent les véhicules lors du freinage n’est pas moins nocive que celle qui est emprisonnée depuis des lustres dans les infrastructures de ciment…

  • Roland Berger - Inscrit 3 mars 2012 15 h 07

    Des vire-capot

    Les libéraux d'avant Charest ont combattu bec et ongles l'appui du PQ à l'industrie de l'amiante. Ceux de Charest sont prêts à garantir un emprunt de cette même industrie. Conclusion : Quand des politiciens disent ou font quelque chose, il vaut mieux en rire.
    Roland Berger