Route 167 - Québec assumera seul tout dépassement de coûts

Le coût de la construction de la route 167 est estimé à 331,6 millions. La compagnie Stornoway Diamond Corporation déboursera jusqu’à 44 millions. Mais s’il devait y avoir dépassement de coûts, Québec devrait l’assumer seul.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le coût de la construction de la route 167 est estimé à 331,6 millions. La compagnie Stornoway Diamond Corporation déboursera jusqu’à 44 millions. Mais s’il devait y avoir dépassement de coûts, Québec devrait l’assumer seul.

Si le gouvernement du Québec est confronté à des dépassements de coûts dans le cadre des travaux de prolongement de la route 167, il devra les assumer seul, a reconnu hier le ministre des Ressources naturelles et de la Faune. Se disant sûr de respecter le budget de 330 millions de dollars prévu pour cette route qui profitera d'abord à une entreprise minière, il a par ailleurs évoqué la possibilité de poursuivre la route sur une centaine de kilomètres supplémentaires vers le nord.

Pour le moment, le coût de construction de la nouvelle route de 240 kilomètres est évalué à 331,6 millions de dollars. Le gouvernement estime qu'il paiera 287,6 millions de dollars de cette facture. L'entreprise Stornoway Diamond Corporation déboursera quant à elle 44 millions sur une période de 10 ans, et ce, à partir de 2015.

Mais cet effort financier exigé de Stornoway et de ses actionnaires est plafonné à 44 millions, a admis le ministre Clément Gignac. «Je ne commencerai pas à créer de l'incertitude chez les actionnaires», a-t-il fait valoir dans le cadre des travaux de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 27, qui doit permettre de créer la Société du Plan Nord. En cas de dépassements de coûts, comme cela peut se produire dans un projet routier d'une telle envergure, l'ardoise supplémentaire sera réglée grâce à des fonds publics. En plus des 240 kilomètres de route à construire sur un territoire exempt de développement, il faudra bâtir «au moins 18 ponts», précisent les documents officiels.

Malgré les difficultés techniques inhérentes à ce genre de projet, le ministre Gignac juge «peu probable» qu'il y ait des dépassements de coûts, à moins de «surprises». «J'ai confiance qu'on va respecter nos coûts», a-t-il affirmé. Le ministère des Transports a selon lui une «bonne feuille de route» en matière de rigueur budgétaire.

Des propos qui ont fait bondir l'opposition péquiste. «Quand il y aura des dépassements, ce sont les Québécois qui devront payer», a dénoncé la députée de Duplessis, Lorraine Richard. Elle se dit d'ailleurs «convaincue» qu'il y aura des dépassements de coûts dans ce projet routier. «Le ministère des Transports est passé maître dans l'art des dépassements de coûts», a-t-elle laissé tomber.

Et non seulement le montant maximal facturé à la minière est de 44 millions, mais il est aussi assorti de conditions. Ainsi, précisait le communiqué diffusé au moment de l'annonce de l'entente en août 2011, la «contribution» de Stornoway «sera notamment conditionnelle à la construction de la route dans les délais prévus, à l'obtention de toutes les approbations des organismes de réglementation pour la construction du projet diamantifère Renard et à l'obtention du financement pour le projet Renard».

Clément Gignac a également évoqué hier le prolongement éventuel de la route 167 au-delà du site minier diamantifère de Stornoway. Québec ambitionne en effet de prolonger le tronçon routier gravelé sur une centaine de kilomètres supplémentaires vers le nord, de façon à rejoindre la route Transtaïga. Cette route isolée part de la route de la Baie-James pour se rendre au réservoir Caniapiscau. «On ouvre le territoire», a dit le ministre.

Et grâce à ce prolongement à venir, M. Gignac estime qu'au final, 50 % des coûts du prolongement de la route 167 seront assumés par les minières. Des discussions sont en cours avec les promoteurs du projet Matoush, une possible mine d'uranium située au sud des monts Otish. «S'il y a d'autres utilisateurs, ils auront à payer», a-t-il assuré. Cela revient à faire de la «spéculation» sur des projets encore «au stade embryonnaire», a répliqué Mme Richard.

Est-ce que l'État, qui détient une participation de 37 % dans Stornoway, par l'intermédiaire d'Investissement Québec, aura aussi à assumer une partie de la facture de 44 millions de dollars qui reviendra à la minière? Au ministère des Ressources naturelles, on a assuré que non hier. Le ministre Gignac a quant à lui refusé de préciser si Québec pourrait avoir à payer une partie de la note.

Selon lui, il faut d'abord voir les avantages pour le Québec d'être actionnaire d'une entreprise qui compte exploiter un important gisement de diamants. En réponse aux demandes de précisions répétées des députés péquistes, M. Gignac a invité l'opposition à ne pas jouer «les gérants d'estrade» qui vont «gratter dans le micromanagement». Il a aussi dit ignorer si le «montage financier» est complété du côté de la minière.

Mais Clément Gignac a tout de même indiqué que Stornoway paierait son ardoise à partir de ses «profits», ce qui affectera le rendement de l'investissement de Québec. Et puisque les redevances minières sont calculées à partir des profits d'une mine, celles-ci pourraient être réduites durant les années où la minière de Vancouver devra amortir sa part des coûts de la route.

Stornoway Diamond Corporation pourrait tirer plus de 30 millions de carats de sa mine sur une période de 25 ans. À une valeur moyenne de 180 $ le carat, on parle d'une valeur brute de plus de 5,4 milliards de dollars.     

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