Étude de la Banque mondiale - La pauvreté recule, même en Afrique

Photo: Agence France-Presse (photo) Tony Karumba

Washington — La pauvreté recule partout, même en Afrique. La Banque mondiale s'est réjouie de constater que l'objectif de réduire de moitié à l'horizon 2015, par rapport à 1990, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté aura été atteint avant l'échéance de 2015.

Selon l'étude de la Banque publiée hier concernant la période 2005-2008, en 2008, «pour la première fois depuis 1981, moins de la moitié de la population africaine vivait sous le seuil de 1,25 $US par jour», a indiqué l'institution dans un communiqué. Le seuil de l'extrême pauvreté a été relevé à 1,25 $US par personne et par jour en 2005, alors que depuis 1981, date jusqu'à laquelle remontent les chiffres, il était à 1 $US. En 2008, 47 % des Africains se trouvaient sous ce seuil, contre 52 % en 2005.

Dans l'ensemble des pays en développement de la planète (ce qui exclut l'Amérique du Nord, l'Europe de l'Ouest et les pays développés d'Asie et d'Océanie), la proportion de personnes vivant dans une pauvreté extrême est de 22,4 % en 2008, contre 25,1 % en 2005. Cela représente 1,29 milliard de personnes en 2008, contre 1,39 milliard en 2005 et 1,91 milliard en 1990. C'est la première fois que ce nombre a reculé simultanément dans toutes les régions du monde, a signalé la Banque mondiale.

«Le premier objectif de développement pour le Millénaire — réduire de moitié à l'horizon 2015, par rapport à 1990, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté — aura été atteint avant l'échéance de 2015», a ajouté la Banque.

En Afrique, le nombre de personnes touchées par l'extrême pauvreté a également reculé pour la première fois depuis une trentaine d'années. En Afrique subsaharienne, après avoir atteint un pic à 395 millions de personnes en 2005, il est tombé à 386 millions en 2008. Dans cette région, «pour la première fois depuis 1981, moins de la moitié de la population vivait sous le seuil de 1,25 $US par jour»: 47 %, contre 52 % en 2005.

La Banque mondiale, qui base ses statistiques sur 850 sondages auprès des ménages de 130 pays en développement, n'a que des données préliminaires pour 2010. Mais la tendance se poursuit, d'après elle. «Si les crises alimentaire, énergétique et financière qui ont frappé au cours des quatre dernières années ont par moments eu de graves incidences sur les populations vulnérables et ralenti le rythme de réduction de la pauvreté dans certains pays, la pauvreté a continué de baisser à l'échelle mondiale», a-t-elle expliqué.

L'Afrique subsaharienne reste la région où la pauvreté frappe le plus, en proportion.

Les 47,5 % de pauvres de l'Afrique la placent loin devant l'Asie du Sud (36 %), l'Asie de l'Est et Pacifique (14,3 %), l'Amérique latine et les Caraïbes (6,5 %) et le Moyen-Orient et Afrique du Nord (2,7 %).

Si l'on relève le seuil à 2 $US par jour, 69 % de la population d'Afrique subsaharienne vit dans la pauvreté, soit 562 millions d'habitants, moins qu'en Asie du Sud (70 %).

Principale explication des progrès africains: une croissance économique aidée par «le niveau élevé des prix des matières premières», expliquait au début du mois l'économiste en chef Afrique de la Banque mondiale, Shanta Devarajan, sur son blogue. Cependant, «la plupart des pays sont dépendants de trois produits pour la moitié (ou plus) de leurs exportations», rappelait-il, ce qui les rend vulnérables aux aléas des marchés financiers.

«Le secteur privé africain attire de plus en plus d'investissements» et est «à la base de la création d'une classe moyenne africaine naissante forte de centaines de millions de consommateurs», lisait-on dans l'introduction à la nouvelle «stratégie pour l'Afrique» lancée par la Banque en 2011. «L'Afrique est au seuil de son décollage économique, comme avant elle la Chine il y a 30 ans et l'Inde il y a 20 ans», ajoutait l'institution.

Beaucoup de progrès restent à faire, sur un continent qui garde la croissance démographique la plus rapide au monde: 7 à 10 millions d'Africains entrent sur le marché du travail chaque année, et bon nombre se retrouvent sous-employés, d'après la Banque mondiale. Elle estime que l'Afrique est loin de réaliser tout son potentiel, faute d'infrastructures modernes, d'un système de santé efficace, d'une agriculture capable de faire face aux aléas climatiques et de stabilité politique dans certains pays.