Résultats de 2011 - Rendement de 4 % pour la Caisse

«En 2011, nous avons pu générer une croissance appréciable, tout en protégeant le capital de nos déposants, chose dans laquelle la Caisse n’a pas toujours excellé dans le passé», a dit Michael Sabia<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «En 2011, nous avons pu générer une croissance appréciable, tout en protégeant le capital de nos déposants, chose dans laquelle la Caisse n’a pas toujours excellé dans le passé», a dit Michael Sabia

Entre la déconfiture du marché boursier canadien et la saga des dettes souveraines en Europe, l'année 2011 a été un «test des plus difficiles» que la Caisse de dépôt et placement a passé avec un rendement de 4 %, ce qui place l'établissement dans le premier quartile des gestionnaires de caisse de retraite au pays.

La Caisse, chargée de faire fructifier l'argent de 25 déposants, dont la Régie des rentes et le régime de retraite des employés du secteur public, a dévoilé hier des résultats qui amènent l'actif total à 159 milliards, soit 3 milliards de plus qu'à la veille de la crise financière de 2008 dans laquelle elle avait perdu 40 milliards.

Se disant fière d'avoir pu générer un rendement positif dans un climat aussi volatil — quoique légèrement inférieur à son indice de référence de 4,2 % —, la direction de la Caisse a dit qu'il s'agit «peut-être, d'une certaine manière, de la meilleure performance des dernières années».

«En 2011, nous avons pu générer une croissance appréciable tout en protégeant le capital de nos déposants, chose dans laquelle la Caisse n'a pas toujours excellé dans le passé», a dit le président, Michael Sabia, lors de l'habituelle conférence de presse servant à faire le point sur l'année qui vient de se terminer.

Réduire l'exposition aux marchés

Pour faire face aux déboires du marché boursier, la Caisse dit avoir réagi «rapidement» au troisième trimestre en réduisant son exposition aux actions et en maintenant un niveau d'encaisse élevé.

Si la performance de son portefeuille d'actions canadiennes n'a pas été reluisante (-10,6 %, contre un indice de référence de -8,2 %), celle de ses placements à revenu fixe a été supérieure (10,4 %, contre un indice de 9,5 %). De 2009 à 2011, donc trois ans, la Caisse affiche un rendement annualisé de 9,1 %.

Or l'année a été tellement dure sur le portefeuille des actions canadiennes que la Caisse, «déçue», a décidé d'«amorcer une revue en profondeur du positionnement du portefeuille». En gros, il a souffert de «certaines positions liées à la thématique de l'urbanisation des pays émergents et à la forte demande des matériaux de base, qui ont sous-performé en 2011». Aussi, la Caisse a dit qu'elle n'était pas suffisamment exposée aux entreprises à haut dividende.

Dans l'ensemble, son portefeuille d'actions a reculé de 4 %, alors que les placements privés, qui en font partie, ont progressé de 7 %.

Au chapitre des investissements québécois, au coeur de sa mission même si la Caisse cherche avant tout des rendements, ils ont augmenté de 4,5 milliards. Parfois critiquée pour ce que ses détracteurs voient comme une participation trop faible dans le développement économique du Québec, la Caisse chiffre à plus de 41 milliards ses actifs au Québec.

Entre autres, la Caisse a mis 400 millions dans un consortium chargé de construire le CHUM et 800 millions dans une brochette de compagnies, dont Cascades, l'Industrielle-Alliance et Kruger. M. Sabia a dit qu'il serait ravi de pouvoir participer au financement du futur pont Champlain. Aussi, la proportion d'actions d'entreprises québécoises dans son portefeuille est passée de 17 % en 2010 à 21 % en 2011.

Maple

La Caisse est le plus gros investisseur institutionnel au pays, devant l'Office d'investissement du Régime de pensions du Canada, dont l'actif se chiffre à 152,8 milliards. Elle est aussi l'un des membres principaux du groupe Maple, un consortium de 13 institutions financières qui tente d'acheter le Groupe TMX, propriétaire des Bourses de Toronto et de Montréal. La bénédiction du Bureau fédéral de la concurrence tarde à venir, mais M. Sabia a dit avoir bon espoir qu'elle viendra bientôt.

Au sujet des prochains mois, la «période de turbulence va continuer», a dit le patron de la Caisse. «Cela dit, nous ne pouvons pas perdre de vue les occasions d'investissement intéressantes engendrées par cette incertitude et par la croissance remarquable en Asie, au Brésil, en Colombie, en Turquie». M. Sabia a ajouté que la Caisse devra notamment investir, ici comme ailleurs, dans «les chemins de fer, les pipelines, les mines, les ponts, les immeubles».

Cela veut dire que la Caisse investira dans des «actifs concrets que nous comprenons et connaissons», et non des «produits abstraits que nous pensons comprendre».

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a dit hier que la Caisse a «livré la marchandise». Par ailleurs, la Fédération des chambres de commerce du Québec a salué sa performance, alors que l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) a dit que 4 % est un rendement «insuffisant».

La Caisse a aussi révélé hier que son effectif est à la hausse. Au cours de 2011, elle a embauché une cinquantaine de personnes, a dit M. Sabia, ce qui porte son personnel à environ 770 employés.

Quant aux 25 déposants, dont certains dévoileront le rendement de leur propre fonds dans les prochains jours, la performance individuelle des portefeuilles dont s'occupe la Caisse oscille entre 2,8 % et 8,1 %. Cet écart découle des stratégies de placement.

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Sabia est «très mal à l'aise»


Invité à dire s'il retournera cette année au domaine de la famille Desmarais, dans Charlevoix, le président de la Caisse de dépôt a affirmé hier qu'il fallait répondre à cette question «sérieusement», qu'il n'avait été question d'aucune collaboration entre la Caisse et Power Corporation pendant sa visite et qu'il a, en fait, l'obligation de choisir entre «deux principes».

«D'après moi, j'ai le droit, même comme président de la Caisse, d'avoir une vie privée. J'ai le droit d'avoir des amis», a-t-il dit lors d'une période de questions avec les journalistes qui a suivi le dévoilement des résultats de 2011. «Ensuite, un de mes objectifs, depuis mon arrivée à la Caisse, est de ne pas créer de distractions inutiles, de faire baisser la température pour rendre l'environnement plus stable et faciliter le travail de nos équipes.»

«Malheureusement, il faut que je fasse un choix entre ces deux principes, entre le droit d'avoir des amis et ma responsabilité de protéger l'institution. Évidemment, je pense que le deuxième principe est probablement supérieur au premier. Mais je n'ai pas le choix. Et je continue d'être très mal à l'aise avec tout ce débat parce que c'est non fondé, pas du tout. Mais je pense qu'il faut faire des choix pour protéger cette institution.»

Le journaliste de La Presse qui lui a posé la question a aussi voulu savoir si la Caisse était «satisfaite» de son investissement dans Quebecor Media, dont les différents organes ont beaucoup écrit au sujet du domaine des Desmarais. M. Sabia a répondu que, de manière générale, il n'est «jamais satisfait», ce qui a fait rigoler ses vice-présidents. La valeur marchande du placement de la Caisse dans Quebecor Media, qui a coûté 3,1 milliards en 2000, se situe maintenant autour de 2,3 milliards, a dit M. Sabia.

«Il faut trouver des moyens de continuer d'améliorer la performance de la société, c'est notre priorité. Il faut augmenter la valeur de ce placement pour mieux répondre aux besoins de nos déposants. L'équipe de Quebecor Media est consciente de cet objectif», a-t-il dit.
3 commentaires
  • Claude Kamps - Inscrit 24 février 2012 10 h 50

    Quand on joue avec les ciffres

    On peut arriver à tous résultats.
    Ce qui ne ment pas c'est la honte de la perte de 40 milliards de notre fond de pension.
    Y en a qui disent on a rattrapé cette somme! Faux, ces 40 milliards on disparu dans d'autres poches et si on les avait pas perdu on aurait 40 milliards de plus dans notre bas de laine...

  • Sylvain Auclair - Abonné 24 février 2012 12 h 46

    De l'argent virtuel

    Monsieur Kamps, disons qu'à un certain moment, votre maison soit évaluée à 200 000$. Et que, suite à un événement hors de votre volonté, comme une déprime économique qui fait baisser le nombre d'acheteurs potentiels, ou la fermeture de la principale usine de votre ville, l'année suivante, vous ne puissiez plus en tirer que 150 000$. Quelqu'un vous a-t-il volé 50 000$ pour se les mettre dans ses poches. Bien sûr que non.

    Eh bien, les 40 milliards de pertes, c'est exactement la même chose.
    La valeur d'un fonds de titres est évaluée par ce qu'on en tirerait si on le vendait. Mais comme on ne le vend pas, cette évaluation n'est que virtuelle.

  • Jacques Patenaude - Abonné 24 février 2012 15 h 37

    @Sylvain auclair

    Votre façon de voir serait la bonne si tout le monde était sur le même pied et que la tricherie pouvait être contrôlé de façon rigoureuse. Ce qui n'est plus le cas avec la dérèglementation. ajourd'hui les placements boursiers sont devenu des casinos où une petit minorité de prédateurs financiers peuvent en toute inpunité tricher.

    Pour les résultats de la Caisse je crois qu'on peut se réjouir de ses résultats même s'ils ne sont pas farimineux. Au moins on semble prudent. Dans les circonstances ses dirigeants semblent au moins contrôler la situation. C'est maintenant aux politiciens de revoir le mandat de la Caisse pour l'orienter davantage vers une mission de développement économique québécois. On voit d'ailleurs dans ses résultats que c'est payant. Mais on a un Premier ministre qui est plutôt occupé à vendre nos richesses collectives aux étrangers.