Banques - Gare aux excès de règlements, dit David Dodge

En voulant s'assurer de mettre en place des balises pour éviter un dérapage comme celui de 2007-2008, les autorités sont allées loin dans leur rêve de stabilité et ne portent pas suffisamment d'attention à l'efficacité du secteur financier, croit David Dodge, qui a dirigé la Banque du Canada de 2001 à 2008.

M. Dodge, aujourd'hui conseiller au sein du cabinet d'avocats Bennett Jones, dont plusieurs clients sont des établissements financiers, a toujours été d'un franc-parler surprenant, même lorsqu'il était aux commandes de la banque centrale. Or ses propos, formulés lundi devant la Chambre de commerce de Vancouver, ont ceci d'ironique que le successeur de M. Dodge, Mark Carney, a récemment été choisi pour diriger le Conseil de stabilité financière mis sur pied par le G20.

«La poursuite d'un objectif au détriment de l'autre peut sérieusement miner la contribution du système financier à la croissance économique et au bien-être de la population», a dit M. Dodge à la Chambre de commerce, qui a transmis la bande sonore à la demande du Devoir.

«Et ma préoccupation, c'est que, tant sur la scène mondiale que sur la scène canadienne, les efforts visant à promouvoir la stabilité financière font en sorte que nous négligeons les objectifs d'efficacité, a-t-il ajouté. Il est extrêmement important de promouvoir la stabilité, mais on ne peut pas négliger l'efficacité.»

Par exemple, il a mentionné la loi américaine Dodd-Frank et la célèbre règle Volcker, dont le but est de restreindre l'investissement spéculatif de la part des établissements financiers. Selon M. Dodge, qui parle de «réaction excessive», cela va limiter la liquidité des marchés, dont celle du marché obligataire au Canada.

Ces propos surviennent alors que le ministre fédéral Jim Flaherty et M. Carney ont récemment fait valoir au gouvernement américain, en coulisse et par l'entremise de lettres, que la règle Volcker pourrait avoir un impact ici.

Selon M. Dodge, qui a aussi occupé plusieurs postes au ministère des Finances, l'«entêtement» de vouloir miser sur la stabilité dans la réglementation qui encadre les banques fait en sorte que ça compromet leur «capacité de faciliter la croissance économique». «Les autorités prennent des mesures pour encourager la stabilité, mais ont été lentes à le faire pour améliorer l'efficacité du secteur», selon lui.

La concentration des efforts sur la réglementation bancaire a d'ailleurs permis aux grandes firmes d'investissement de développer davantage leur propre modèle, ce que le monde financier appelle la finance de l'ombre (expression consacrée à Wall Street: «shadow banking system»).

Commission fédérale

M. Dodge a aussi affirmé qu'il faut une commission fédérale de valeurs mobilières pour encadrer les marchés afin de promouvoir leur efficacité. Dans le passé, même à l'époque où il dirigeait la Banque du Canada, il s'était limité à dire que le Canada, caractérisé par une mosaïque d'agences provinciales, avait de plus en plus l'air du «Wild West».

Au mois de décembre, la Cour suprême a indiqué au gouvernement fédéral que son projet de commission fédérale est inconstitutionnel et qu'il n'a pas réussi à faire la preuve que l'évolution des marchés justifie une telle intrusion dans un champ de compétence provincial. Les juges ont cependant évoqué l'idée qu'Ottawa puisse créer une agence unique dont la mission serait de surveiller le risque systémique.

M. Dodge a dit qu'une agence fédérale devrait notamment avoir pour mission d'encadrer le secteur des produits dérivés et des titres à revenu fixe.

Interrogé au sujet des agences de notation, montrées du doigt dans la crise et lors de l'épisode du papier commercial, M. Dodge a dit que tout investisseur doit faire ses devoirs et éviter de s'appuyer aveuglément sur les cotes.