Luc Poirier - L'entrepreneur qui fait sourire

«Je dérange beaucoup dans le coin. Je change les règles du jeu, j’invente», lance Luc Poirier.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir «Je dérange beaucoup dans le coin. Je change les règles du jeu, j’invente», lance Luc Poirier.

Personnage hors du commun dans le monde des affaires, Luc Poirier se définit lui-même comme «un entrepreneur créatif». Et il ajoute ceci: «Ce qui me différencie des autres? Je n'ai peur de rien. Je pose des gestes que les autres ne font pas. À trois reprises dans ma vie, j'ai tout misé. Je me dis: je suis jeune et capable de me reprendre. Je travaille fort et je ne lance pas des projets juste pour l'argent. J'aime créer, me dépasser, puis faire autre chose. C'est pour cette raison et parce que j'aime apprendre aussi que j'ai eu des projets dans plusieurs domaines.»

Âgé de seulement 36 ans, Luc Poirier, président et unique actionnaire d'Investissement Luc Poirier, originaire d'une famille modeste vivant dans un HLM, s'est découvert un talent d'entrepreneur à 14 ans. Pour amasser des sous et avoir des vêtements de hockey comme ses copains, il faisait le commerce des cartes de joueurs de hockey qu'il achetait dans des clubs de collectionneurs amateurs. À 16 ans, il devenait acheteur de chandails, casquettes et costumes de différents sports et se transformait en distributeur auprès de plusieurs magasins de détail. À l'école, il avait de très bonnes notes, particulièrement fort en mathématiques, et il aimait l'informatique. «C'était le boom informatique, il y avait des boutiques partout, mais il n'y avait pas de services», dit-il. Qu'à cela ne tienne, à 18 ans, il fondait une entreprise, Services Info, et grâce à un contact de sa mère, il obtenait 5000 $ de la Banque Nationale, avec la garantie du plan Paillé. Il fut le premier parmi les 33 000 jeunes qui ont bénéficié de ce programme gouvernemental à rembourser son prêt. Il a par la suite lancé avec d'autres jeunes un système payant, le Bulletin Board System, auquel les gens pouvaient se brancher et faire des échanges d'écrans et autres objets liés à l'informatique. Il a gardé cette PME pendant sept ans, puis l'a vendue à son frère. Il a ensuite ouvert CD-Rom Dépôt à Place Versailles, un centre de distribution informatique qui est devenu «le plus grand centre de CD au monde».

En cours de route, il y a eu une bifurcation vers le domaine immobilier. Services Info, qui avait 19 employés, avait pignon sur le chemin de Chambly à Longueuil dans un immeuble que le propriétaire a décidé de vendre. Par crainte de devoir déménager son commerce, le jeune Poirier a fait l'acquisition du bâtiment, un virage qui est finalement devenu son activité principale. «À 23 ans, j'avais déjà un beau parc immobilier, confie-t-il. J'ai utilisé toutes les stratégies possibles pour augmenter mon parc le plus rapidement possible. Aujourd'hui, on ne peut pas faire évaluer une propriété plus chère qu'elle ne le vaut. Comme dans mon entreprise j'avais beaucoup de volume, j'utilisais le fonds de roulement pour faire des placements à long terme. S'il y avait eu une chute des ventes, ça aurait pu être catastrophique. Je ne conseille à personne de faire ça.»

Virage majeur vers l'immobilier

M. Poirier n'en continue pas moins d'affirmer sa différence: «Je ne fais pas l'immobilier comme les vieux de la vieille. Je dérange beaucoup dans le coin. Je change les règles du jeu, j'invente. Ici, je vends à environ 300 $ le pied carré. Dans mon prochain projet, on sera à 242 $.» Ce «ici» est le bureau de vente du projet immobilier Le Griffix, en plein Griffintown, à l'angle des rues Peel et Wellington, à Montréal. Il s'agit d'un projet de 50 millions en participation égale avec Diamond Trust dans un immeuble de 150 condos, sur 20 étages. «En cinq semaines, on a vendu l'ensemble des condos», dit-il. Cela fait partie de sa stratégie de construire à moindres frais et de vendre rapidement à un prix moins élevé que les concurrents. Il reconnaît que le profit est plus mince, mais pas à déficit. Il coupe les coûts en important de Chine et d'ailleurs des équipements de plomberie, des boiseries, en réduisant au minimum les coûts de publicité, en passant par les réseaux sociaux et Internet, plutôt que des campagnes de publicité traditionnelles. Il avoue cependant ne pas tout révéler de ses techniques de vente.

Son premier projet immobilier spectaculaire fut celui de Saint-Bruno sur le lac. Il a payé 4 millions pour les terrains d'une ancienne carrière. Il a laissé monter l'eau dans l'espace déjà creusé pour le transformer en un lac d'un kilomètre de longueur, entouré d'une bande de trois millions de pieds carrés réservée à la construction de condos. Ce projet lui a valu le prix Gala habitation 2010. Il y a eu aussi le projet de Saint-Lambert sur le golf. Ensuite, il y a eu un autre projet dont on a beaucoup entendu parler et qu'il a dû abandonner, celui de l'île Charron, très contesté par les groupes écologistes. Selon lui, cependant, il s'agissait d'un projet très écologique, qui aurait permis d'épargner 200 millions de pieds carrés en construction sur la Rive-Sud, en ramenant des immeubles vers le centre-ville et en réutilisation les eaux usées de Boucherville pour chauffer l'ensemble du nouveau quartier. Il a finalement revendu au prix de 15 millions ces terrains, ce qui n'a pas généré de profit, précise-t-il, étant donné le prix d'achat qu'il avait lui-même payé et les coûts des travaux préparatoires qu'il avait effectués.

Il n'y a pas que l'immobilier dans la vie de l'entrepreneur Poirier, qui s'est engagé dans divers projets originaux qu'il a revendus, comme un restaurant (le William) qui a eu beaucoup de succès sur la Rive-Sud et puis Bota Bota, le spa flottant, une idée dont on a parlé jusque dans le New York Times et qui a séduit Richard Branson, de Virgin, qui voudrait saupoudrer des Bota Bota partout dans le monde.

Un tunnel dans deux ans!

Les projets de M. Poirier ont souvent provoqué des sourires d'incrédulité, mais probablement aucun plus que le dernier, celui de creuser un tunnel sous le fleuve et la Voie maritime ente la Rive-Sud et le centre-ville. L'entrepreneur veut que ce projet, entièrement privé, soit réalisé dans deux ans, sinon ce sera la catastrophe pour la circulation, étant donné les travaux annoncés sur les ponts pour la prochaine décennie. Son tunnel, explique-t-il, permettrait la circulation de 25 000 véhicules par jour, ce qui décongestionnerait le trafic sur les ponts. Selon lui, le coût des travaux dépasserait les 500 millions et l'exploitation du tunnel serait rentable avec un taux par véhicule par voyage semblable à celui du pont de l'A-25. Il veut entamer prochainement des discussions avec toutes les villes concernées, Montréal, Longueuil, Boucherville, Saint-Lambert.

Cet énorme projet n'empêche pas M. Poirier de penser à plusieurs autres investissements immobiliers, dont un qu'il espère lancer sans partenaire à l'automne prochain pour construire le plus gros immeuble résidentiel au Québec comptant 500 logements au coût de 110 millions sur un terrain de la rue de la Montagne et proche du Centre Bell, lequel appartient présentement à Tony Accurso, avec qui il jure n'avoir jamais eu aucun contact, sauf une fois il y a plusieurs années alors qu'on le lui avait présenté dans un restaurant. C'est avec trois autres investisseurs qu'il veut prendre sur ce terrain convoité une option qui n'est pas finalisée et qui pour l'instant prend la forme d'un prêt de 8 millions. Il a de plus l'intention de construire éventuellement la plus haute tour résidentielle du Québec à Montréal, en attendant d'établir un autre record avec la plus haute tour résidentielle en Amérique du Nord, peut-être dans 10 ou 15 ans.

Et l'environnement? Il a créé Co2 Environnement, une entreprise qui plante des arbres et vend des crédits carbone depuis près de deux ans. «On plante partout où il y a des terrains sur les bordures d'autoroutes et de voies d'accès, sur les terrains défrichés. On essaie de faire des ententes avec Hydro-Québec», dit-il, en notant que plus de 300 000 arbres ont déjà été plantés et qu'il est en voie d'acheter une plantation au Mexique pour y faire pousser des bambous.

«Je ne suis pas un gars de paperasse, mais de vision. J'y mets beaucoup de temps et je travaille fort, même la nuit. L'argent n'est pas ma priorité. Je me donne dans mes passions et le succès vient», se résume-t-il lui-même. Ses passions ne sont pas que financières, il y a aussi les voitures de luxe, des aventures comme la montée de l'Everest qu'il a déjà effectuée, la course Québec-Saint-Malo dans quelques mois et un voyage éventuel dans l'espace avec Virgin. Il lui reste du temps pour certaines causes humanitaires. Mais, quand même, quelle est la valeur de sa fortune? «Ça se dit, ça? Ça ne fait pas prétentieux? À chaque projet, les gens de l'impôt sont sur mes traces. Il y a eu trop d'abus. Ils viennent, mais ils ne trouvent rien.» Alors, quelle est la valeur? Un petit moment de réflexion et... «Ça devrait être 100 millions prochainement.»

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • Vermette - Inscrit 13 février 2012 12 h 53

    Qui est cet homme?

    Je ne parle pas de Luc Poirier. Cet entreprenneur est fort bien connu. En fait, jouer la carte de la première rencontre me laisse très songeur. Plutôt je me questionne sur l'auteur de ce papier. Papier qui apparait innocent aux permères lignes, et qui devient peu à peu une promotion marketing ou tout est absoluement parfait dans le meilleur des mondes. Je ne sais pas ou commencer, ce texte et ce personnage à vision fleurie du développement urbain avec écologie cooptées et pseudo humanisme est tellement problématique (... je ne trouve pas une meilleure expression, vous pouvez me suggérer qqc?) que je n'arrive qu'à appercevoir, comme trop souvent chez les gens d'affaire, un manque de culture profonde et chez les éditeurs un consentement tacite. À mis chemin, j'ai vérifié si peut-être il s'agissait d'un publi-reportage... C'est toujours pas clair....

  • northernbud - Inscrit 13 février 2012 14 h 52

    Le même Luc Poirier qui a joué au spéculateur ?

    Avec les terrains aux Iles de Boucherville et qui a fait de la surenchère aux frais des contribuables en tentant d'extorquer le gouvernement ?

    Il ne ma fait pas sourire celui là.

  • France Marcotte - Abonnée 13 février 2012 20 h 34

    Un homme qui s'est fait tout seul

    "Luc Poirier, originaire d'une famille modeste vivant dans un HLM, s'est découvert un talent d'entrepreneur à 14 ans."

    Citizen Poirier comme il y a eu Citizen Péladeau et tous les grands capitalistes du rêve américain.

    S'est découvert un talent d'entrepreneur à 14 ans...comme ça tout seul?

    Vous voulez dire qu'un enfant n'a pas nécessairement besoin de reconnaissance, d'un entourage aimant, d'encouragement?
    Vous voulez dire que tout le monde a des chances égales?

    Moi je suis certaine que cet enfant avait autour de lui au moins une personne vraiment importante, inspirante sinon des parents formidables.

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 février 2012 11 h 02

    Un tunnel

    Si un entrepreneur veut faire un tunnel, à ses frais, sans quêter une quelconque assurance des gouvernements, pourquoi pas?
    Mais qu'il ne vienne pas nous dire que ça va désengorger les ponts.
    25 000 automobiles par jour, c'est le quart du pont Champlain, par exemple. Et on sait depuis longtemps que tout ajout à l'offre de circulation est très rapidement saturé par de nouveaux usagers, une extension de banlieue, un passage du TEC à l'auto solo, «vu que ça roule bien, maintenant».

    Pourquoi n'investirait-il pas dans ce fameux projet Trensquébec? S'il n'a pas peur aux yeux, qu'il nous le prouve.